Jésus a donné sa vie pour nous, nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères !
Reprenons le cours …
La conversion de Clovis …
Le baptême de Clovis : un tournant historique
Au regard de l’histoire, nous pouvons dire aujourd’hui que le Baptême de Clovis, à Noël 496, marque un tournant. Même si le fait n’était pas si grandiose à ce moment là (encore que …) : une petite tribu barbare, païenne, se convertit au christianisme. Ce sont 2 à 3000 guerriers (toute la petite armée) qui suivent leur chef Clovis, et qui sont baptisés avec lui. Ce n’est qu’une petite tribu dont quasiment personne n’a entendu parler, sauf dans les territoires où elle réside.
Et pourtant, nous pouvons vraiment parler d’un tournant historique puisque se fonde à ce moment là l’Europe chrétienne. Cette Europe n’est pas encore, mais les premiers linéaments en sont désormais posés. “France, Fille ainée de l’Eglise, Mère et Educatrice des peuples, qu’as-tu fais des promesses de ton Baptême ?” dira le saint pape Jean Paul II au parc des princes, lors de son premier voyage en France en 1980 !
En effet, la conversion en profondeur de ce peuple va prendre du temps, mais il donnera de nombreux missionnaires par la suite et sera l’instrument de conversion des peuples alentour et de nombreux autres peuples plus tard encore. En premier lieu ce qui est aujourd’hui l’Europe occidentale, puis de l’Europe de l’Est à partir de la fin du premier millénaire (Hongrie tout d’abord, puis la Russie et les pays nordiques … et enfin toutes les missions, par terre ou par mer au long des siècles jusqu’à aujourd’hui. Même si au cours des âges les peuples convertis ont pris la relève de la mission.
Des choix personnels qui changent l’histoire
A l’origine de ce fait historique (la conversion de Clovis et du peuple Franc) à la fois petit au moment même mais majeur au regard de l’histoire, il y a, comme dans toute l’histoire, des choix particuliers d’hommes et de femmes. Clovis choisit le baptême, au risque réel de ne plus être Roi des Francs. En effet c’est parce qu’il était réputé être descendant de Wotam (dieu germanique) qu’il règne sur les Francs. Mais en se faisant baptiser, il reconnaît explicitement que Wotam n’existe pas et son peuple a donc toutes les chances de le rejeter … Le choix personnel et profond de la foi, quel qu’en soient les conséquence et parce que c’est le seul chemin véritable change sa propre vie, mais change aussi la vie de ceux qui l’entourent. Son peuple le suit dans sa démarche, même si beaucoup ne se rendent pas bien compte de toutes les conséquences de leur choix. Finalement les générations qui suivent, jusqu’à nous aujourd’hui, vivent des conséquences de ce qui s’est alors passé. Même si désormais beaucoup d’entre nous ont renié leur foi ou l’ont laissée tomber dans les oubliettes, notre pays a un héritage chrétien que personne, à moins d’être ignorant ou de mauvaise foi, ne peut nier.
Sainte Clotilde : un rôle décisif dans la conversion de Clovis
Pour l’aider dans ce choix, rappelons-nous (sainte) Clotilde, princesse burgonde catholique, qui accepta d’épouser Clovis. Elle demanda ou exigea cependant qu’il respecte sa foi. Elle sera d’ailleurs accompagnée d’un chapelain. Mais il lui a aussi fallu d’autres choix bien difficiles, bien des souffrances encore : son premier enfant, un garçon, est baptisé à sa demande. Clovis consent, mais l’enfant meurt quelques jours plus tard. Clovis s’emporte contre son épouse qui avait demandé le baptême pour leur enfant. Un second garçon nait … et malgré les reproches de son mari elle obtient que ce nouvel enfant soit baptisé, après quoi il tombe gravement malade et est près de mourir : “pouvait-il lui arriver autre chose, puisqu’il a été baptisé à ton Dieu” dira Clovis, amer. Cependant Clotilde n’abdique pas et assiège le Ciel de sa prière … et l’enfant guéri. Combien ces quelques choix courageux de cette reine des Francs vont avoir d’impact dans la conversion de son mari !
Il en est de même pour nous : nos choix quotidiens, même s’ils nous paraissent petits et de peu d’importance sur le moment, peuvent orienter le cours de l’histoire s’ils sont liés à d’autres choix courageux d’autres personnes. Là est notre responsabilité de chrétiens “authentiques”: faire ce que le Seigneur attend de nous, et il s’occupera de faire porter tout le fruit qu’Il désire à nos moindres actes courageux ou vertueux. “Quand on a fait tout ce que l’on devait faire, laissons le reste entre les mains de la Providence” disait sainte Zélie MARTIN après bien d’autres saints.
