Jésus veut s’unir à nous dès ici-bas
Jésus veut tellement être avec nous, et pas seulement dans l’au-delà : déjà ici-bas, il vient s’unir à nous dans la communion. Ceux qui s’aiment veulent être ensemble. Jésus veut être avec nous, être en nous, parce qu’il nous aime infiniment.
Le pape saint Jean-Paul II le rappelle dans son encyclique sur l’Eucharistie :
« Proclamez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne. »
C’est ce que nous faisons à la messe. Et cela implique, pour qui participe à l’Eucharistie, l’engagement de transformer sa vie ici-bas, pour qu’elle devienne d’une certaine façon totalement eucharistique, c’est-à-dire totalement avec le Christ. Le pape souligne que là où les trois premiers évangélistes racontent l’institution de l’Eucharistie, saint Jean, lui, en illustre le sens profond, juste après le premier verset du chapitre treize, par le lavement des pieds, que l’on lit le Jeudi saint au soir.
De son côté, saint Paul déclare indigne d’une communauté chrétienne la participation à l’Eucharistie dans un contexte de division. Pourquoi ? Parce que Dieu nous aime tous, chacun en particulier, au point de mourir pour chacun de nous. « Je vous ai fiancés à un époux unique », dit saint Paul : nous sommes l’épouse bien-aimée du Christ. Dans l’épître aux Éphésiens, il écrit : ils ne sont plus deux, ils ne forment plus qu’un ; je le dis à propos du Christ et de l’Église. En vérité, ce n’est pas le mariage qui est le modèle ; c’est l’union du Christ avec chacun de nous qui est première, et le mariage n’en est qu’une pâle image.
Cette union nous dépasse tellement qu’on ne peut pas la toucher, et pourtant elle est bien plus réelle que ce que nous touchons. La présence du Christ, nous ne la touchons pas (ou plutôt, en recevant l’hostie, nous le touchons sans nous en rendre compte, sans le voir), parce qu’elle est trop éclatante pour nos yeux, trop belle pour notre esprit. C’est ainsi que Dieu le veut, et c’est ce qu’il fait.
Aussi, quand je communie au Seigneur, je ne peux plus vivre après comme je vivais avant. S’il n’y a aucun changement, c’est dommage, et c’est sans doute que je n’étais pas prêt à le recevoir. C’est ce que l’on appelle l’intention droite.
Communier en état de grâce
La communion est une union au Christ. Or, pour être uni à lui, il ne faut pas lui être ennemi ni le tenir à l’écart : il faut l’aimer. La première condition, c’est donc d’être en état de grâce. Qu’est-ce que l’état de grâce ? C’est l’état d’amitié avec Dieu. Et son contraire, c’est l’état de péché, j’entends le péché grave, qui brise cette amitié.
Dans la faute grave, en effet, je fais de la fin ultime de ma vie autre chose que Dieu : je lui préfère radicalement autre chose. Si je vole mille euros, par là même je préfère l’argent à Dieu, je l’ai mis dehors. Si je vole un euro, ce n’est pas la même chose : la matière n’est pas assez grave pour rompre l’amitié, c’est un péché véniel.
Pour qu’il y ait faute grave, il faut trois choses ensemble : une matière grave, le savoir et le vouloir. Si l’on me réveille en pleine nuit et que je signe à demi endormi sans savoir ce que je fais, ou si je commets un acte grave en étant somnambule, il y a bien quelque chose de grave, mais pas une faute grave, parce que je ne l’ai pas vraiment su ni voulu. Précisons toutefois que désirer fermement accomplir un tel acte, même sans le commettre, revient déjà à l’avoir commis dans son cœur.
Si je suis donc en faute grave, j’ai mis Dieu dehors : je ne peux pas le recevoir en lui disant « je t’aime ». Ce serait, en quelque sorte, le prendre de force. Et ce n’est pas moi qui le dis, c’est l’Écriture : saint Paul, dans la première lettre aux Corinthiens (chapitre onze), avertit que celui qui prend indignement le corps du Christ se rend coupable envers ce corps. L’état de grâce est donc essentiel ; et avant de communier après une faute grave, il faut d’abord passer par la confession.
