Voyage apostolique · 25 – 28 sept. 2026

Léon XIV en France

« Pour que le monde ait la vie »

De Paris à Metz, retrouvez les discours et homélies du Saint-Père : à lire, à méditer, à partager.

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Le pape Léon XIV
Le pape Léon XIV © Vatican Media

« Quand tu seras revenu, affermis tes frères »Lc 22, 32

Tout ce voyage du Saint-Père nous a affermis dans le Christ, comme Jésus le demandait à saint Pierre. Voici quelques-uns de ses discours et homélies : ils sont remplis de la présence de l’Esprit et feront beaucoup de bien à tous ceux qui les liront.

+ Abbé Rémi Veillon

L’itinéraire

Quatre jours, 14 textes

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Une paix désarmée et désarmante

Paris · Vendredi 25 septembre · 13 min

La paix n’est pas un équilibre des forces, elle se construit chaque jour par le dialogue et la justice.

Monsieur le Président,
Distinguées Autorités et membres du Corps Diplomatique,
Mesdames et Messieurs,

c’est pour moi une grande joie d’être parmi vous aujourd’hui. Je vous suis particulièrement reconnaissant, Monsieur le Président, de votre cordiale invitation à venir visiter la France et je vous remercie des paroles de bienvenue que vous venez de m’adresser. À travers vous, je salue aussi tous ceux et celles qui habitent ce pays au vaste patrimoine culturel et religieux. Ils forment ensemble un peuple au sein duquel la diversité des origines contribue à vivifier la vie démocratique et enrichir l’art de vivre ensemble. Je tiens également à vous assurer, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, que la France est très souvent au cœur de la prière du Pape, qui n’oublie pas ses origines familiales normandes et béarnaises.

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Ma visite en France commence par la capitale de votre pays, Paris, souvent désignée comme la Ville lumière. Depuis des siècles, la France brille comme un phare culturel, artistique et spirituel, non seulement en Europe, mais aussi dans le monde. Forte de ses Écoles cathédrales, de ses Universités, de ses Académies, lieux essentiels de recherche de la vérité, la France a contribué à forger l’intelligence des populations, bien au-delà de ses frontières. L’illumination d’esprits d’exception français, qui étaient en même temps de grands catholiques, souligne combien les sciences, les arts, la littérature, la philosophie peuvent concourir au bien de l’humanité dès lors qu’ils sont orientés vers la recherche du beau, du bien et du vrai, afin que le monde ait la vie.

Le savoir-faire français est synonyme d’excellence dans de nombreux domaines. Il s’est notamment illustré de manière remarquable dans le vaste chantier de restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris, auquel nombre d’institutions, tant privées que publiques, ont dès le début participé ; et auquel vous avez, Monsieur le Président, réservé une attention particulière, ce dont je vous remercie. Je salue avec reconnaissance tous les artisans et corps de métiers qui s’y sont investis. La récente réouverture de la cathédrale à la célébration du culte divin, comme aux visiteurs du monde entier, n’est pas seulement le couronnement d’une prouesse technique, mais le symbole d’une espérance retrouvée, la preuve que ce que l’on croyait détruit à jamais peut renaître grâce à la collaboration de chacun, et le témoignage d’une unité réalisée dans l’effort commun. Un si bel accomplissement doit inspirer à tous les acteurs de la vie politique, sociale et religieuse du pays un nouvel élan pour œuvrer sans cesse dans un esprit d’unité, avec la force d’une vivante espérance.

La France est aussi une terre aux riches racines chrétiennes. Depuis saint Irénée et le baptême de Clovis, l’âme de votre patrie s’est déployée en puisant dans le christianisme un génie spirituel, culturel, intellectuel, artistique et missionnaire, qui rayonne aujourd’hui à travers le monde. C’est ainsi que, dans la France du XVIe siècle, s’est épanoui l’humanisme qui cherchait à unifier l’héritage gréco-romain et la foi chrétienne. Aux célèbres penseurs de la Renaissance, puis du Grand Siècle, feront suite ceux des Lumières, la France apportant alors au monde de véritables conquêtes ; parmi elles, la reconnaissance des Droits de l’homme, inscrits dans la nature de la personne humaine, en particulier la liberté religieuse. Cette attention permanente à la dignité inhérente à toute personne humaine trouve un écho dans votre devise nationale. La liberté, l’égalité et la fraternité ne sont pas de simples mots gravés sur les frontons de vos édifices publics, mais renvoient à des exigences éthiques universelles qui trouvent aussi dans le message évangélique une source inépuisable d’inspiration et d’accomplissement.

La Déclaration universelle des droits de l’homme, qui fut proclamée dans cette ville de Paris – et où le juriste français et prix Nobel de la paix, René Cassin joua un rôle de premier plan dans son élaboration – a eu pour but de créer une conscience générale de la dignité inaliénable de la personne humaine. Saint Jean-Paul II, qui considérait ce document comme « une véritable pierre milliaire sur le chemin du progrès moral de l’humanité », avait conscience que « toute menace contre les droits humains, aussi bien dans le cadre des biens matériels que dans celui des biens spirituels, est également dangereuse pour la paix car elle touche toujours l’homme dans son intégralité ». [1]

La question du respect de la dignité humaine et des droits et libertés fondamentaux qui dérivent de la nature humaine se pose à toute époque et doit accompagner les évolutions de la société et du progrès technique. En effet, « au fil des siècles, le développement technologique a contribué à une amélioration significative des conditions de vie de l’humanité ; en même temps, chaque étape du progrès a également révélé la face ambiguë d’outils susceptibles de causer du tort lorsqu’ils ne sont pas mis au service du bien » ( Magnifica Humanitas, n. 4). Déjà en son temps, Georges Bernanos percevait le risque de voir l’obéissance aveugle et l’irresponsabilité devenir maîtres d’un “Paradis des Machines”. Il soulignait comment, pour leur échapper, la civilisation française avait, au contraire, travaillé pendant des siècles à former des hommes libres, pleinement responsables de leurs actes. [2]

Pour cette raison, il m’est apparu indispensable d’aborder, dans ma première Lettre Encyclique, le thème de l’Intelligence Artificielle, afin de replacer la personne humaine au cœur de toute réflexion. Pour ne pas perdre notre humanité au milieu du “paradis de machines” qui envahissent et conditionnent notre quotidien, il est urgent de former les esprits à un discernement éthique, capable de voir ce qui est moralement bon. Cette exigence est requise pour reconnaître le bien véritable qui fait grandir l’homme selon sa vocation première, dans le respect inconditionnel de sa liberté intérieure et de sa dignité sacrée. À cet égard, je voudrais rappeler « qu’une société authentiquement libre n’impose pas l’uniformité, mais protège la diversité des consciences, en prévenant les dérives autoritaires et en favorisant un dialogue éthique qui enrichit le tissu social » (Discours au Corps Diplomatique, 9 janvier 2026). Ce dialogue est d’autant plus urgent dans le contexte de la France d’aujourd’hui où des personnes de différentes appartenances culturelles et religieuses sont appelées à vivre ensemble et à donner leur contribution à l’édification de la société.

