Les psaumes – topo de carême n°2

Enseignements

  |  4 mars 2026

Nous avons vu ce qu’est la prière, essentiellement une présence au Seigneur (qui est toujours
présent à nous), l’âme toute tournée vers Lui et toute ouverte … aux dons si grands de sa Bonté et de
sa Miséricorde. Aujourd’hui, succinctement, regardons un livre de la Sainte Ecriture (Bible), celui des psaumes.

Le Catéchisme de l’Eglise Catholique en parle ainsi :


« Depuis (le roi) David jusqu’à la venue du Christ, les livres saints contiennent des textes de prière qui
témoignent de l’approfondissement de la prière, pour soi-même et pour les autres. Les psaumes ont
été peu à peu rassemblés en un recueil de cinq livres : les Psaumes (ou « Louanges »), chef -d’œuvre
de la prière dans l’Ancien Testament. (…)


Les expressions multiformes de la prière des Psaumes prennent forme à la fois dans la liturgie du
Temple et dans le cœur de l’homme. Qu’il s’agisse d’hymne, de prière de détresse ou d’action de
grâce, de supplication individuelle ou communautaire, de chant royal ou de pèlerinage, de
méditation sapientielle, les psaumes sont le miroir des merveilles de Dieu dans l’histoire de son
peuple, des situations humaines vécues par le psalmiste (l’auteur du psaume). Un psaume peut
refléter un évènement du passé, mais il est d’une sobriété telle qu’il peut être prié en vérité par les
hommes de toute condition et de tout temps. » (CEC 2585 et 2588).

Ce livre de l’Ancien Testament contient 150 psaumes, dont une bonne moitié attribuée au Roi David
et la plupart des autres à certains de ses descendants.

Ce matin, juste deux éléments de la prière des psaumes :

D’une part, si possible penser à celui qui a écrit le psaume que nous prions, les circonstances historiques ou autres et nous rejoignons ainsi la prière d’autres personnes, de l’histoire Sainte, a des moments que nous partageons nous-mêmes parfois dans notre vie : demande d’aide au Seigneur dans la détresse, louanges pour ses merveilles, spécialement pour sa Miséricorde, psaumes de pèlerinage (psaumes des montées à Jérusalem (ps.119 et suivants lors des pèlerinages à la ville sainte)) etc.

Regardons à ce propos les psaumes 6 puis 50, du roi David. Ce saint Roi n’a pas dominé ses désirs après avoir vu Bethsabée se baigner sur sa terrasse, et après avoir péché avec elle il va s’arranger pour faire périr Urie, le mari de Bethsabée, à la guerre. L’intervention du prophète Gad lui fait prendre conscience de ses péchés et il va les regretter de tout son cœur.

Seigneur corrige-moi sans colère, et reprends-moi sans fureur.
Pitié, Seigneur je dépéris ! Seigneur, guéris-moi !
Car je tremble de tous mes os, de toute mon âme je tremble. (…)
Je m’épuise à force de gémir ; chaque nuit je pleure sur mon lit :
Ma couche est trempée de mes larmes. Mes yeux sont rongés de chagrin ;
J’ai vieilli parmi tant d’adversaire.

Ce n’est pas une nuit, ni deux, ni dix, pas une semaine ni un mois, c’est toutes les nuits … que le roi David pleure dans son lit ses fautes contre le Seigneur ! Et même lorsque le Seigneur lui aura signifié le pardon de ses fautes, le roi David continuera de pleurer. Pourquoi ? Conscient du pardon et de la miséricorde (qui apparaissent plus loin dans le ps 50), David ne veut pas oublier … car savoir d’une part que sa faute est pardonnée permet de goûter la Miséricorde du Seigneur, mais d’autres part le fait de ne pas oublier et de continuer à entretenir le regret de sa faute donne l’assurance que l’on n’y retombera pas, que la Miséricorde elle aussi reste vivace parce que la contrition est toujours vivante !

Pitié pour moi mon Dieu dans ton Amour
Selon ta grande Miséricorde efface mon péché,
Lave-moi tout entier de ma faute,
Purifie-moi de mon offense.
Oui je connais mon péché,
Ma faute est toujours devant moi.
Contre Toi et Toi seul j’ai péché,
Ce qui est mal à tes yeux je l’ai fait !

Et plus loin, cette demande de la Miséricorde, mais qu’il expérimente car il l’a déjà reçue du Seigneur.

Libère moi du sang versé, Dieu mon Dieu sauveur
Et ma langue acclamera ta justice
Seigneur ouvre mes lèvres
Et ma bouche annoncera ta louange (…)
Accorde à Sion le bonheur, relève les murs de Jérusalem.
Alors tu accepteras de justes sacrifices, oblations et holocaustes ;
Alors on offrira des taureaux sur ton autel.

D’autre part Jésus lui-même a prié les psaumes au cours de sa vie. Et Lui qui est sans péché, qui est l’innocence même « s’est fait péché » pour nous, dit saint Paul, au sens où il a porté toutes nos fautes, où il a payé (sens du mot Rédemption) pour nous. Ainsi nous pouvons relire par exemple ce passage du psaume 50 d’une toute autre façon, en nous mettant en présence de Jésus au jardin des Oliviers le soir de l’agonie …

Pitié pour moi mon Dieu dans ton Amour
Selon ta grande Miséricorde efface mon péché,
Lave-moi tout entier de ma faute,
Purifie-moi de mon offense.
Oui je connais mon péché,
Ma faute est toujours devant moi.
Contre Toi et Toi seul j’ai péché,
Ce qui est mal à tes yeux je l’ai fait !