Cet état de grâce, le Seigneur nous donne de le cultiver, de l’approfondir, de l’aimer toujours davantage. État de grâce, amour de Dieu, charité : c’est tout un. Et dans la charité, je peux toujours aller plus loin, accueillir son amour de plus en plus, en retirant ce qui le freine. C’est l’image du petit oiseau : il pourrait s’élever très haut, mais tel petit fil le retient au sol. Je coupe ce fil, puis tous les autres ; oui, cela fait mal, mais alors je pourrai m’envoler jusqu’à Dieu. Et sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus ajoute que c’est lui, l’ascenseur : le bon Dieu me prend dans ses bras et m’élève jusqu’en haut. Il n’y a qu’à s’ouvrir à son amour et à couper toutes ses attaches ; c’est tout simple, et en même temps c’est un crucifiement.
La nourriture qui fait grandir
L’union au Christ demande de progresser :
« Soyez saints comme votre Père céleste est saint. »
Or l’Eucharistie est une nourriture, et la nourriture donne de la force. Essayez de ne pas manger pendant trois jours : vous ne serez guère vaillants. Pendant un mois : il faudra sans doute aller à l’hôpital. Pendant deux mois : vous en mourriez. De même, qui ne communie qu’une fois par semaine aura vite faim, spirituellement. Ce n’est pas tout à fait pareil, mais on comprend.
Le bon Dieu ne s’impose pas, il se propose. L’Eucharistie est la nourriture qui me donne la force de devenir un saint. Et quand je communie, c’est cela que je veux devenir : voilà l’intention droite. Communier par habitude, ou pour faire plaisir aux autres, ne porte aucun fruit. Et quand je ne suis pas en état de communier sacramentellement, je peux faire une communion spirituelle :
« Seigneur, tu sais que là, je ne le peux pas ; mais j’ai le désir de te recevoir, donne-moi de me convertir. »
C’est important, car on se convertit plus profondément, on remonte beaucoup plus haut dans l’amitié de Dieu.
Une seule communion peut faire un saint. Il y a, dans une seule communion, de quoi devenir saint. Je n’ose dire combien de fois j’ai communié, car j’aurais honte de ne pas l’être encore. Je me souviens d’une petite fille très malade, sur le point de mourir, qui n’avait pas encore fait sa première communion ; le prêtre la lui porta, et ce fut la seule fois où elle communia.
On m’a aussi rapporté, de première main, des faits de la Seconde Guerre mondiale. Dans certains camps, en Allemagne comme en France, les prêtres étaient regroupés à part et célébraient la messe quand ils le pouvaient, parfois en pleine nuit. Des prisonniers des camps voisins venaient communier, alors que c’était rigoureusement interdit : quand le projecteur s’éloignait, le prêtre s’avançait d’un côté, le prisonnier de l’autre, et la communion passait à travers le grillage. Il faut le dire aussi : parmi les soldats allemands, beaucoup étaient chrétiens et ne savaient pas tout ce qui se passait ; chez les Français non plus, tous n’étaient pas bons. Il y eut même une ordination clandestine dans un camp : un évêque déporté parvint à se faire envoyer le nécessaire et ordonna en pleine nuit un prisonnier allemand, devenu prêtre, qui ne célébra qu’une seule messe avant de mourir. Une seule messe : cela valait largement tous les risques. Car dans la communion, c’est Dieu que nous recevons, Dieu qui veut s’unir à nous pour l’éternité.
Nous ne sommes pas seuls : l’Eucharistie fait l’Église
Troisième aspect de cette communion : nous ne sommes pas seuls. Le Christ nous associe à lui et forme son Église avec nous tous. L’Eucharistie construit l’Église : le corps du Christ que je reçois bâtit le corps du Christ qu’est l’Église. Par la communion, Jésus nous unit tous à lui, et nous unit les uns aux autres, non pas seulement pour nous dire bonjour à la sortie, mais bien davantage : nous nous devons aux autres.
C’est pourquoi saint Paul s’indigne : après la messe, lors des agapes, les riches mangeaient entre eux et ne donnaient rien à ceux qui n’avaient rien. Il leur dit en somme : vous ne pouvez pas communier si vous vous comportez ainsi, vous n’êtes pas dans la communion avec le Seigneur.
Et il faut entendre cette autre parole, juste avant la communion :
« Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri. »
C’est le mot du centurion à qui Jésus guérit le serviteur. Nous ne sommes jamais assez dignes ; mais être en état de grâce suffit, car il y a déjà une amitié avec Dieu, et elle ne demande qu’à être renforcée. Parce que vous avez froid, allez-vous vous écarter du feu ? Au contraire, vous vous en approchez. Si je suis en faute grave, je ne m’assieds pas tout contre le feu, je commence par me réchauffer par la confession ; mais si j’ai seulement froid, je ne mets pas trois pulls pour me tenir à distance : je m’approche de la source de la chaleur, je m’approche du Christ. La communion est un remède pour ceux qui sont malades, malades d’un amour de Dieu qu’ils n’ont pas assez accueilli.