C’est justement grâce à la richesse de son tissu social que, depuis des siècles, la France se distingue par une attention à la diversité et un fort désir de solidarité. Par l’œuvre insigne d’hommes et de femmes demeurés fidèles à leur humanité et aux valeurs de l’Évangile, l’Église catholique en France n’a cessé d’œuvrer pour le bien des plus démunis, se faisant le visage vivant de la tendresse et de la compassion de Dieu.

Pensons aux œuvres de saint Vincent de Paul, au renouveau caritatif du XVIIe siècle, et aujourd’hui encore aux nombreuses institutions catholiques où des soignants accompagnent nos frères et sœurs fragilisés par la souffrance. Leurs témoignages d’attention et de service constituent une véritable école d’humanité sur la grandeur du soin et un rappel vibrant de la valeur unique et irremplaçable de chaque être humain. Ils sont aussi une invitation à la fraternité renouvelée qui nécessite d’apprendre à accueillir la vie sans condition, à soutenir la fragilité avec tendresse, à accompagner avec respect et dans la confiance réciproque chaque étape de l’existence, et à défendre avec courage et compassion ceux qui n’ont pas de voix ou qui ne se sentent pas suffisamment soutenus. C’est pourquoi je réaffirme « avec force que la protection du droit à la vie constitue le fondement incontournable de tout autre droit humain » (Discours au Corps Diplomatique, 9 janvier 2026).

Il existe de nos jours la tentation d’attendre de la science une solution et une consolation à toutes nos souffrances. Le risque est souvent de tomber dans l’illusion. Lorsque la science et la technologie ne sont pas éclairées par la conscience, elles peuvent proposer des solutions immédiates qui semblent répondre aux désirs et aux douleurs des hommes et des femmes, mais qui en réalité peuvent gravement les détourner du bien auquel ils aspirent profondément.

Je constate parfois avec préoccupation les dérives actuelles des sociétés qui risquent de détourner la science et la technologie en entreprises lucratives favorisant les manipulations génétiques, la gestation pour autrui, l’achat d’organes ou l’offre d’une mort programmée. N’oublions pas que le respect mutuel et la protection de la vie de toute personne humaine est une responsabilité de chacun et de tous, qui commence par une conversion de l’intelligence et du cœur, et qui nécessite un engagement réel et désintéressé envers nos frères et sœurs.

Comment ne pas voir aussi dans un tel engagement l’expression de la juste laïcité de la Cité terrestre ? Le chrétien impliqué dans la vie publique, et agissant selon la lumière de sa conscience éclairée par la foi, ne peut être considéré comme un prosélyte ou une menace à l’unité de la patrie. En effet, « la véritable laïcité n’exclut pas la dimension religieuse, mais sait au contraire en tirer parti comme d’une ressource éducative » (Discours aux participants à la réunion nationale des enseignants de religion catholique, 25 avril 2026).

C’est précisément la raison pour laquelle l’École catholique a toute sa place dans le paysage éducatif d’un pays comme la France. « Cela s’inscrit d’ailleurs dans une attitude plus large, indispensable à tout dialogue, à l’école comme dans la société : connaître et aimer ce que l’on est, pour savoir aller à la rencontre de l’autre avec respect et ouverture d’esprit » (Ibid, 25 avril 2026).

Une juste laïcité ne consiste donc pas à exclure la religion de l’espace public ou de l’éducation, mais à travailler pour que l’État et les institutions religieuses dialoguent ensemble et unissent leurs forces au service du bien commun, pour que le monde ait la vie. À cet égard, je salue le travail effectué dans le cadre de l’Instance de dialogue entre le Saint-Siège, l’Église catholique en France et le Gouvernement français. De fait, l’infatigable œuvre de l’Église catholique, à travers la richesse de ses expressions et institutions, est assurément précieuse et louable pour le bien-être de toute la société. De tels échanges illustrent très heureusement cette saine complémentarité qui fut réaffirmée lors du Concile Vatican II, en ce sens que « [la communauté politique et l’Église] quoique à des titres divers, sont au service de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes. Elles exerceront d’autant plus efficacement ce service pour le bien de tous qu’elles rechercheront davantage entre elles une saine coopération » (Conc. Œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, 76-3).

Je constate également avec joie que cette même volonté de servir ensemble toute personne, quelle que soit son origine, inspire depuis des siècles la coopération entre la France et l’Église catholique au service des chrétiens d’Orient. L’action éducative, sociale, culturelle et humanitaire menée dans les pays du Moyen-Orient, en lien avec diverses associations telles que l’Aide à l’Église en Détresse ou l’Œuvre d’Orient, est une précieuse contribution au dialogue entre les peuples et au soutien des droits de toute personne.

Il y a là un témoignage éloquent où culture et foi se présentent comme les piliers qui favorisent l’harmonie entre différents peuples et religions pour le service de la paix et de la médiation entre les hommes. Ici également, l’éducation constitue un enjeu particulièrement important. Elle demeure de fait l’un des principaux domaines de coopération, trouvant notamment une expression concrète et féconde à travers le Fonds pour les écoles d’Orient. À ce sujet, je souhaite exprimer ma reconnaissance à toutes les personnes investies dans ce projet qui, depuis sa fondation en 2021, a permis d’apporter un soutien à plus de deux-cent soixante établissements d’enseignement au Moyen-Orient, y compris à sept universités au Liban et à l’université de Bethléem.

Mais comment évoquer cette région du monde, où est né le Prince de la Paix il y a deux mille ans, sans penser aussi à toutes ces populations affectées par les conséquences de conflits et à tous ceux qui sont affligés par le fléau de la guerre. Nous ne pouvons pas rester indifférents devant de telles souffrances qui blessent la dignité humaine et crient justice à Dieu. La gravité de ces situations doit nous interpeler et appelle chacun, là où il se trouve, à une véritable conversion du cœur et à un changement d’attitude. C’est en reconnaissant humblement le besoin que nous avons les uns des autres que nous pourrons ensemble œuvrer davantage à la construction de la civilisation de l’amour au cœur de notre monde devenu si complexe et interdépendant (cf. Lett. enc. Magnifica Humanitas, n. 182). En même temps, comme l’affirmait déjà en son temps mon saint prédécesseur Jean XXIII, « la justice, la sagesse, le sens de l’humanité réclament […] qu’on arrête la course aux armements ; elles réclament la réduction parallèle et simultanée de l’armement existant dans les divers pays, la proscription de l’arme atomique et enfin le désarmement dûment effectué d’un commun accord et accompagné de contrôles efficaces » (S. Jean XXIII, Lett. enc. Pacem in terris, n. 112). En effet, se répand de plus en plus la conviction, erronée, que la possession de l’arme nucléaire serait un gage de sécurité, ce qui alimente une nouvelle course aux armements difficilement contrôlable. (cf. Lett. enc. Magnifica Humanitas, n. 194). Or, la paix n’est pas un équilibre des forces, elle se construit chaque jour par le dialogue et la justice.

