La vertu de patience

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  |  8 mai 2026


Les considérations suivantes sont inspirées d’un auteur ancien, st Cyprien, évêque de Carthage en 246 ! Quelques illustrations contemporaines prendront également leur place.

Le modèle : la patience divine.

« Ma patience a des limites »

Disons-nous parfois, énervés ou en colère, désirant nous donner une excuse ou justifier cette irascibilité. En soi c’est vrai, notre patience a des limites, mais ces limites ne sont-elles pas un peu étroites ?

Nous sommes chrétiens et voulons avancer dans cette voie et, si nous ne sommes pas parfaits, nous désirons suivre le Seigneur. Notre façon de vivre tend donc à refléter les vertus divines … sinon nous nous dirions chrétiens sans vouloir le vivre et on aurait beau jeu de nous montrer notre contradiction, lorsque ce ne serait pas pire :

« C’est ça être chrétien !! » sous-entendu, tu te mets en colère comme chacun, sans aucun effort ! Dans ce cas-là pourquoi serais-je chrétien moi-même ?

La patience de Dieu :

Il fait lever son soleil sur les bons et les méchants … oui, les injustices et tout le mal fait par les hommes blesse le Seigneur (car Dieu n’est certainement pas injuste !!) pourtant, Il offre à tous les bienfaits de la création alors qu’Il pourrait immédiatement rendre à chacun selon les œuvres qu’il vient de faire. Mais

« Je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive » dit-il (Ezechiel 18, 32).

Ou encore (Joël 2, 13)

« Revenez au Seigneur votre Dieu ; car il est bon et miséricordieux, plein de patience et de douceur, et il révoque parfois les arrêts de sa justice contre les iniquités des hommes ».

Rappelons-nous également l’histoire de Jonas à Ninive, ville qui devait être détruite dans 40 jours, mais qui se convertit. La Bible, parlant de Dieu avec des expressions humaines pour que nous comprenions dit : et Dieu renonça au châtiment dont il les avait menacés (Jonas 3, 10).

La clef de la patiente attente divine nous en est donnée par saint Paul (Rom 2, 4) Ne savez-vous pas qu’Il n’use de cette patience et de cette bonté que pour vous amener à la pénitence ?

La patience divine désire le bien même du pécheur, et elle lui laisse le temps du repentir. Le problème est qu’en continuant dans le mal, l’homme s’endurcit et il se rend incapable de changer de vie … il n’y a alors pour lui plus aucun moyen de s’en sortir puisqu’il ne le veut pas ! La miséricorde est bien là, mais s’il ne veut pas avoir recours à la miséricorde …

La patience de Jésus :

Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous persécutent

Jésus nous appelle nous aussi à une grande patience. Mais il l’a lui-même vécue et tout au long de sa vie.
En effet, Jésus prend le temps (30 ans sur 33 !) de nous montrer l’importance des préparations : il aurait pu agir tout de suite en venant sur la terre, mais il prend le temps de vivre en enfant, d’obéir à ses parents, d’étudier, de travailler … c’est toute la lente préparation humaine qui n’est pas superflue, mais que Dieu consacre et bénit en passant plus de 90% de son temps sur terre dans cette patiente préparation. Nous y voyons là un encouragement pour les parents d’une part, dans l’œuvre d’éducation.

En particulier pour les mamans qui agissent tellement dans le silence, portant souvent le poids des relations humaines dans la famille. Pour les pères qui travaillent, et en portent les difficultés jour après jour pour donner un foyer stable à l’épanouissement de leurs enfants.

Aux enfants eux-mêmes, parfois si impatients que les choses aillent plus vite, mais où ils risquent d’être marqués par des échecs qui auraient pu et dû être évités !

Ensuite, Jésus ouvre sa vie publique (enfin il y va !) par … 40 jours au désert ! N’était-il pas pressé ? Bien sûr que si, mais justement, la patience est tellement nécessaire ! S’il n’avait pas porté le poids de la tentation et de la patience dans la maîtrise de soi, alors ce qui est déjà difficile pour nous, nous n’aurions jamais eu le courage de l’entreprendre. Mais l’exemple du Christ nous appelle à sa suite.

Et puis pour faire court, passons directement à la Passion : Patience dans les souffrances de la Passion. Patience qui se révèle d’autant plus grande que les souffrances subies ne sont pas que physiques (c’en est la moindre des parties), mais les injures, les crachats, la manipulation opérée par les membres du Sanhédrin contre lui, la faiblesse de Pilate … et plus encore, l’ingratitude de tous les hommes de tous les temps vis-à-vis de l’amour qu’il nous prouve dans la Passion !

Quelle est son attitude ?

Il n’ouvre pas la bouche

Pas de plainte, mais une patience à toute épreuve ! Il pourrait descendre de la croix, mais non, son amour est tellement grand qu’il supporte de ne pas laisser encore éclater sa majesté divine, mais il accomplit patiemment son sacrifice et nous ouvre le Chemin de son Cœur et de la Vie éternelle !!!