La conversion des Francs
Une conversion lente et profonde
Si l’acte fondateur est important, il est bien sûr nécessaire que chacun y réponde selon ses propres dons. La terre de France va devenir la terre des saints, mais ce sera un lent travail de converion en profondeur et cela va prendre des siècles.
Les quelques milliers de guerriers qui se font baptiser ne deviennent pas parfaits du jour au lendemain. Le lent et solide travail des évêques, secondés par les monastères, va porter le christianisme au coeur de l’âme de ce peuple. Au Vème et VIème siècles, on ne compte plus le nombre de saints évêques sur le sol de notre pays, et bien des villes sont aujourd’hui sous leur patronnage : St Hilaire (Poitiers) et St Martin (Tours) sont un peu antérieurs, au IVème siècle. Parmi ceux du Vème ou du début du VIème siècle citons St Loup (Troyes), st Aignan (Orléans), st Germain (Auxerre), St Sidoine Apollinaire (Auvergne), st Aubin (Angers), st Seurin (Bordeaux), St Remi (Reims), St Avit (Vienne en France), st Césaire (Arles) mais la liste est trop longue pour pouvoir donner ici tous les noms.
Les évêques au service des cités
Le travail d’évangélisation en profondeur est rendu possible parce que les autorités politiques laissent la liberté de conscience (religieuse) et permettent ainsi aux évêques de travailler à cette conversion. Notons également qu’après la chute de l’empire Romain d’occident les personnages capables de gérer une cité et en qui chacun peut avoir confiance ne sont pas foule … et faute de protecteurs les villes vont régulièrement demander aux évêques bien plus qu’un simple ministère spirituel, ils deviendront parfois les chefs de la cité. Ils s’en acquiteront comme un service et non comme un pouvoir personnel. En bref, remplis de l’esprit de l’Evangile et au service, comme le Sauveur qui “est venu pour servir et non pour être servi” les évêques vivent profondément la foi qu’ils professent et par là-même la conversion des populations s’en suit. Cela ne se passera pas sans heurts, comme dans toute histoire humaine, notamment parce que ceux qui cherchent la voie de la facilité s’opposent toujours à la proclamation du Christ et à sa voie de vérté et d’humilité qui demande de véritables efforts.
Quelques faits marquants
1/ Le développement de la vie monastique
Depuis biens des siècles des personnes répondirent à l’appel du Seigneur à une vie retirée et toute donnée à Dieu par la prière et dans la pénitence. En Orient d’abord s’étaient développées à la fois une vie érémitique qui attirait bien des jeunes et moins jeunes, mais également une vie cénobitique (vie en communauté). Parmi les derniers fondateurs avant le Vème siècle, pensons par exemple à saint Basile. Cette vie monastique se développera aussi en occident, et parmi les plus connus nous ne pouvons oublier saint Martin qui fonda Ligugé (près de Poitiers) ou Marmoutier (aux portes de Tours). Au Vème siècle vécu celui qui fut le père du monachisme occidental : saint Benoit de Nursie. Sa règle, à la fois précise et toute de nuances – ni trop, ni trop peu – va façonner nos régions. Bien des ordres se réclameront de la spiritualité bénédictine. Plus tard des écoles naîtront au sein des monastères, les progrès de la culture, des arts et des lettres verront le jour dans des couvents de bénédictins.
2/ Les missions en Europe
Disons un mot, sans développer, des missions : en Germanie notamment par st Boniface, qui versera son sang pour fonder l’Eglise dans ces pays. En “Grande” Bretagne, où st Augustin de Cantorbéry ira porter l’Evangile au sein des peuples Angles et Saxons. En Espagne avant que les hordes sarrazines ne viennent la conquérir presqu’entièrement et provoquent une guerre qui durera de nombreux siècles. En Moravie et Europe centrale ce fut l’oeuvre des frères sts Cyrille et Méthode ; en Hongrie le roi st Etienne entraina son peuple dans sa conversion… que de martyrs ! Mais que de saints et que de bien fait ! C’est un monde qui se civilise, respecte les personnes de plus en plus, donne une place à chacun là où le christianisme est effectivement vécu … et le bien se diffuse toujours.
3/ Les grandes difficultés doctrinales et ecclésiales
Nous avions parlé, dans un précédent article, de l’arianisme et de quelques autres contrefaçons de la foi catholique. Sans tout aborder, soulignons trois problèmes importants de cette période.
3/1 — Le Pélagianisme
En premier lieu le Pélagianisme qui commence au début du Vème siècle et se répand surtout en occident, à Rome tout d’abord où les deux fauteurs de trouble, Pélage (moine Breton) et Célestius (avocat), répandent leur mauvaise doctrine subrepticement. Ce sont des hommes instruits et beaucoup les écoutent, au moins dans un premier temps.
