Jésus a donné sa vie pour nous, nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères !
Reprenons le cours de l’histoire, sans accomplir pour le moment la promesse de la dernière fois (un travail sur les états de l’Eglise au cours de l’histoire verra le jour plus tard …)
Nous avions parlé du Haut Moyen Age avec la conversion de Francs, l’élan missionnaire qui s’ensuivit au cours des siècles et la conversion de l’Europe qui s’effectua petit à petit (les Angles au tournant des VI et VIIème siècles, les Germains sous l’impulsion de St Boniface, l’Espagne wisigothe et jusqu’à la Bohême avec St Venceslas, la Hongrie avec St Etienne, et la Rus’ de Kiev avec son prince Vladimir juste avant la fin du premier millénaire de l’ère chrétienne (988).
Malheureusement la séparation de l’empire byzantin, fruit de dissenssions anciennes et de l’orgueil de son évêque à cette époque, Michel Cérulaire, en 1054, mit un coup d’arrêt à l’expansion missionnaire qui, cependant, reprit peu à peu pour finalement toucher toute la terre (les siècles suivants jusqu’au XIXème).
Au tournant de l’an 1000 : la réforme de l’Eglise
Le Xème siècle est souvent appelé “le siècle de fer”, quel en est la cause ?
Évidemment la rudesse des moeurs n’y est pas pour rien. Dire que certains pays sont convertis n’est pas tout à fait adéquat, ce ne sont pas les ‘pays’ qui se convertissent mais les personnes humaines. Certaines vivent saintement, les monastères se multiplient, mais la façon de vivre n’est pas partout celle des premières communautés chrétiennes dont parle le livre des Actes des Apôtres. Evangéliser c’est donner à chaque personne, chaque âme, de recevoir le don de la foi et d’en vivre concrètement. Mais les habitudes ont la vie dure, et la conversion, même si elle est principalement l’oeuvre de Dieu, demande notre libre consentement.
Nombre de seigneurs se font la guerre pour arrondir leur territoire, pour devenir plus riches, pour être les maîtres des lieux environnants. La féodalité se forme, d’une part comme système social, politique et économique, mais aussi pour s’assurer le soutien d’autres seigneurs dans ces guerres incessantes. De son côté, l’Eglise tente d’évangéliser les moeurs dans le cadre donné (trêve de Dieu, paix de Dieu, lieux protégés, conversion progressive mais bien réelle des moeurs). Mais il lui faut aussi (et avant tout) faire le ménage chez les clercs. En effet, deux écueils les guettent particulièrement : la simonie et le nicolaïsme.
La simonie : c’est l’achat ou la vente de biens spirituels (bénédictions, sacrements, charges ecclésiastiques …) en échange d’argent ou d’avantages matériels. Ce mot vient de Simon le Mage, personnage qui, au temps de apôtres, voulut acheter à saint Pierre le pouvoir de donner l’Esprit Saint. Saint Pierre ne répondit pas à une telle demande (cf. Actes 8, 9-24).
Le nicolaïsme : c’est en résumé le fait pour les membres du clergé de vivre en couple ou de se marier (évidemment il ne peut pas y avoir de mariage réel en ce cas).
Notons que ces deux écueils surgissent au cours des âges comme des tentations bien ciblées. Ils sont en même temps les témoins que toute génération naissante est « un peuple de petits barbares qu’il faut évangéliser ». Comme dit le Nouveau Testament, le « vieil homme (l’homme soumis à ses passions) » a la peau dure ! Et le travail d’évangélisation, de don de sa vie au Seigneur, passe par le fait de dompter, avec l’aide du Christ, ses passions, pour en devenir libre, et pouvoir donner librement sa vie au Seigneur en faisant le bien (bien qu’il est impossible de faire durablement quand l’âme est soumise aux passions). Les clercs sont des êtres humains, et malheureusement, parfois faute de discernement, tous n’ont pas pris durablement la voie de la vraie liberté par rapport aux passions !