Je vous exhorte donc à ne jamais vous résigner à la perspective d’une guerre en la considérant comme “inévitable”, mais à promouvoir sans relâche le dialogue et la diplomatie, afin de préserver des sociétés pacifiques, respectueuses de la dignité et des droits de la personne et des peuples. Face aux bruits de bottes et aux crises multiformes qui ébranlent notre monde, la France a la vocation de demeurer un artisan infatigable de paix et de multilatéralisme, notamment au sein de notre chère Europe. Puisse la France, dans la fidélité à ses valeurs, creuser le sillon d’une paix désarmée et désarmante, et offrir avec responsabilité sa contribution irremplaçable en faveur de la paix. Que votre liberté grandisse sans cesse dans le souci du bien commun. Que votre fraternité embrasse l’humanité tout entière. Et que l’égalité à laquelle vous aspirez s’établisse toujours sur les fondements de la justice et de la charité, sans supprimer les différences entre les personnes, mais en les faisant fructifier harmonieusement au profit de la société tout entière.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, je désire une fois encore vous exprimer ma gratitude pour cette rencontre qui, pour reprendre les paroles – significatives pour chacun – prononcées par Votre Excellence aux évêques de France en 2018, souligne combien « une Église prétendant se désintéresser des questions temporelles n’irait pas au bout de sa vocation ; et qu’un Président de la République prétendant se désintéresser de l’Église et des catholiques manquerait à son devoir ». [3] Soyez assurés de ma fervente prière pour votre belle Nation.

Que Dieu lui concède la paix, l’unité et la prospérité afin que le monde ait la vie. Je confie ces vœux à l’intercession maternelle de la Bienheureuse Vierge Marie, Patronne principale de la France.

Que Dieu bénisse la France et tous les Français !

[1] S. Jean-Paul II, Discours à l’assemblée générale des Nations Unies, nn. 7 e 14, 2 octobre 1979.

[2] Cf. G. Bernanos, La France contre les robots, Rio de Janeiro 1946, p. 114.

[3] E. Macron, Discours du Président de la République devant les Evêques de France, Collège des Bernardins, 9 avril 2018.

Texte officiel : vatican.va · © Dicastère pour la Communication – Libreria Editrice Vaticana

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Le sens est l’oxygène de l’esprit

Paris · Vendredi 25 septembre · 20 min

La paix est authentique lorsqu’elle jaillit de la vertu de la justice plutôt que d’un simple contrat, et d’une volonté droite plutôt que d’un équilibre instable d’intérêts.

Une partie de ce discours a été prononcée en anglais ; ces passages sont donnés dans la traduction française officielle.

Monsieur le Directeur général,
Monsieur le Président de la Conférence Générale,
Monsieur le Président du Conseil Exécutif,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

je suis heureux de me trouver aujourd’hui au sein de cette assemblée des Nations, où les langues et les cultures se rencontrent pour coopérer à un projet qui concerne l’ensemble de la famille humaine : « Contribuer au maintien de la paix et de la sécurité en resserrant, par l’éducation, la science et la culture, la collaboration entre nations, afin d’assurer le respect universel de la justice, de la loi, des droits de l’homme et des libertés fondamentales » (Acte constitutif de l’UNESCO, art. 1, al. 1). Construire ensemble un monde juste est, en effet, le fondement même de la coopération internationale. Nos expériences, nos aptitudes et nos compétences visent à édifier un espace accueillant pour tous et fécond pour chacun, afin que tous les peuples puissent grandir dans la paix.

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En tant que témoin de la paix, je vous adresse mes salutations cordiales, Représentants des États membres et Observateurs, des Organisations internationales, du monde universitaire et de la société civile. Je remercie Monsieur Khaled El-Enany, Directeur Général de cette Organisation, pour son invitation chaleureuse et pour les paroles qu’il nous a adressées. En ma qualité de pasteur, je vous transmets la parole de l’Église, qui se fait sans cesse “message etconversation” à l’intention de tous les peuples, femmes et hommes de bonne volonté (cf. Paul VI, Lett. enc. Ecclesiam suam, n. 67).

Le projet de construire ensemble un monde juste coïncide avec une mission que nous avons appris à partager au fil de l’histoire. À cet égard, l’UNESCO représente à la fois un objectif et un outil pour poursuivre aujourd’hui, avec un engagement accru, cette tâche, selon nos multiples domaines d’activité. En 2027 [deux mille vingt-sept], nous célébrerons le 75e [soixante-quinzième] anniversaire de la présence du Saint-Siège à l’UNESCO : une présence qui découle de la conviction que l’avenir dépend avant tout du respect et de la promotion de la dignité inaliénable de chaque être humain créé à l’image de Dieu. C’est pourquoi nous considérons cette Organisation comme un interlocuteur privilégié au service du bien commun, qui est la “forme sociale de la dignité” que nous partageons tous de manière originelle et égale (cf. Lett. enc. Magnifica Humanitas, n. 59). Depuis 1952 [mil neuf cent cinquante-deux], la Mission permanente d’observation du Saint-Siège discerne et accompagne, dans cette perspective, les initiatives de l’UNESCO, en apportant sa contribution au dialogue entre les nations, afin de soutenir un authentique développement humain, qui n’est tel que lorsqu’il est orienté à « promouvoir tout homme et tout l’homme » (Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio, n. 14).

S’adressant à cette assemblée, mon vénéré prédécesseur saint Jean-Paul II rappelait que « genus humanum arte et ratione vivit ». Puisqu’en effet « l’homme vit d’une vie vraiment humaine grâce à la culture », [1] ce mot “culture” désigne la manière d’être par laquelle l’homme donne un sens à tout ce qu’il fait. Quarante-six ans plus tard, alors que je renouvelle parmi vous l’engagement de collaboration du Saint-Siège, je vous invite à considérer l’UNESCO non seulement comme une Organisation internationale illustre, mais aussi comme un lieu où l’humanité réfléchit sur elle-même, sur son histoire et sur son avenir. Promouvoir l’éducation, les sciences et la culture est en effet impossible sans promouvoir la vie de l’homme et de la femme, qui en sont les protagonistes.

Dans le domaine de l’éducation, l’Église catholique apporte une expérience très ancienne : depuis des siècles, ses communautés ouvrent des écoles et des universités, enseignent à lire et à écrire, et sont présentes même dans les endroits les plus pauvres et les plus reculés. Avec le Pacte éducatif mondial, mon prédécesseur François a souhaité inscrire cette expérience dans une alliance éducative plus large, ouverte à la contribution de tous. Mais ce que je souhaite vous transmettre, ce ne sont pas d’abord les œuvres : c’est la conviction dont elles découlent. Aucune éducation n’est complète si elle ne parle pas de la question du sens. Dans ce même discours, saint Jean-Paul II le rappelait : éduquer, c’est aider l’homme à « être » davantage et non seulement à « avoir » plus, en reconnaissant en lui aussi cette transcendance de la personne qui appartient à la plénitude de son humanité (cf. ibid., nn. 10-11).