En quelques mots le Pélagianisme affirme que le foyer de tentation (concupiscence) en l’homme, les douleurs corporelles, la mort, viennent de la nature et non du péché : Adam serait mort même s’il n’avait pas péché, et son péché (faute des origines) n’a pas nui à ses descendants mais à lui seul. Bref, pas de péché originel. Ainsi le baptême est dénaturé comme beaucoup d’autres points de la foi. Finalement l’homme peut s’en sortir seul à force d’efforts et de pénitences. Sa volonté est suffisante pour résister à la tentation, même sans la grâce de Dieu etc. Comdamée par plusieurs conciles provinciaux (par exemple au concile de Carthage en 411 puis 418 ; à un concile de Jérusalem en 415 …) cette doctrine fait sa mue en ce qu’on appelle le semi-pélagianisme dans lequel certains traits sont atténués, mais le fond reste le même. Malgré le combat de st Augustin contre cette hérésie, il faudra encore la condamner (Concile d’Orange en 529 par exemple). Le Pélagianisme fait la part belle à l’orgueil humain et aujourd’hui, bien des attitudes relèvent du même esprit.
3/2 — Les iconoclastes aux VIIIème et IXème siècles
Les iconoclastes aux VIIIème et IXème siècles : c’est plus en Europe orientale que ce développe cette exagération qui ravagera bien des oeuvres d’Art. “Il ne faut pas représenter Dieu”, et donc toutes statues ou tabeaux et autres images sont à proscrire et à détruire. Saint Jean de Damas et bien d’autres luttent et rappellent que la seconde personne de la sainte Trinité, le Fils du Père, s’est incarnée et a pris notre nature humaine tout en gardant la nature divine (cf. Concile de Chalcédoine dans l’article précédent). Ainsi le Fils fait homme, Jésus, est représentable ainsi que sa Mère, la sainte Vierge Marie. De façon plus large, toute représentation artistique n’est pas adorée en tant que telle, mais vénérée et, à travers l’oeuvre, nous met en relation avec le Seigneur que nous adorons. Ainsi la vénération des “images” se rapporte toute à celui qu’elles représentent et non pas à l’oeuvre en elle-même. Un concile général (Nicée en 787) pose les jalons du Magistère de l’Eglise en ce domaine mais il faudra encore un peu de temps pour que tout rentre dans l’ordre. (Nous voyons une autre fureur iconoclaste au moment de la Réforme (XVIème) avec le protestantisme qui saccagera tant d’oeuvres et de nombreux édifices … à cause d’une conception, une fois encore, trop humaine des “choses divines’. Notons enfin une dernière époque iconoclaste dans les années 1960-70 et même un peu plus, au cours de laquelle certaines églises seront vidées de leur statuaire qui sera plus tard remplacée par des oeuvres de bien moindre valeur et beauté (il en sera de même pour les vêtements liturgiques).
3/3 — Constantinople et la rupture avec Rome
Depuis la seconde moitié du IVème siècle (et jusqu’au XIème), certains évêques (ou Patriarches) de Constantinople prendront leurs distances avec le Pape (Rome). Depuis que l’empereur réside à Constantinople et non plus à Rome, les évêques de la ville de la nouvelle résidence impériale souhaitent souvent devenir eux-mêmes les chefs de l’Eglise. Evidemment une telle raison n’est pas suffisante puisque St Pierre, choisi par Jésus pour être le chef de l’Eglise : “Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise …”, résida et mourut à Rome et non à Constantinople.
Plusieurs de ces Patriarches ne luttent pas contre leur orgueil mais le nourrissent au contraire et persuadent faussement de leurs “droits” à dominer l’Eglise. Le premier à rompre la communion de l’Eglise fut Acace (fin Vème en 485). Par la suite plusieurs se séparent (plus ou moins) de cette communion mais sans que cela dépasse leur propre personne et leur vie. Notons un épisode très douloureux qui se passe au IXème siècle avec Photius, imbu de lui-même et vraisemblablement manipulateur. Tout cela préparait une rupture qui devint définitive au XIème siècle avec Michel Cérulaire alors évêque (Patriarche) de Constantinople. L’orgueilleux personnage travailla à la consommation du schisme et rompit définitivement en 1054. Ce schime, celui des Orthodoxes, perdure (malgré quelques rapprochements lors des croisades). Aujourd’hui encore, des tentatives de rapprochement existent, mais humainement on ne voit pas encore comment elles pourraient aboutir.
Les Etats Pontificaux
Une question à traiter à part
C’est une partie de l’histoire de l’Eglise qu’il nous faut traiter à part, sous peine d’être indigeste !
Les Etats pontificaux : ce qui y conduisit, raison pour laquelle ils durèrent, conséquences historiques et humaines, fin des états pontificaux … nous en parlerons dans le prochain article.