Et comme il doit souffrir, Lui qui sait bien ce qu’est le péché dans toute sa noirceur ! Nous-mêmes ne nous en rendons pas bien compte : « si nous savions ce qu’est le péché, disait le saint curé d’Ars, nous ne le commettrions jamais plus ». Mais Lui, Jésus, sait bien ce qu’est le péché … et il va en souffrir tellement que sa sensibilité lui fera dire : « Père s’il est possible que ce calice passe loin de moi … mais que Ta volonté soit faite ! » et cela trois fois.

Jésus se met à ma place et il a le cœur broyé par mes propres fautes (avoir le cœur broyé, ce qui donnera en français le terme de contrition) … et c’est pour cela que le fruit du mystère de l’agonie de Jésus au jardin des Oliviers est justement la contrition de nos péchés.

Et puis Jésus peut aussi dire les autres paroles de ce psaume qui demandent la Miséricorde (cf. ci-
dessus), cette Miséricorde qu’il exerce Lui-même !

Enfin, un tel passage doit susciter dans notre cœur l’adhésion à cette parole de saint Paul (Rom 12, 1-2), le désir, comme Jésus, d’offrir notre vie au Seigneur, de l’ouvrir à la Miséricorde, non pour la donner comme Jésus le fait, mais afin d’être capable de la recevoir … et de l’exercer envers les autres ensuite par toute notre vie !

Je vous en prie, frères, par la Miséricorde divine, offrez vos personnes en hostie vivante, sainte,
agréable à Dieu ; c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre. Et ne vous modelez pas sur le
monde présent, mais que le renouvellement de votre jugement vous transforme et vous fasse
discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait.

ci-joint un petit passage d’une homélie de saint Augustin sur le psaume 60, qui pourra servir à notre
méditation au cours de ce Carême.


HOMÉLIE DE SAINT AUGUSTIN SUR LE PSAUME 60

Dans le Christ, c’est nous qui sommes tentés.
Entends ma plainte, Seigneur, écoute ma prière. Qui donc parle ? Il semble que ce soit un seul
homme. Regarde si c’est un seul : Des extrémités de la terre, je crie vers toi, parce que mon cœur est
angoissé. Il n’est donc plus un seul désormais ; mais il est un seul parce que le Christ est unique, et
pourtant nous sommes tous ses membres. Car, est-ce qu’un seul homme crie des extrémités de la
terre ? Ce qui crie des extrémités de la terre ne peut être que cet héritage au sujet duquel le Père a
entendu cette parole : Demande, et je te donne les nations en héritage, les extrémités de la terre pour
domaine.

Ce domaine du Christ, cet héritage du Christ, ce corps du Christ, cette unique Église du Christ, cette
unité que nous sommes, c’est elle qui crie des extrémités de la terre. Mais que crie-t-elle ? Ce que j’ai
dit tout à l’heure : Entends ma plainte, Seigneur, écoute ma prière ; des extrémités de la terre, je crie
vers toi. J’ai crié cela vers toi des extrémités de la terre, c’est-à-dire de partout.
Mais pourquoi ai-je crié cela ? Parce que mon cœur est angoissé. Le corps du Christ montre qu’il est,
à travers toutes les nations, sur toute la terre, non pas dans une grande gloire, mais dans une grande
épreuve.

Dans son voyage ici-bas, notre vie ne peut pas échapper à l’épreuve de la tentation, car notre progrès
se réalise par notre épreuve ; personne ne se connaît soi-même sans avoir été éprouvé, ne peut être
couronné sans avoir vaincu, ne peut vaincre sans avoir combattu, et ne peut combattre s’il n’a pas
rencontré l’ennemi et les tentations.
Il est donc angoissé, celui qui crie des extrémités de la terre, mais il n’est pas abandonné. Car le
Christ a voulu nous préfigurer, nous qui sommes son corps, dans lequel il est mort, est ressuscité et
monté au ciel ; c’est ainsi que la Tête a pénétré la première là où les membres sont certains de
pouvoir la suivre.

Il nous a donc transfigurés en lui, quand il a voulu être tenté par Satan. On lisait tout à l’heure dans
l’évangile que le Seigneur Jésus Christ, au désert, était tenté par le diable. Parfaitement ! Le Christ
était tenté par le diable ! Dans le Christ, c’est toi qui étais tenté, parce que le Christ tenait de toi sa
chair, pour te donner le salut ; tenait de toi la mort, pour te donner la vie ; tenait de toi les outrages,
pour te donner les honneurs ; donc il tenait de toi la tentation, pour te donner la victoire.
Si c’est en lui que nous sommes tentés, c’est en lui que nous dominons le diable. Tu remarques que le
Christ a été tenté, et tu ne remarques pas qu’il a vaincu ? Reconnais que c’est toi qui es tenté en lui ;
et alors reconnais que c’est toi qui es vainqueur en lui. Il pouvait écarter de lui le diable ; mais, s’il
n’avait pas été tenté, il ne t’aurait pas enseigné, à toi qui dois être soumis à la tentation, comment on
remporte la victoire.

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