La réforme grégorienne
Evidemment l’Eglise a toujours lutté contre ces abus totalement opposés à ce que le Christ a demandé au cours de sa vie terrestre. Le prêtre, ministre du sacrifice du Seigneur, est donné au Christ, il est témoin de la vie future. C’est déjà pour cela que l’habit ecclésiastique est noir (‘mort’ à ce monde-ci pour être témoin de la vie éternelle) : c’est à dire que s’il a besoin de ce qu’il faut pour vivre, il n’est pas là pour s’enrichir, et il ne se marie pas et n’a pas d’enfants (n’use pas du mariage) parce que dans la vie éternelle, on ne se marie pas (cf. St Mt 22, 30). Il n’est pas lieu ici de parler du célibat sacerdotal. Je renvoie à ce propos aux écrits de papes, notamment Sacerdotalis Caelibatus, publiée par le pape St Paul VI le 24 juin 1967, ainsi qu’un livre publié de concert par le pape Benoît XVI, alors émérite, et le cardinal Sarah (Des profondeurs de nos cœurs, janvier 2020).
Cette réforme ne concernait pas que cette réforme du clergé, mais également d’autres maux très dommageable au salut des âmes, notamment les rapports avec certains états, rois ou empereur.
Cette réforme eue lieu au XIèmeet XIIème siècles, avec notamment les papes St Léon IX et St Grégoire VII (d’où le nom de réforme grégorienne). Et comme à toutes les époques de réforme de l’Eglise, celle-ci commence par le clergé et se poursuit, presque naturellement par celle des chrétiens, « boostés » par l’exemple des prêtres qui vivent en conformité avec leur état. Cette réforme fut le ferment de la « renaissance du XIIème siècle » dont parle de nombreux historiens. Ceux-ci en donneront un certain nombre de circonstances et d’effets visibles dans la société, mais très souvent n’en rechercheront pas l’origine dans les esprits (pour ne pas dire ‘spirituelle’), la réforme grégorienne.
Les fruits de la réforme ne se firent pas attendre dans l’Eglise elle-même. Au-delà de ce que nous avons déjà dit, nous voyons la fondation des cisterciens par St Robert de Molesmes, et leur épanouissement incroyable avec St Bernard de Clairvaux (XIIème). Puis bientôt verront le jour les « ordres mendiants », Franciscains et Dominicains, tellement plein de l’esprit du Christ qu’ils le communiqueront à l’Eglise et la redresseront spirituellement en répandant dans le cœur des gens un évangile toujours plus vécu, conforme à ce que l’Eglise a prêchée et continuera toujours de prêcher. En parlant de l’Eglise ici, nous ne voulons pas dire tous les hommes d’Eglise, mais tous les chrétiens, clercs ou non, qui restent ou redeviennent fidèles à la Parole du Christ, Parole donnée à l’Eglise pour qu’Elle en vive.
Malheureusement, nous autres chrétiens (et prêtres) ne sommes pas toujours fidèles, dans notre vie quotidienne, à notre profession de foi ! D’où nous comprenons que la Réforme actuelle de l’Eglise n’est pas tant une réforme de rites ou de structures mais UNE REFORME DE NOS CŒURS pour qu’ils soient doux et humbles, obéissants à l’Eglise, réforme beaucoup plus profonde et qui portera des fruits par la grâce de Dieu.
Nous aurions aussi pu citer, dès le début du siècle de fer, la fondation de Cluny (en 910) que ses quatre premiers abbés, tous saints, qui dirigeront cette congrégation pendant deux siècles, lui permettant à la fois de traverser cette période difficile et d’être un point d’appui pour la réforme à venir.
Venons en à cet autre aspect de la réforme grégorienne, plus ‘politique’ : en effet, l’empereur (du saint Empire romain germanique), spécialement à cette époque Frédéric Barberousse et de son petit fils Frédéric II, prétendait intervenir dans la nomination des évêques au point que l’indépendance de l’Eglise était mise à mal. Les pouvoirs civils empiétaient de plus en plus sur le religieux (cela revient régulièrement au cours des âges jusqu’à nos jours, d’une façon ou d’une autre). Ce fut la “querelle des investitures”. En quelques lignes voyons concrètement…
… au temps précédent, le pouvoir temporel s’était trop immiscé dans les choses de l’Eglise parce que celle-ci avait aussi besoin de protection civile, et les rois et empereurs avaient réclamé et obtenu le fait de reconnaître la nomination des évêques en leur donnant l’investiture sur les biens d’Eglise (biens matériels et territoires qui entraient dans le grand cadre féodal). Ainsi certains monarques ne voulaient pas reconnaître les évêques qui ne leur revenaient pas (contre qui ils pouvaient avoir des griefs d’ordre personnel ou politique), ou, a contrario, ils en nommaient qui n’avaient manifestement pas la vocation et les élus se comportaient comme des seigneurs féodaux laïcs. Devant la volonté de réforme des papes, certains des empereurs germaniques iront jusqu’à susciter des ‘anti-papes’ : personnages nommés papes par l’empereur (qui n’a aucun pouvoir de la sorte) et qui vont ainsi déchirer momentanément l’Eglise.