Premier pas : écouter Jésus
Concrètement, que faire pour bien communier ? D’abord, écouter Jésus. Au chapitre six de saint Jean, après la multiplication des pains, la foule le recherche. Jésus lui dit : vous me cherchez parce que vous avez mangé et été rassasiés ; cherchez non la nourriture qui périt, mais celle qui demeure. Comme on ne comprend pas, il avance dans la révélation :
« Je suis le pain de vie ; celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim, celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif. »
Puis :
« Je suis le pain vivant descendu du ciel ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement, et le pain que je donnerai, c’est ma chair, livrée pour le salut du monde. »
Tout se relie ici : c’est la présence réelle, vraiment lui, avec son corps, son sang, son âme et sa divinité, cette chair donnée dans la passion qu’il nous donne pour nous faire vivre éternellement, en effaçant nos fautes. Remède quotidien à nos fautes quotidiennes, non aux fautes graves, mais à toutes ces petites fautes que nous commettons chaque jour.
Il y a un vieil adage : dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es. On le rapporte de saint Pie X, fils d’un pauvre facteur du nord de l’Italie ; enfant, il ôtait ses sabots pour faire à pied les quatre kilomètres jusqu’à l’école, afin de ne pas les user. Après son élection, le corps diplomatique fut reçu, et l’on s’étonnait, auprès du cardinal Merry del Val, son secrétaire d’État, d’une telle dignité chez le fils d’un pauvre facteur. Réponse : à force de vivre dans la compagnie des anges, on finit par leur rendre hommage. À force de fréquenter le Christ dans la communion, nous finissons par lui ressembler ; bien des petites fautes et des imperfections finiront par tomber. Au point que saint Paul pourra dire :
« Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. »
Il ne nous ôte pas notre liberté, bien sûr ; mais il est si présent en moi que je veux l’aimer toujours plus.
Deuxième pas : la nourriture de l’âme
Jésus est la nourriture de l’âme. Nous avons besoin de nourriture pour grandir, pour garder la santé, pour la recouvrer. Le corps réclame sa nourriture, et on lui en donne de la bonne. L’intellect aussi a besoin de se nourrir, par de bonnes lectures : à ne lire que n’importe quoi, on finit par penser n’importe comment ; et l’on ne fait pas lire ou voir n’importe quoi aux enfants, car cela les marque à vie, et pas toujours pour le bien.
Mais le cœur, lui, demande davantage encore. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus le disait : combien mon cœur me paraît grand quand je considère tous les trésors de la terre, puisque tous réunis ne pourraient le combler ; et combien il me paraît petit quand je considère Jésus, car mes espérances touchent à l’infini. Seul ce qui est éternel peut combler notre cœur.
« Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi »
disait déjà saint Augustin. La seule nourriture qui puisse combler notre âme, c’est Jésus ; c’est l’Eucharistie.
Troisième pas : les fruits de la communion
Notre corps mange pour ne pas dépérir ; notre âme reçoit Jésus pour ne pas dépérir, pour refaire ses forces, accroître sa vigueur, renouveler sa santé spirituelle. Et comme l’enfant qui mange devient adulte et porte du fruit, ainsi, nourri par l’Eucharistie et fortifié par la confirmation, je deviens davantage missionnaire, non pas forcément en cherchant à l’être, mais en vivant et en agissant chrétiennement. C’est bien pourquoi, dans des pays qui se déchristianisent, on efface les croix et l’on floute les signes chrétiens : cette présence est missionnaire.
Saint François de Sales, évêque près du lac Léman, au temps difficile qui suivit la Réforme, en avait l’intuition. Un jour, il invita à Annecy un grand prédicateur. Celui-ci arriva, et l’évêque l’entraîna simplement à se promener et à converser dans les rues de la ville. Vint midi, on déjeuna ; puis l’après-midi passa, et l’heure de la diligence arriva sans qu’un seul sermon eût été prononcé.
« Quel dommage, dit le prédicateur, je ne suis venu pour rien. »
Et saint François de répondre : tout le monde nous a vus deviser ensemble dans la paix, nous avons été témoins du Christ, cela suffisait. Il y a un temps pour parler et un temps pour se taire. Dans un couple, devant un enfant en colère, rester dans le calme, ce n’est pas se dérober, c’est déjà témoigner du Christ. L’Eucharistie nous donne ce sens spirituel d’agir comme lui.
