Jésus : L’Evangile nous dit, à presque toutes les pages que Jésus prie, ou qu’il part prier, ou qu’il se met en prière … c’est ce qui revient le plus souvent, c’est chaque jour et c’est pendant des nuit entières que Jésus se retire pour prier … au jardin des Oliviers, c’est encore un long temps en prière, et sur la croix, Jésus prie son Père … pour nous, il ne pense pas à Lui, il est tout à l’accomplissement de la volonté de son Père : « Ma nourriture c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé ! », ce qui se traduira, quand sa sensibilité humaine souhaite instinctivement fuir la souffrance qui se profile et qui est déjà là, au cours de l’agonie : « Père s’il est possible que ce calice passe loin de moi … Mais que ta volonté soit faite », mais je veux ce que tu veux, mais je suis venu (du ciel) pour cela : accomplir la volonté divine.
Si cela revient à chaque page de la Parole de Dieu, c’est pour notre enseignement. La prière est absolument nécessaire. D’ailleurs un docteur de l’Eglise (St Alphonse de Liguori) écrira un petit livre sur la prière qu’il résume lui-même ainsi : Celui qui prie se sauve certainement (pour l’éternité), celui qui ne prie pas se damne certainement (se perd pour l’éternité).
Et remarquons que Jésus, qui vient sauver le monde, a certainement beaucoup à faire ! Et il passe tellement de temps à prier : Il se retira dans la montagne pour prier … combien de fois l’Evangile nous dit-il ces simples mots ! … et il passa toute la nuit à prier. C’est donc que la prière est son PREMIER enseignement.
La prière : et cela nous donne déjà quelques indications sur ce qu’est la prière.
Elle est une présence à Dieu qui est toujours présent à chacun de nous.
Elle est une volonté ferme d’accomplir sa volonté alors que nous sommes si faibles pour cela, alors que notre désir n’est pas toujours orienté vers le Seigneur, alors que les tentations ne manquent pas … mais Dieu (seul) peut nous venir en aide.
La prière est une élévation de l’âme vers Dieu (Ste Thérèse de l’Enfant Jésus)
La prière, c’est comme deux morceaux de cire fondus ensemble (St curé d’Ars) une fois que la cire fondue s’est mélangée, on ne peut plus retirer chaque morceau séparément.
Une grâce : Finalement la prière est une grande grâce du Seigneur, en ce que
- elle est facile d’accès, tout le monde peut prier, quelque soient les conditions.
- Dieu ne veut pas résister à la prière, puisqu’Il ne désire que notre bonheur, notre bonheur pour toujours.
- Le Seigneur ne refuse jamais la grâce de la prière … le problème est que nous-même pouvons mettre obstacle à la grâce de Dieu et ne pas prier alors que cela nous serait possible ; ou mal prier : vous ne savez pas prier comme il faut … mais l’Esprit Saint nous aide dans notre faible, il intervient pour nous … (Rom 8, 26)
Mais qu’est-ce qui fait que la prière est toute puissante devant le Seigneur ?
Cela ressort de ce qu’elle est.
Elle est fondamentalement une présence à Dieu, qui comme nous l’avons dit est présent à nous … et nous attends. Ce n’est pas nous qui faisons une grâce au Seigneur en le priant, c’est lui qui nous fait cadeau de la prière, de nous mettre en sa présence.
Cela implique certaines conditions :
Le silence : Imaginez-vous dans la rue avec des travaux, un marteau piqueur qui fait beaucoup de bruit … et sur le trottoir d’en face vous voyez une connaissance, un ami … est-il possible de converser simplement avec lui ? Bien sûr que non, un signe, bien ou mal interprété, mais la présence à l’autre va rester très superficielle, car avec ce bruit ce n’est pas possible de parler ensemble pour se connaître mieux.
Il en est de même de la prière s’il y a du bruit … Mais précisons que nous pouvons être en présence de deux sortes de bruit.
- le bruit extérieur : l’orage, la pluie, des voitures qui passent, des personnes qui parlent autour (et c’est certainement le plus gênant de ces bruits extérieurs, car les paroles humaines ont une signification, et une conversation ne vas pas seulement faire un bruit extérieur, elle va attirer notre pensée et notre cœur … mais nous en venons déjà à la seconde sorte de bruit,
- le bruit intérieur : nos pensées, notre imagination que nous laissons aller, une affaire à régler, ce que nous allons déguster au déjeuner de ce dimanche, tel match du top 14 … que sais-je, 1000 choses qui frappent à la porte de notre esprit et auxquelles nous ouvrons la porte … qui entrent dans le cœur avec toute l’attention qu’elles demandent.
Dans ce cas, pouvons-nous prier, pouvons-nous entendre le Seigneur qui vient parler à notre cœur, qui est là avec nous à l’église, ou dans notre chambre pour la prière du matin ou du soir ?
Nous venons de faire notre signe de croix, il n’y a aucun bruit extérieur, et pourtant, nous ne sommes pas en prière, même si nous récitons un notre Père ou un je vous salue Marie. Pourquoi ? Parce que nous ne sommes pas présents à Dieu, nous sommes face à lui et nous nous adressons à une 3ème personne, ou nous sommes face à lui, ayant commencé la discussion et puis nous avons décroché notre téléphone intérieur pour parler avec telle distraction à laquelle nous avons ouvert notre porte intérieure. Alors NON, nous ne sommes pas présents à Dieu et quoique tout indiquerait extérieurement que nous prions, nous ne sommes pas en prière !!!
Mt 6 : « Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret » (Evangile du mercredi des Cendres).
La pièce la plus retirée c’est le sanctuaire de notre cœur … comme disent les carmes et les carmélites, pour nous mettre en présence de Dieu, descendons dans notre cœur, au plus profond, là où malheureusement nous n’allons pas souvent mais où Dieu nous attend !!
Se mettre en présence de Dieu, devant Celui qui EST, se recueillir, n’être là que pour Lui, Il est notre Tout et nous Lui devons tout. Sans Lui il : rien ; en Lui, par Lui et pour Lui nous existons et notre vie a un sens … Il ne désire que remplir notre cœur, pas avec des choses inutiles qui ne nous serviront pas et qui brouilleront notre cœur et nos affections, mais avec Lui-même, l’Amour même car « Dieu est Amour » lisons nous en st Jean (1 Jn 4, 16).
Et là, admirons, adorons, soyons tournés vers Lui (et non vers nous …).
Telle est la prière, un dialogue avec Dieu, une adoration, une supplication en sa présence, que nous accomplissions de tout cœur sa volonté …
Dans ce recueillement, nous sommes en prière.
Exemple de Louis Chaffangeon, travailleur agricole du village d’Ars au temps du saint curé. Avant d’aller au travail il s’arrêtait (parfois) à l’église, y restant plus ou moins longtemps, assis sur un banc, en silence … curieux le curé d’Ars va un jour lui demander ce qu’il fait là. « Oh ! lui répond-t-il, j’avise le bon Dieu et il m’avise (je le regarde et il me regarde) ! »
A méditer en parallèle : Un sermon de Saint Augustin