Finalement, le clergé et les fidèles menant une vie de plus en plus chrétienne, les esprits s’apaisent et reconnaissent les bienfaits de l’Eglise, de sa façon de faire, et la nécessité pour elle d’être indépendante des pouvoirs temporels. Le bras de fer durera plusieurs dizaines d’années (plus dans certaines régions).
Les missions
Sans s’y arrêter, notons la conversion des peuples d’Europe du Nord (XI et XIIème), puis l’envoi de mission en Orient (Asie).
Cependant, dans le cadre de ces missions, l’Europe se heurte à l’expansion de l’Islam. Dès le VIIIème siècle l’Islam est aux portes de l’Europe (ou même déjà en Europe) : Espagne (royaume wisigoth) conquise en 711 ; armées du prophète devant Constantinople dès le VIIème siècle. Dans le premier exemple, c’est un longue ‘reconquista’ qui durera quasiment 800 ans (fin en 1492 avec la prise de Grenade); dans le second cas, une guerre incessante d’avancées et de reculs, qui sera marquée par la prise de Constantinople (Istanbul) en 1453, puis par des guerre en Europe balkanique et centrale pendant des siècles (défaite de Mohacs (1526) et sièges de Budapest aux XVIème et XVII ème ; et sièges de Vienne par les Turcs en 1529 et 1683). Mais revenons-en aux siècles dont nous parlons.
Certaines missions d’Orient suivront leur cours, mais nous allons parler un peu ici d’un cas particulier, celui des croisades.
En effet, certaines missions d’Orient se heurtent aux terres gouvernées par les califes et autres émirs. A cela s’ajoute les massacres récurrents (en fait, systématiques) contre les pèlerins chrétiens en terre sainte. Il devient impossible d’aller sur le tombeau du Christ, d’aller prier en Palestine, terre sur laquelle le Seigneur s’est incarné pour nous sauver ! Les ambassades ne sont pas reçues, les pèlerins sont rackettés ou tués … Afin de permettre aux pèlerins d’aller prier sur les pas du Seigneur et de les protéger au cours de leur périple, une nouvelle sorte de mission s’organise (mission dûe aux circonstances et qui ne durera qu’un temps) : Les croisades voit le jour. Mais attention, elles ne sont pas tant une oeuvre offensive qu’un simple désir de pouvoir aller sur les traces du Christ et de protéger ceux qui ne font que prier. Nous le comprenons d’ailleurs en voyant qu’il n’y a jamais eu d’effort pour aller au-delà. Lorsque les territoires de Terre Sainte furent libres pour les pèlerins : que l’on soit en terre “chrétienne” ou que les émirs du coin laissent librement passer les pèlerins chrétiens (il y a de beaux exemples !). Ainsi ce n’est pas l’appât de la terre ou de la richesse qui poussait les croisés (même si cela fut le cas pour quelques-uns, au contraire de l’esprit de la croisade). Nous le voyons également lorsque Godefroy de Bouillon pris, à Jérusalem, le titre d’”avoué du saint Sépulcre”, et non celui de roi ! Mais une étude sérieuse et sans parti pris à ce sujet nous en apprendra bien plus encore (cf. Les livres de M René GROUSSET, spécialiste reconnu en la matière).
Quelques erreurs qui font ou refont surface …
Nous ne relèveront que deux faits, importants tous deux quant au sujet (l’Eucharistie d’une part, et la conception de Dieu d’autre part); mais d’inégale importance quand aux conséquences concrètes.