Le carême n’est pas autre chose : couper toutes nos petites attaches déréglées, comme les fils de l’oiseau. La sainteté, comme la vertu, est dans un juste milieu ; trois vertus seulement échappent à cette mesure, ce sont les vertus théologales : la foi, que je ne croirai jamais assez ; l’espérance, que je n’espérerai jamais assez ; et la charité, dont je n’accueillerai jamais assez l’amour du Christ. Là, il y a toujours plus.
Aussi, si vous êtes en état de grâce, ne serait-ce qu’un peu, ne privez pas votre âme de Jésus. Que l’enfant bien préparé n’hésite pas à communier : sa volonté en sera fortifiée. Que l’adulte en état de grâce n’hésite pas non plus, même tiède ou accablé de soucis : il y trouvera un remède, la source de la vie, la force de la patience, le soutien de sa vertu. Comment l’amour de Dieu grandirait-il dans un cœur, sinon par la communion ? Toute la vie d’un chrétien devrait être une préparation à la communion, et la communion elle-même, la nourriture qui permet de vivre en chrétien. Le saint Curé d’Ars disait que celui qui communie se perd en Dieu comme une goutte d’eau dans l’océan ; lui qui était pieux et humble, peu savant au point d’avoir failli ne pas être ordonné, gardait les pieds sur terre.
Une autre image vient de l’évangile de saint Jean, au chapitre quinze : la vigne.
« Je suis la vigne, vous êtes les sarments ; tout sarment qui porte du fruit, mon Père l’émonde »
c’est-à-dire qu’il le purifie. Sainte Thérèse d’Avila pouvait dire, à prendre avec des pincettes : Seigneur, vous n’avez pas beaucoup d’amis, mais vu comment vous les traitez, ce n’est pas étonnant. La vigne taillée souffre un peu, mais elle portera ensuite trente, quarante, cinquante grappes. Le grain de blé tombé en terre, s’il meurt, porte beaucoup de fruit, trente, soixante, cent pour un. La communion augmente en nous la vie de Jésus, comme la sève qui passe du cep au sarment, à condition d’avoir préparé son cœur.
Autre fruit : le pardon des fautes vénielles. Imaginez un petit enfant qui a fait quelques sottises : il revient, « pardon papa, pardon maman », et se jette dans vos bras ; vous le serrez et vous l’embrassez, tant vous l’aimez. À la communion, le Seigneur efface ainsi nos fautes vénielles, pourvu que nous ne voulions pas les recommencer, ce qui relève encore de l’intention droite. C’est pourquoi, tout au long de la messe, et notamment à l’Agneau de Dieu, nous demandons pardon : « Prends pitié de nous », juste avant la communion, ne sautons pas cette prière. La communion nous purifie des fautes vénielles, nous préserve des fautes mortelles (car plus j’aime le Christ, plus il m’est difficile de rompre avec lui), et nous rend capables de couper nos attaches déréglées. Tel défaut contre lequel je lutte depuis quarante ans, à force de communion et d’intention droite, j’y arriverai ; ou plutôt, c’est le Seigneur qui y parviendra en moi, car seul, ou par orgueil, je retomberais toujours.
Enfin, l’Eucharistie fait l’Église. Unis au Christ, nous sommes unis entre nous, plus capables de faire le pas vers l’autre. Après la messe du dimanche, prendre le temps d’un bonjour, de demander des nouvelles : nous ne sommes pas des étrangers. Rendre un petit service à la paroisse, une fois accompli son devoir d’état et de famille, sans rien calculer ; car ce n’est pas Dieu qui est notre débiteur, c’est nous qui le sommes envers lui. La communion ne rend pas tout facile, mais elle le rend possible : elle n’enlève pas les obstacles, elle nous donne de les surmonter. Si le Christ ôtait tout le mal, comment lui offririons-nous notre vie ? Or notre vie doit déjà commencer ici-bas au paradis, faute de quoi nous n’y entrerons pas à notre mort. Pas de vision du Christ sans la vie de la foi : la foi nous en donne une connaissance encore obscure, mais vraie, qui prépare à la vision directe. L’hostie transforme notre cœur et le rend spirituellement capable d’accueillir Dieu tout entier, et c’est lui qui opère ce travail, autant que nous lui laissons le cœur ouvert.