Dans cette assemblée, une question fondamentale mérite donc d’être approfondie, une question qui appelle de toute urgence une réponse : Que signifie être humain ? Chaque culture est confrontée à cette question, qui est au cœur de toute forme de savoir, de tout art et de toute religion. Même au XXIe siècle, après tout, nous ne pouvons pas tenir pour acquis que nous savons qui est la personne humaine ni ce que signifie vivre en tant qu’être humain. En effet, chaque génération est appelée à se confronter à cette question, en particulier face aux tragédies qui, malheureusement, se répètent encore aujourd’hui.

Avant toute chose, la personne humaine est un être conçu et né. Ainsi, être humain, c’est d’abord être un enfant. Aucun d’entre nous n’a choisi de l’être. Aucun d’entre nous n’a décidé de qui, quand ni où naître. Cette vérité évidente met en lumière un aspect qui n’est pas seulement biologique, mais éthique : en tant qu’enfants, nous sommes tous frères et sœurs. Dès le départ, notre humanité est un don et une épreuve, une promesse et une responsabilité. Pour chaque être humain, la naissance établit un lien primordial – une communion de vie qui trouve sa source, et son premier cadre éducatif, dans la famille.

Deuxièmement, nous naissons tous nus et dans le besoin. Nous sommes pauvres de naissance, nous avons besoin de pain et de paroles, d’attention et d’affection – c’est-à-dire de tout ce qui nourrit le corps et l’esprit. Nous le savons bien, et pourtant, en devenant adultes, nous risquons de l’oublier. Ce sont précisément ceux qui sont dans le besoin qui subissent les conséquences les plus graves de cet oubli, chaque fois que leur humanité est trahie ou mise de côté, exploitée ou trompée. Oublier les circonstances de notre naissance obscurcit l’idée même de la vie humaine, car cela détache la vie de l’histoire commune à nous tous. Ainsi, la vie n’est plus comprise comme un don, mais comme une marchandise. Elle n’est plus considérée comme un appel à la bienveillance et à la responsabilité, mais comme un produit à exploiter. En effet, cette alternative tragique nous rappelle qu’être humain, c’est être libre par nature. Puisque nous avons tous été des enfants, notre liberté commence par notre réponse à la liberté de celui qui se tourne vers nous le premier – que ce soit par des gestes d’affection ou de rejet, d’accueil aimant ou de négligence et de cruauté.

Troisièmement, entretenir la mémoire de notre humanité commune, c’est reconnaître sa grandeur – c’est-à-dire son immense potentiel – même si elle est diminuée par de nombreuses formes de mal et d’injustice. Ceux qui œuvrent dans les domaines de l’éducation, de la science et de la culture sont d’autant plus appelés à prendre soin de chaque personne, afin que la beauté de notre liberté puisse resplendir. Cette beauté a un nom : la justice. La liberté est en effet belle lorsqu’elle est orientée vers le bien et la vérité ; elle est défigurée lorsqu’elle sombre dans l’arbitraire, la violence ou la soif de pouvoir. Être humain implique donc une responsabilité devant l’histoire. L’être humain est celui qui grandit, apprend et travaille à la fois de ses mains et de son esprit. Par ce travail, nous pouvons cultiver la terre ou la défigurer, créer des œuvres d’art ou les détruire. À ce moment précis, nous devons reconnaître que la plus terrible des “œuvres humaines” est la guerre, car c’est alors que la science elle-même est mise au service d’une volonté inhumaine de détruire et de tuer.

À cet égard, le préambule de la Constitution de l’UNESCO s’ouvre sur des mots qui conservent aujourd’hui encore une pertinence saisissante – comme nous l’avons vu au “Mur de la paix” – : « Que, les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix » (Acte constitutif de l’UNESCO, Préambule, 1945). Ces mots ont été écrits au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la tragédie la plus dévastatrice du siècle dernier. L’humanité avait pris conscience que le progrès scientifique, lorsqu’il est dissocié de la sagesse, peut se transformer en arme de destruction ; que la culture, lorsqu’elle est soumise à l’idéologie, peut dégénérer en mensonge et en propagande ; et que l’éducation, lorsqu’elle abandonne la vérité, peut devenir un instrument de manipulation des consciences. Les États fondateurs de l’UNESCO ont compris que les traités sont nécessaires, mais qu’ils ne suffisent pas à eux seuls (qu’ils ne sont pas suffisants en eux-mêmes). Ils ont besoin d’une culture de la paix et d’un engagement commun en faveur de la paix qui les soutiennent. La paix ne peut être construite seulement par des traités, ni par des compromis entre des forces opposées. La paix est authentique lorsqu’elle jaillit de la vertu de la justice plutôt que d’un simple contrat, et d’une volonté droite plutôt que d’un équilibre instable d’intérêts. En effet, seule une volonté droite peut reconnaître dans l’autre un frère ou une sœur, une personne comme soi-même.

Quatre-vingts ans plus tard, les mots de votre Charte fondatrice n’ont rien perdu de leur force. Pourtant, nous constatons également à quel point ce principe commun est profondément menacé par des formes de barbarie qui alimentent les rivalités et les conflits. Parmi les défis auxquels sont confrontés aujourd’hui les mondes de la science et de l’éducation, j’attirerais particulièrement l’attention sur ceux qui découlent du vaste domaine de la technologie. Nos efforts dans ce domaine doivent garantir que les nouvelles technologies restent au service de la personne humaine, plutôt que de devenir un instrument supplémentaire de domination et d’injustice.

Au fil des siècles, de nombreuses tâches autrefois accomplies par des êtres humains ont été confiées à des machines, dont les capacités et les applications n’ont cessé de s’étendre. Plus récemment, certains systèmes artificiels ont même reçu le nom de notre faculté humaine de pensée : l’intelligence. Dans le même temps, cependant, nos idées et nos relations risquent d’être appauvries par un processus de déshumanisation. Le paradoxe est devenu de plus en plus évident : alors que l’« intelligence » est attribuée à des systèmes informatiques, nous avons du mal à reconnaître la dignité inaliénable des personnes humaines, dont les vies sont jugées selon le critère de l’efficacité et qui, lorsqu’elles ne sont plus considérées comme productives, sont rejetées et mises au rebut.

Cette réalité douloureuse nous invite à méditer à la fois sur la fragilité de notre nature humaine et sur l’immense dignité de chaque personne humaine – une dignité qui reste intacte même dans les circonstances les plus précaires, jusqu’à la mort elle-même. L’être humain est certes celui qui naît, mais aussi celui qui meurt. Notre dignité n’est pas détruite par la maladie ou la souffrance, et elle ne dépend pas non plus de nos capacités. Au contraire, elle appelle une attention bienveillante à chaque étape de la vie.

Pour la foi chrétienne, le mystère de la personne humaine trouve sa pleine lumière en Christ, qui, « dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation » (Concile Œcuménique Vatican II, Constitution pastorale Gaudium et Spes, n. 22). À sa lumière, chaque personne nous apparaît comme une créature voulue et aimée de Dieu. Cette lumière nous aide également à saisir plus profondément le sens de notre expérience humaine commune.