La première est l’erreur de Bérenger de Tours qui provoqua une grande controverse au XIe siècle en soutenant que le pain et le vin de l’Eucharistie ne changent pas de substance, mais conservent une valeur purement symbolique et spirituelle. Lanfranc, ancien moine de l’abbaye du Bec-Hellouin et archevêque de Cantorbéry lui répondit et remit les choses dans l’ordre. La foi de la population était déjà profonde et finalement, même s’il y eu un peu de bruit dans quelques « media » de l’époque, tout rendra dans l’ordre et la foi en fut confirmée et approfondie.
La deuxième erreur est une résurgence du manichéisme, résurgence chronique d’ailleurs, et encore présente à notre époque. Pour faire très court, mais cela nous suffira concernant la résurgence manichéenne des XII et XIIIème siècles : la doctrine cathare (manichéens du sud-ouest de la France à cette époque) repose sur une opposition entre le Bien et le Mal, au point qu’il y a, pour les cathares, comme deux principes divins : un bon et un mauvais. Le principe mauvais a créé tout ce qui est matériel et nous tient sous sa coupe par la matière. Il nous faut aller jusqu’au principe bon en sortant de la matière … d’où le nom de ‘cathares’, les purs, qui allaient jusqu’à se laisser mourir afin de quitter ce monde matériel. Bref, sans rentrer dans les controverses stériles, ceci constituait une grave erreur pour l’Eglise d’une part, et d’autre part, pour les autorités civiles, cela sapait les fondements de la société de l’époque.
Pour terminer …
La renaissance du XIIème dont nous avons parlé a permis un développement des pays d’Europe chrétienne, a donné un nouvel élan missionnaire qui s’est développer dans différentes directions, et a permis a certains esprits de se développer et d’apporter sur la foi chrétienne des lumières inégalées. Le XIIIème siècle verra ainsi plusieurs docteurs de l’Eglise, notamment St Antoine de Padoue (1195-1231) ; St Bonaventure de Bagnoregio (1221-1274), franciscain ; St Albert le Grand (1200-1280) et un de ses élèves, saint Thomas d’Aquin (1225-1274) le seul à être docteur de l’Eglise a plusieurs titre : docteur angélique, docteur commun (titre attribué pour désigner la centralité et l’autorité de sa pensée en théologie) et docteur de l’Eucharistie … excusez du peu !
… une petite sucrerie spirituelle.
Enfin un petit exemple de saint Antoine de Padoue, au sujet d’un disciple de Bérenger de Tours (cf. ci-dessus). L’Eglise répond aux questions et parfois aux erreurs en expliquant à partir de la Bible et de ce que le Seigneur Jésus nous a transmis. Mais comme certains s’enferrent dans leur mauvaises idées, Dieu fait parfois des miracles. On connaît notamment celui-ci pour l’Eucharistie (un parmi d’autres).
C’est au XIIème siècle en Italie du nord, à Padoue, qu’un orgueilleux affirme que Jésus n’est pas présent dans l’Eucharistie. Antoine (de Padoue) essaie en vain de le raisonner gentiment mais l’autre y met tellement de mauvaise foi que le saint finit par lui dire : “même un âne reconnaitrait la présence du Seigneur dans le saint Sacrement !”. Et comme l’autre se moque de st Antoine, une petite expérience est tentée : le dimanche suivant, sur la grande place du marché, un âne affamé (on ne lui a rien donné pendant quelques jours) est placé au milieu de la place. D’un côté il y a de la bonne nourriture pour les ânes, nourriture fraîche et délicieuse. De l’autre un autel a été dressé et on y apporte le Saint Sacrement (l’Eucharistie). Que va faire l’âne ??
Après un temps qui semble être de réflexion, l’animal se dirige vers le saint Sacrement, plie les pattes de devant et s’agenouille, il baisse la tête et reste ainsi un certain temps. Puis, ayant reconnu la présence divine, il se relève, fait demi-tour et va ensuite, se nourrir.
Nous-mêmes, à une époque qui a aussi ses aspects de barbarie, même si celle-ci est plus feutrée, nous espérons le bonheur éternel et demandons au Seigneur et aux saints et saintes qui nous ont précédés, de vivre simplement, bellement notre foi en Dieu. Et, la vivant ainsi, le Seigneur répandra son amour en nous et autour de nous ! Prions !