Mais plus encore, lorsqu’il parle, sur la croix, il ne pense qu’à nous et il PARDONNE à ses bourreaux ( et à nous tous qui le défigurons par nos façons d’agir), à tous ceux qui reconnaitrons leurs tords et iront à la fontaine de la Miséricorde.

Si donc, nous désirons être chrétien, suivre Jésus, alors « Celui qui dit demeurer en Jésus Christ doit marcher par où il a marché le premier » nous dit st Jean (1 Jn 2, 6) ; et saint Pierre ne dit pas autre chose, quoique en mots différents : « Jésus Christ a souffert pour nous, vous laissant l’exemple afin que vous marchiez sur ses pas… » (1 P 2, 21-23)

Exemples :

La patience est certainement la vertu pratiquée avec le plus d’éclat par les justes de l’Ancien Testament, et notamment les Patriarches.

Abraham, plein de confiance dans la parole divine qui lui promet une descendance, attend avec patience (et foi) que cette promesse se réalise, faisant ce qu’il peut de son côté. Et alors qu’il atteint l’âge de cent ans ( ! ) il garde confiance et se voit finalement exaucé. Ses descendants eurent à subir bien des déboires dans leur vie, mais ils ne pressèrent pas les événements, faisant confiance au Seigneur qui réalisera, quand il le voudra, les promesses.

Et même s’ils ne virent pas le Christ (qui viendra presque 2000 ans plus tard), ils préparèrent sa venue et permirent ainsi la venue du Sauveur en temps voulu. Tous, ils vécurent en étrangers sur la terre, parce qu’ils attendaient la réalisation de la Promesse (nous dit l’auteur de la lettre aux Hébreux, chap. 11).

Jacob, chassé par son frère Esaü quitta son pays sans se plaindre ;

Joseph, vendu par ses frères puis injustement accusé par la femme de Putiphar, pardonna à ses frères mais leur donna le blé nécessaire et les accueillit finalement.

Rappelons-nous le long épisode de la traversé du désert (40 années) par Moïse et le peuple Hébreux sauvé d’Egypte. Quelle patience fallu-t-il à cet homme pour conduire toute cette multitude souvent récalcitrante, râlant contre Dieu et contre lui, toujours prête à tomber dans la facilité en se séparant du Seigneur !

Et le Roi David, encore jeune, qui eu plusieurs fois l’occasion de se défaire définitivement de Saül qui cherchait à le tuer et avait déjà attenter à sa vie … mais il respecta toujours celui qui, un temps, avait été choisi par Dieu même si désormais il en était rejeté à cause de ses fautes à répétition.

Et nous devrions relire toute la Bible, mais chacun pourra allez y voir … elle est le Livre de la patience du Seigneur et de sa Miséricorde, et aussi le livre de la patience de ceux qui ont suivi le Seigneur et ont ainsi apporter le bonheur à ceux qui les entouraient.

Une sous partie pourrait également parler de la patience des saints, de cette foule immense, innombrable de ceux qui, depuis la Résurrection du Seigneur, ont suivi Jésus de tout leur cœur. Les livres de vie des saints (il en est de gros comme de petits livres) racontent ces vies tellement belles et toujours pleines de patience, d’une façon ou d’un autre.

Quelques anecdotes ici :

Sainte Monique : Mère du futur saint Augustin et marié à Patrice, un homme païen difficile, infidèle et violent. La patience de son épouse, au cours des années qu’ils passeront ensemble, son absence de remarques désobligeantes et l’apaisement qu’elle apporte au foyer vont convertir ce mari dont elle ne dira jamais de mal … voici de la patience en acte, à un degré vraiment héroïque.

Mais cette patience se manifeste également envers son fils qui, après une enfance comme toutes les autres, baptisé et catéchisé, va s’éloigner de la foi, mener une vie de concubinage et adhérer à la secte des manichéens, opposés au christianisme.

La patience de Monique, sa prière instante pour ce fils qui lui coutera bien des larmes, tout cela prépara le terrain à la conversion d’Augustin.

Sans cette patience, une fois de plus héroïque et vécue au jour le jour dans la difficulté, que serait-il advenu ? Nous n’aurions pas de saint Augustin, de toutes ses œuvres (parmi les plus publiées de tous les temps), de son apport comme Père et Docteur de l’Eglise, comme saint et pasteur d’âmes !

Heureuse patience, profonde et cachée, qui ne peut que nous faire désirer de la former en nous, avec la grâce de Dieu.

Saint Jean Bosco : voici le passage d’une lettre de ce saint à ses jeunes confrères :

Avant tout, si nous voulons nous montrer les amis du vrai bien de nos élèves et les amener à faire leur devoir, nous ne devons jamais oublier que nous représentons les parents de cette chère jeunesse qui fut toujours le tendre sujet de mes occupations, de mes études, de mon ministère sacerdotal, et de notre congrégation salésienne.