Mesdames et Messieurs, en tant qu’hommes et femmes de science, vous êtes appelés à coopérer sans relâche au nom de notre histoire commune, afin que, d’une variété de perspectives, puisse émerger une vision commune, et de cette vision commune, une action concertée. Cette harmonie s’exprime dans l’œuvre de l’UNESCO lorsqu’elle donne une voix symphonique aux plus hautes aspirations pour le bien et le soin de l’humanité. Là où règne l’harmonie, les voix différentes trouvent un accord, et les nations que vous représentez sont ainsi réunies dans la concorde.

À cet égard, je voudrais faire appel à deux images tirées de la Bible, le grand trésor culturel de l’humanité. Il s’agit de la tour de Babel et de la place publique de la Pentecôte. Je les propose comme moyens de représenter l’unité de la famille humaine qui, aujourd’hui encore, est sans cesse appelée à discerner la voie qui lui est propre, ainsi que le sens de l’histoire dans laquelle elle est plongée. Ces récits bibliques dépeignent deux formes de vie en société qui nous invitent à réfléchir sur la réalité de notre temps.

La tour de Babel représente une unité imposée par la domination (cf. Gn 11, 4). En même temps, cet édifice révèle que plus le pouvoir cherche à opprimer, plus il s’affaiblit lui-même, dévoilant ainsi son visage inhumain. Nous le constatons dans les souffrances et les injustices causées par le despotisme, ainsi que dans les formes d’exploitation qui nuisent tant à la société qu’à l’environnement. Comme l’histoire nous l’enseigne, de nombreux empires se sont enivrés de leur puissance avant d’être consumés par celle-ci et de s’effondrer comme une tour. Le résultat de cette fierté, d’abord exaltée puis abaissée, est la dispersion. La prétention de se faire l’égal de Dieu et de soumettre les peuples à un joug unique conduit à une confusion des langues et à une incompréhension mutuelle. Au lieu d’atteindre le ciel, comme elle prétendait le faire, la tour de Babel s’est effondrée, avec un double résultat négatif. Comme l’unité qu’elle imposait était forcée, la diversité qui a suivi son effondrement s’est transformée en source de conflit. Aujourd’hui, la tentation de Babel réapparaît dans une mondialisation poursuivie sans fraternité, dans des formes rapaces de néocolonialisme, dans les impositions idéologiques et dans tous ces « contacts sans liens » qui réduisent la vie humaine au commerce (cf. Commission Théologique Internationale, Quo Vadis, Humanitas ?, n. 42). La science elle-même, lorsqu’elle est réduite à une technique de pouvoir, ne sert plus à élever la personne humaine, mais risque au contraire de dégrader les fruits de l’activité humaine.

Aujourd’hui, en particulier, nous disposons des moyens de relier instantanément les personnes et les continents ; pourtant, dans le même temps, nous assistons à l’émergence de nouvelles formes d’isolement, de pauvreté matérielle et spirituelle, et d’abandon. La communication est devenue beaucoup plus rapide, mais pas nécessairement plus véridique. L’information est abondante, mais elle n’est pas synonyme de sagesse. Sans un fondement éthique commun, les nombreux canaux de communication risquent de multiplier les fausses informations et de donner cours à des mots vides de sens, entravant ainsi le dialogue au lieu de le favoriser.

L’intelligence artificielle amplifie ce problème. Bien que ces systèmes puissent établir des corrélations entre les données, ils ne peuvent répondre aux questions qui concernent le sens de la vie humaine, lequel trouve ses racines dans l’expérience vécue. Or, les êtres humains ne peuvent vivre sans sens. Le sens est l’oxygène de l’esprit. C’est pourquoi les défis de la communication, qui sont toujours aussi des défis de l’éducation, font de la recherche de la vérité une question de justice sociale et d’équité historique. C’est pourquoi l’éducation dans ce domaine est essentielle, et je salue l’initiative de l’UNESCO à travers son programme d’éducation aux médias et à l’information (EMI), qui promeut l’utilisation responsable des médias et des outils numériques.

En effet, sans vérité, le langage devient soumis à la logique de la violence et à la volonté arbitraire des puissants. D’autres sont alors exclus au nom du profit, et des innocents sont tués au nom de la liberté. Au lieu de respecter la loi, ceux qui détiennent le pouvoir l’invoquent lorsqu’elle sert leurs intérêts et la bafouent lorsqu’elle les entrave, traitant la justice elle-même comme s’il s’agissait d’une marchandise que l’on peut acheter et vendre. Si nous prenons conscience que la corruption de la loi commence par la corruption du cœur, nous pouvons reconnaître à quel point toute science risque de perdre son sens véritable lorsqu’elle est pratiquée sans éthique, et cesse ainsi de servir et de refléter la dignité humaine.

À cet égard, j’encourage la communauté internationale dans son ensemble à accorder une attention particulière à la protection des enfants et des jeunes. À l’ère numérique, leur vulnérabilité ne doit jamais devenir une occasion d’exploitation. Puissent ces technologies soutenir leur croissance, leur éducation et leurs relations, en préservant leur liberté de penser et de discerner, et en restant toujours au service de la dignité de la personne humaine.

La corruption de la culture que nous examinons trouve sa rédemption sur la place publique de la Pentecôte. Là, un message de paix est accueilli comme une bonne nouvelle par les peuples de toutes les nations. Ce message proclame la résurrection de Jésus, c’est-à-dire la victoire de la vie sur la mort et le salut qui donne de l’espoir au monde. Le jour de la Pentecôte, la place publique devient un lieu où l’on célèbre la paix qui guérit toute atteinte à la personne humaine. Chacun des présents a entendu le message “dans sa propre langue maternelle” (cf. Ac. 2, 8). La communion ne supprime en rien la diversité. Au contraire, elle permet à la diversité de s’épanouir dans l’harmonie des voix et des visages. Dans la proclamation de la paix, la richesse des cultures devient porteuse d’une vérité universelle. L’enseignement biblique nous montre ainsi la voie pour atteindre ce que nous recherchons tous : « cette unité qui n’annule pas les différences, mais valorise l’histoire personnelle de chaque personne et la culture sociale et religieuse de chaque peuple » (Homélie lors de la messe d’intronisation, 18 mai 2025). Ce n’est pas la domination de Babel, mais la paix de la Pentecôte, qui rend possible une telle communion entre tous les peuples. Chaque culture, par conséquent, réalise sa sagesse la plus élevée lorsqu’elle recherche la paix et le bien de tous, témoignant ainsi du sens authentique de notre humanité.