Saint Jean Chrysostome le disait : l’Eucharistie engage envers les pauvres. Or il y a bien des pauvretés. Sainte Mère Teresa observait que la plus grande pauvreté est peut-être la solitude, qui frappe parfois davantage les riches, riches de titres, d’intelligence ou de biens, mais finalement seuls. Il y a aussi la pauvreté de ceux qui ne connaissent pas le Christ. À force de l’aimer, je voudrai le porter aux autres, par exemple en me formant pour faire le catéchisme : c’est l’une des plus belles œuvres, sans être la seule. Ainsi la communion renforce mon lien avec la véritable Église ; car ce n’est pas l’Église qui pèche, ce sont des personnes, laïcs ou prêtres, qui agissent contre le Christ et se séparent réellement de son corps, même si elles y demeurent visiblement.
L’Eucharistie nous donne donc de vivre chrétiennement sur terre, les yeux fixés sur Jésus. C’est pourquoi le dernier concile nous enseigne qu’elle est source et sommet de toute la vie chrétienne, et qu’elle contient tout le trésor spirituel de l’Église.
Se préparer à la rencontre
Il faut donc venir à la messe, et venir communier, si l’on a les dispositions requises ; les deux plus importantes sont l’état de grâce et l’intention droite. Ensuite, on se prépare. Quand vous attendez des invités, vous dressez la table, vous nettoyez un peu : c’est Dieu que nous allons recevoir, il convient que la maison soit propre. La confession régulière, justement, garde notre maison propre de façon habituelle.
Tâchons d’arriver à l’heure, voire un peu en avance, pour nous préparer. On peut être en retard sans que ce soit sa faute ; mais que penseriez-vous de quelqu’un qui, une fois sur deux, vous fait attendre ? Avant la messe, en dehors des quelques minutes pour répéter les chants, il est bon de faire silence. Je salue volontiers, à la sortie, ceux que je n’ai pas vus de la semaine ; mais à l’entrée, je suis d’abord là pour le Seigneur. Personne ne s’en offusquera.
Il y a aussi les dispositions du corps, puisque nous en avons un. D’abord le jeûne eucharistique : une heure avant la communion, je ne mange pas, pour ne pas mêler Jésus à d’autres aliments ; seuls l’eau et les médicaments ne le rompent pas. Nous avons de la chance : ce fut autrefois trois heures, puis depuis minuit, si bien que mes parents allaient communier à la messe de sept heures, prenaient ensuite leur petit déjeuner, et revenaient à celle de dix heures et demie pour chanter. Ensuite, une tenue propre et digne ; il y avait jadis les habits du dimanche. L’essentiel, encore une fois, demeure l’état de grâce et l’intention droite : je préfère vous savoir mal habillés et en état de grâce.
Rendre grâce
Je terminerai par l’action de grâce. Imaginez que le pape vous invite, seul, dans son bureau : vous vous y prépareriez, vous prendriez le temps de la conversation. Or ce n’est que le pape. À la messe, c’est Dieu lui-même. L’action de grâce, c’est un cœur à cœur avec Jésus, comme deux époux qui recherchent l’occasion de se parler. Saint Louis, qui assistait à la messe chaque jour, laissait un jour son frère prolonger longuement son action de grâce ; quand les barons s’impatientaient, le roi répondit : laissez-le, l’armée peut attendre.
Pour l’action de grâce, on peut suivre quatre mots, puis une résolution. Adorer : je commence par adorer Jésus, à genoux ou assis, peu importe, dans une attitude où je m’oublie pour ne penser qu’à lui. Remercier : pour cette communion et pour toutes les grâces déjà reçues. Demander : « Demandez, vous recevrez. » Mais demandons des choses importantes, non que mon petit-fils gagne au rugby, mais d’aimer Jésus davantage, la vie éternelle pour nous et pour tous ceux que nous aimons, et même pour ceux que nous n’aimons pas, puisque Jésus les aime ; demandons-lui, dans tel domaine où nous peinons, non d’ôter la tentation, mais de la surmonter avec lui. Offrir : je reçois sans cesse ; offrons-nous à lui en retour.
« Seigneur, je t’appartiens, que veux-tu que je fasse ? » comme la Vierge : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole. »
Enfin, prenons une petite résolution pratique, sans quoi tout cela resterait dans les hauteurs :
« Seigneur, cette semaine, je ferai effort contre ma colère ; quand je sentirai qu’elle monte, je me tairai, je m’éloignerai. »
À la communion suivante, on fera le bilan, on reprendra le même effort ou un autre. Un effort particulier, choisi pour aimer Dieu davantage.
Comme Dieu est grand, comme il est bon. Je m’arrête là, car ce serait trop ; il y a tant à dire, et il y aura d’autres occasions.