Que de fois, mes chers fils, dans ma longue carrière, j’ai dû me persuader de cette grande vérité : il est toujours plus facile de s’irriter que de patienter, de menacer un enfant, que de le persuader ! Je dirai même qu’il est plus facile, pour notre impatience et pour notre orgueil, de châtier les récalcitrants que de les corriger, en les supportant avec fermeté et douceur.

Je vous recommande la charité que saint Paul employait envers les nouveaux convertis à la religion du Seigneur, et qui le faisait souvent pleurer et supplier quand il les voyait peu dociles et répondant mal à son zèle.

Écartez tout ce qui pourrait faire croire qu’on agit sous l’effet de la passion. Il est difficile, quand on punit, de conserver le calme nécessaire pour qu’on ne s’imagine pas que nous agissons pour montrer notre autorité ou pour décharger notre emportement.

Saint Damien de Veuster : peu connu en France, saint Damien, prêtre et religieux Belge-Flamand. Membres de la congrégation des saints cœurs de Jésus et de Marie, il part en mission dans le pacifique à 23 ans en 1863. En 1873 (33 ans) il se porte volontaire pour aller évangéliser l’ile de Molokai sur laquelle était conduits, depuis 1865 les lépreux … il savait ce qui l’attendait. Avec une patience remarquable, il entreprit de convertir les lépreux qui, pour la plupart, vivaient dans le désespoir et que l’abandon sur cette ile n’aidaient pas à s’en sortir.

Le père Damien contractera la lèpre à 44 ans et mourra à 49, toujours sur cette ile. Mais sa patience avec ces personnes délaissées portera ses fruits de conversion et de joie, malgré une situation humainement très difficile.


La nécessité, l’utilité et la grandeur de la patience :

Dès le début du livre de la Genèse, en réponse à la faute originelle de nos premiers parents, Dieu dit à l’homme que le travail va lui devenir pénible, que la souffrance et les douleurs ne lui seront plus épargnées … et par là même Il encourage l’homme et la femme, et nous tous leurs descendants, de pratiquer la patience.

Ce n’est pas la plus grande des vertus, ni celle qui se voit le plus, mais c’est certainement la plus nécessaire à tous puisqu’elle a de multiples occasions de s’exercer chaque jour ! Elle est l’excellent contrepoids des épreuves laborieuses de la vie.

Je vous ai dit ceci afin que vous ayez la paix en moi. Vous aurez des afflictions en ce monde, mais prenez courage, j’ai vaincu le monde. (Jn 16, 33).

Jésus parle ainsi à ses Apôtres le jeudi saint au soir, lorsque sa Passion va commencer. Et lui-même va vivre cette Passion avec tellement de patience (cf. ci-dessus) ! Enchâssée dans l’amour divin, dans la charité, la patience est certainement LA VERTU HUMAINE de la Passion ! Et le résultat de cette patience sera la Victoire du crucifié lors de la Résurrection. Résurrection par laquelle nous ressusciterons aussi … quelle victoire de la patience !

Seul celui qui aura persévéré jusqu’à la fin sera sauvé … (Mt 10, 22)

Si vous demeurez dans ma parole, vous serez véritablement mes disciples et vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres. (Jn 8, 31)

Et par beaucoup d’autres paroles, Jésus souligne, avec des verbes ou des expressions différentes, la nécessité de la patience dans toute vie humaine. Elle est également nécessaire à toute autre vertu. En effet, pour qu’une vertu (humaine) en soit vraiment une, il faut le temps et les efforts pour la former en nous. Temps et efforts dans le temps qui ne peuvent se faire sans patience …

Elle nous assure ainsi la possession des vrais biens, mais elle nous défend aussi contre ce qui nous contrarie … en effet, supporter l’épreuve : maladie, souffrances, personne pénible, temps qui ne nous convient pas, maladresse etc. cela ne se fait pas sans patience.

Sinon viennent les murmures, le mauvais esprit, les réclamations … qui enlèvent toute paix et entrainent la désunion.

Ainsi la patience est la sève vivifiante de toute vertu humaine, et la source d’une vie pacifiée et finalement la plus agréable possible ici-bas.

Par ces quelques mots, nous avons commencé de découvrir la vraie grandeur de cette vertu. Petite par certains aspects, elle tient une place centrale dans la vie de chacun.

Encouragements :

Attendez-moi, dit le Seigneur, jusqu’au jour de ma résolution glorieuse (Sophonie 3, 8)

Je viens sans tarder, j’ai ma récompense avec moi pour rendre à chacun selon ses œuvres (Ap. 12, 22)

Par la patience vous sauverez vos âmes (Luc 21, 19)

En enfin l’éloge de sainte Thérèse d’Avila sur la patience (paroles reprises dans un chant)

Que rien ne te trouble (ô mon âme)
Que rien ne t’effraie (t’épouvante)
Tout passe, Dieu ne change pas, la patience obtient tout.
Celui qui a Dieu ne manque de rien. Dieu seul suffit !

Armons-nous de patience, portons-nous les uns les autres.

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