Ceux qui œuvrent dans le domaine de l’éducation savent que seule la vérité nous rend libres. Ceux qui enseignent et ceux qui mènent des recherches savent que l’erreur nous asservit à l’ignorance et à la superstition. Chaque fois que nous rencontrons des obstacles à notre mission, rappelons-nous qu’il n’y a qu’une seule Terre pour tous et une nature humaine commune. On ne peut comprendre l’être humain en séparant ce qui est indissociable : le corps et l’âme, la vie personnelle et les relations, notre rapport aux autres et à l’environnement. Tout cela fait partie de l’unité de notre existence. C’est pourquoi cultiver la terre, c’est aussi cultiver l’humanité qui l’habite. L’éducation et la science sont appelées à cette tâche. En effet, ce n’est pas un hasard si chaque culture, selon l’étymologie même du mot, est un acte de culture. Je renouvelle donc l’appel de mes prédécesseurs à prendre soin ensemble de la personne humaine et de la création : le Pape Benoît XVI a évoqué la nécessité d’une écologie de la personne humaine, tandis que le Pape François a développé la perspective d’une écologie intégrale (cf. Benoît XVI, Discours au Bundestag, 22 septembre 2011 ; François, Lett. enc. Laudato Si’, nn. 137–162).

La pierre de touche qui nous permet d’évaluer notre engagement est l’attention que nous portons aux plus petits et aux pauvres : les enfants dans le sein de leur mère et sur les différents théâtres de guerre, les personnes souffrant d’un handicap physique ou intellectuel, les personnes âgées, les migrants, les réfugiés, ainsi que tous ceux qui sont exclus avec arrogance au motif qu’ils ne sont pas productifs. Ils constituent le véritable critère de vérification de nos prétentions à respecter la dignité humaine, et leur protection et leur promotion s’étendent également à la création. À cela s’oppose une volonté d’exploiter et de piller, en tirant le maximum de chaque être vivant, en consommant sans préserver, en détruisant sans cultiver. Ainsi, la crise écologique actuelle est une crise anthropologique ; de plus, l’Église est convaincue que chaque culture porte en elle une sagesse qui mûrit au sein d’un écosystème de peuples. L’habitat de la personne humaine c’est la société – non pas un environnement purement physique, comme le désert ou l’océan pour les animaux, mais un environnement moral et relationnel. Là où règne la paix sociale, les peuples s’épanouissent dans la justice.

C’est donc là que l’UNESCO trouve la synthèse de ses hautes missions éducatives et scientifiques : dans le travail patient de construction de la paix. Face aux nombreuses et complexes urgences de notre époque, le monde considère les institutions internationales avec des sentiments contrastés. D’une part, celles-ci sont appelées à relever des défis qu’aucun État ne peut affronter seul. D’autre part, ces mêmes institutions traversent une crise d’efficacité, surtout lorsque le dialogue est considéré comme un frein à l’action au lieu d’une ressource pour la paix ; comme une forme d’hypocrisie plutôt que comme une occasion de rechercher ensemble le bien. Face à ces dérives, il faut promouvoir une vertu, aussi rare que désirée : la confiance ; confiance que les différences ne constituent pas nécessairement une menace ; confiance que le dialogue sincère peut engendrer un bien plus grand que celui que chacun pourrait obtenir seul. Le Saint-Siège souhaite insuffler cette confiance à l’UNESCO, comme aux autres organisations internationales, conscient que chaque peuple possède une richesse à partager dans la recherche de ce progrès authentique que seule la paix peut garantir. Il ne s’agit pas de prôner un optimisme naïf, qui ignore les difficultés, mais de persévérer dans l’espoir que le bien est toujours possible. Chaque enfant qui naît apporte de l’espérance. Chaque homme et chaque femme qui consacre sa vie à la recherche de la vérité accomplit un acte d’espérance. Que l’UNESCO témoigne donc de cet espoir en favorisant l’entente entre les nations, par le dialogue entre leurs cultures respectives. Nous croyons, en effet, que l’éducation est l’instrument qui permet de surmonter les peurs réciproques et que la science peut être au service de la vie de chaque être humain, en semant aujourd’hui les graines d’une bonne récolte pour l’avenir. Cette confiance nourrit notre espérance dans la charité, c’est-à-dire dans le service pour le bien du prochain : en nous consacrant tous, avec cohérence, à notre magnifique humanité, la paix pourra enfin s’épanouir.

Alors que nous coopérons à cette œuvre, les traditions religieuses jouent un rôle culturellement nécessaire et irremplaçable, et les religions expriment nos interrogations face à l’origine de la vie et à sa fin, en élaborant le sens premier et ultime de l’existence, qui se reflète dans les choix quotidiens. En effet, lorsque les hommes et les femmes de bonne volonté orientent leurs actions vers Dieu, le pluralisme des cultures ne se disperse pas dans le désordre de Babel. L’humanité se retrouve au contraire dans une recherche commune de sens, et vers une destinée qui n’est pas la mort. Nous ne sommes pas en chemin vers le néant. C’est pourquoi l’âme humaine, dans sa relation avec Dieu, ressent encore mieux l’appel à cultiver la paix au moyen d’une alliance entre des peuples qui se reconnaissent comme enfants du même Père et comme frères et sœurs.

Je souhaite donc que notre rencontre renforce l’engagement de chacun à œuvrer sans relâche pour que la conscience d’appartenir à une seule famille humaine devienne plus vivante, plus active et plus juste. À cet égard, je tiens à exprimer mes sincères remerciements à l’ensemble du personnel de l’UNESCO, qui accomplit avec compétence et dévouement cette mission si noble : édifier la paix en cultivant toutes les sciences et tous les arts de l’homme.

Je vous adresse ces paroles à vous tous, aux peuples que vous représentez, et tout particulièrement aux jeunes. Ce sont en effet les nouvelles générations qui observent avec le plus d’attention notre action. Tout en soutenant leurs aspirations à la justice, c’est avec gratitude et estime que j’invoque sur vous tous et sur vos nations l’abondance des bénédictions de Dieu, Créateur tout-puissant et miséricordieux. Merci.

[1] Discours à l’UNESCO, 2 juin 1980. Cf. Thomas d’Aquin, In Aristotelis Posteriora Analytica, 1.

Texte officiel : vatican.va · © Dicastère pour la Communication – Libreria Editrice Vaticana

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Notre-Dame est plus qu’un monument

Paris · Vendredi 25 septembre · 9 min

La cathédrale n’est pas une enveloppe de pierre à admirer : elle vit du mystère sacré qui y est célébré.

Chers frères et sœurs,

la prière du soir nous rassemble en ce lieu qui, plus que tout autre, invite depuis des siècles Paris à regarder vers le ciel. Sept années se sont écoulées depuis que le monde entier, retenant son souffle, a vu la cathédrale s’embraser dans un incendie effroyable. À l’époque déjà, nous avions levé les yeux, déconcertés, conscients de l’impuissance humaine face à l’impondérable. Cette douleur n’était pas seulement celle des catholiques, ni celle des seuls croyants. Nous avons pris conscience, en cette heure dramatique, que Notre-Dame est plus qu’un monument. La participation collective à la reconstruction, et aujourd’hui la splendeur du résultat, révèlent que le cœur d’un peuple bat en ce lieu, que nous sommes au centre vital d’une civilisation, que le passé et l’avenir s’étreignent, que le ciel et la terre se rencontrent.

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J’ai souhaité vous rencontrer en ce lieu symbolique de l’Église en France. C’est pour moi une joie d’en avoir franchir le seuil, il y a instant, comme le font chaque jour des milliers de frères et de sœurs qui viennent ici du monde entier. Le simple fait d’y entrer nous met en face d’une beauté qui parle à notre cœur inquiet et l’appelle à la paix. En rendant cet espace à l’humanité tout entière, on a bien compris à quel point chaque visiteur peut se laisser régénérer par ce qu’il voit, entend et ressent. Les institutions – publiques, ecclésiales et privées – impliquées dans la restauration de Notre-Dame ont ainsi contribué, par leur apport spécifique, à réactiver les parcours culturels, existentiels et spirituels que la cathédrale révèle. Dans ce contexte, l’Église a interprété sa mission non seulement en termes de conservation, mais aussi de créativité, en faisant vivre la tradition avec l’audace de ceux qui ont la foi et sont tournés vers l’avenir avec Espérance. Je tiens à en remercier Monseigneur l’Archevêque, ses collaborateurs et la communauté diocésaine de Paris qui ont également imaginé un parcours pastoral de première annonce et d’initiation chrétienne accessible à tous. Le baptistère, qui se trouve à l’entrée comme une bénédiction et une invitation, en est le signe.

La reconstruction de la cathédrale a été l’occasion d’une rencontre qui a élargi les espaces d’accueil et de participation au-delà des frontières de l’appartenance ecclésiale. Chers évêques, prêtres, diacres, personnes consacrées, séminaristes de France : laissez-vous inspirer par ce qui s’est passé ici ! Mettez en priorité l’Evangelii gaudium, c’est-à-dire cette conversion missionnaire dont le Pape François nous a donné le témoignage dès sa première Exhortation apostolique.

Dans la Lettre aux Galates, nous avons entendu la raison pour laquelle nous ne devons pas craindre : « Dieu a envoyé son Fils » (Ga 4, 4). Il l’a envoyé parmi nous, dans notre monde ! Dans le texte paulinien, le verbe décrit un événement réel, historique, et non pas des circonstances idéales. Les chrétiens ne fuient pas la complexité, car Dieu lui-même les a appelés à suivre son Fils dans un monde déjà habité, déjà en mouvement, déjà marqué par les misères et la bonté des êtres humains. Le chemin de la Croix révèle, certes, les ténèbres qui traversent le monde, mais plus radicalement encore l’amour de Dieu qui triomphe de la mort.

Le plan en croix de la cathédrale, où se fondent pierres et lumières, évoque la rencontre entre la terre et le ciel. Elle rassemble et met en ordre les événements de l’histoire, tissée de joies et de souffrances humaines. Elle les tient ensemble dans une dynamique symbolique qui construit une langue vivante à partir de différentes expressions, en les composant dans une unité.

Chers amis, c’est de l’Incarnation – « Dieu a envoyé son Fils » – que découle l’identité de l’Église, appelée à être toujours “en sortie”. En tant que disciples du Christ, vous savez bien que la communauté chrétienne ne constitue pas un refuge dans lequel on se replierait pour se protéger de son époque. Au contraire, elle s’offre, à l’instar des anciennes cathédrales, comme un espace d’accueil, de respect, de révélation et de sens pour tous. C’est là que réside la force d’une Église vivante : accueillir la périphérie qui se trouve déjà en son cœur, accueillir celui qui est éloigné mais en réalité déjà proche, accueillir l’étranger en qui le Christ frappe déjà à la porte.

Si Notre-Dame est le signe de cette rencontre au cœur de Paris, les autres villes et régions de France, même les plus périphériques et rurales, seront à plus forte raison transfigurées par une présence missionnaire, simple et bienveillante, qui contribue aussi à l’harmonisation des différences culturelles et à la guérison des blessures présentes dans nos sociétés. Des côtes du Nord jusqu’à la Méditerranée, des régions intérieures aux Départements et Régions d’outre-mer, soyez une Église vivante, multiforme et proche. La pauvreté des moyens n’empêche pas la mission, car c’est la grâce de Dieu qui permet la liberté intérieure et la sobriété de vie, afin de refléter un style évangélique. Dans tout cela, valorisez avec confiance la présence missionnaire des fidèles laïcs qui sont l’avant-poste vivant de l’Église aux carrefours du monde quotidien.

D’autre part, frères et sœurs, nous ne devons pas oublier que la finalité pour laquelle ce Temple, comme toutes les autres églises, a été érigé est la prière et la louange de Dieu. C’est le lieu où la communauté chrétienne célèbre la forme la plus élevée de prière et de louange, en renouvelant dans l’Eucharistie le sacrifice rédempteur du Christ. La cathédrale n’est pas une enveloppe de pierre à admirer : elle vit du mystère sacré qui y est célébré. Vidée de l’action liturgique, elle perdrait son âme. Ici, à Notre-Dame, cette vérité est mise en évidence par la disposition de l’autel au centre de l’espace. Ainsi, la communauté qui loue le Seigneur se trouve au cœur de l’édifice et les visiteurs, même pendant les célébrations, marchent autour d’elle et l’observent. L’Église y apparaît pour ce qu’elle est : un organisme vivant, une communauté croyante qui rassemble dans la louange tout ce que la culture et la Tradition lui transmettent. Elle est un Corps qui, en célébrant, dit à chacun la raison pour laquelle elle existe.

Aujourd’hui plus que jamais, nous vivons dans une époque qui semble dépourvue de plénitude, de profondeur et de promesses. La noble simplicité du chant, de la parole, du geste liturgique peut représenter pour beaucoup une lueur d’espérance, une oasis de paix dans une société hyper connectée et bruyante, où l’on peut faire l’expérience de la présence de l’Auteur du plus grand amour : « Lorsqu’est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils » (Ga 4, 4). La célébration de l’année liturgique, du dimanche et des fêtes, fait également de nous des contemporains du Christ, attentifs aux différents moments de sa vie qu’Il a entièrement donnée au Père pour le monde. Nous devenons, de la sorte, plus sensibles et plus ouverts aux signes des temps. En effet, l’écoute communautaire des Écritures et la prière nous permettent de voir les événements historiques à la lumière de Dieu – nous rendant plus conscients de nos responsabilités-, de démasquer les rapports de pouvoir injustes et de préserver les germes de justice et de paix. C’est donc l’espérance qui nous anime, et non la résignation. Et c’est de là que naissent des liens d’une plus grande fraternité, des réseaux de solidarité, fruit de la communion à l’unique Sacrifice du Christ.

À vous qui célébrez quotidiennement l’Eucharistie, je demande de veiller à ce que les célébrations liturgiques soient toujours vécues avec dignité et convenance, même là où de plus petites communautés se rassemblent. Soyez les héritiers conscients des Pères et des Saints de l’Église qui, au fil des siècles, nous ont transmis la signification profonde et la beauté de la liturgie, en témoignant toujours d’une grande humilité face au Mystère célébré. Le Concile Vatican II, dont la richesse doit beaucoup à la France, a recueilli et approfondi cet héritage de manière éminente, en reconnaissant son rôle central dans la vie ecclésiale (cf. Sacrosanctum Concilium, n. 10). Je vous exhorte donc tous, évêques, prêtres, diacres et personnes consacrées, à cultiver un amour authentique pour la liturgie et à être témoins et serviteurs de la vocation prophétique, sacerdotale et royale de tout le peuple de Dieu.

La liturgie reste en cela un reflet de la vie. La joie eucharistique s’affirme et se répand là où l’harmonie est retrouvée, là où la dignité renaît, là où l’autorité devient service, là où la liberté reprend son cours. C’est le plus grand don que nous puissions partager. Faites donc passer la communion avec le Successeur de Pierre et avec l’Église avant vos sensibilités personnelles, afin de cultiver l’unité du peuple de Dieu. Ensemble, nous serons la prophétie qu’un monde réconcilié est possible.

Chers évêques, prêtres, séminaristes et personnes consacrées, vous qui avez été appelés à suivre le Christ, je vous remercie pour votre réponse et votre fidélité au Seigneur. Ne négligez jamais cette amitié, voulue par Jésus, qu’il faut cultiver dans la prière personnelle, fondement essentiel de toute vocation. Comme le disait Madeleine Delbrêl : « Sans la prière, nous n’aimerions pas le Dieu d’amour. Nous serons peut-être ses serviteurs, ses combattants, voire même ses disciples ; mais nous ne serons ni les enfants aimants de notre Père, ni les amis (…) de Jésus-Christ » (Notre vie, tome XV des Œuvres complètes, Nouvelle Cité, 2017, p. 41). Préservez donc votre vie intérieure avec le Seigneur, à l’école des nombreux saints qui vous ont précédés, en puisant toujours à la source de l’amour infini de Dieu dans la prière silencieuse. Votre mission découle avant tout de cette relation intime avec le Seigneur qui vous attend.

Au cœur de la ville, la cathédrale ouverte est le signe d’une communauté qui loue le Seigneur et qui vit l’hospitalité non pas comme un geste occasionnel, mais comme la forme même de son existence, afin que tous puissent se sentir chez eux, sans plus être dominés ni marginalisés dans un monde en mutation. « Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme, […] pour que nous soyons adoptés comme fils » (Ga 4, 4-5). Et « puisque tu es fils, tu es aussi héritier » (Ga 4, 7).

Héritiers par grâce, frères et sœurs ici rassemblés, c’est maintenant à chacun de vous, à cette assemblée priante et vivante, de devenir la chair et la voix de cette promesse. Pasteurs et personnes consacrées de France, vous êtes appelés à être les premiers gardiens de cette maison ouverte, les pierres vivantes d’une Église qui espère et qui ne craint pas l’avenir. Cette cathédrale est née de nouveau pour que vous puissiez renaître avec elle dans un élan de sainteté et de mission quotidienne. Au milieu de votre peuple, soyez l’expression limpide de la maternité divine de l’Église qui, en témoignant de l’amour de Dieu, reconstruit et guérit la famille humaine.

Levons les yeux vers la statue du XIVe siècle de la Vierge à l’Enfant que l’incendie n’a pas touchée et qui resplendit à nouveau devant nous. Que Marie, qui a gardé le Verbe dans ses entrailles, garde votre fidélité, et qu’elle soit l’étoile qui guide la mission de l’Église en France. Sainte Marie, Notre-Dame de Paris et Mère de l’Église, prie pour le peuple français, soutiens ses pasteurs et marche toujours à nos côtés.

Texte officiel : vatican.va · © Dicastère pour la Communication – Libreria Editrice Vaticana

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Le chemin de sainteté

Saint-Denis · Vendredi 25 septembre · 19 min

Le bien donne la vie, il ne l’enlève jamais.

Dialogue du Saint-Père avec les jeunes

Question de Chloé

Très Saint Père, nous rendons grâce pour votre présence parmi nous ce soir et pour ce temps d’échange que vous nous offrez.

Je m’appelle Chloé, j’ai 25 ans et j’achève des études en pharmacologie. Je suis engagée au sein d’un collectif de jeunes catholiques de quartiers populaires d’Île-de-France : La Cité Céleste. Nous organisons notamment des événements ponctuels tels que des nuits d’adoration et de louange, réunissant de nombreux jeunes de quartier désireux de vivre et de partager largement leur foi. Je suis également engagée au sein de ma paroisse, notamment auprès des jeunes lycéens. À travers ces différents engagements, j’ai à cœur de mettre mon énergie et mes compétences au service des autres en créant du lien entre la foi, la jeunesse et les réalités vécues au quotidien dans nos quartiers.

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Comme le dit saint Paul « pour nous, vivre, c’est le Christ ». Pourtant, la société dans lequel nous vivons se construit sur d’autres fondements et semble parfois même être étrangère à la question de Dieu. Nous désirons annoncer le Christ autour de nous avec force et persévérance mais aussi, bien sûr, avec respect et délicatesse vis-à-vis de ceux que nous rencontrons. Comment pouvons-nous conjuguer la force de notre élan missionnaire avec l’authenticité d’une vie fraternelle avec ceux qui ne partagent pas notre foi ?

Réponse du Saint-Père

Chers amis, la première chose que je voudrais dire est très simple : merci ! Merci à Dieu, merci à vous, merci pour votre courage, merci pour votre présence, merci pour votre foi. Vous êtes les saints de France !

Et merci Chloé pour ta demande. La phrase de saint Paul que tu as citée, n’est pas une simple affirmation. Elle est une véritable synthèse de sa vie. En quelques mots, brefs mais décisifs, il prononce une prière de louange, un acte de foi, et indique un chemin de sainteté jusqu’au martyre. « Pour moi, vivre, c’est le Christ » (cf. Ph 1, 21). En répétant cette déclaration d’amour, nous essayons de partager l’expérience de l’Apôtre. Celui-ci témoigne, en effet, que Dieu n’est jamais étranger à sa vie, mais que, au contraire, Il vient à sa rencontre : Il l’appelle auprès de lui, le transforme intérieurement, l’envoie dans le monde.

Nous sommes tous concernés par cette dynamique spirituelle, aujourd’hui encore. Il est vrai, comme tu le dis, que la société dans laquelle nous vivons semble indifférente à Dieu. Mais le Seigneur n’est pas indifférent à nous ! Voilà ce qui compte… et ce qui nous donne toujours de l’espérance !

Que beaucoup soient étrangers à la question de Dieu est, en effet, un problème ; mais que beaucoup soient étrangers à la question de l’homme l’est tout autant. Combien de personnes, malheureusement, se désintéressent de leur prochain, menant une vie égoïste, ou bien méprisent les pauvres en gaspillant leurs biens dans des choses futiles. Combien rejettent les personnes simples ou malades, pensant que chacun ne vaut que par ce qu’il produit. Je pense en particulier à ton engagement dans les quartiers populaires d’Île-de-France avec La Cité Céleste : c’est là, dans le concret du quotidien, et parfois des difficultés, que ta foi devient un vibrant témoignage d’espérance.

L’homme s’égare lorsqu’il affirme que Dieu est mort. Si Dieu n’est pas avec lui, l’homme n’a plus de salut et perd le sens de son existence, qui se réduit à une impasse ou au néant. En revanche, celui qui dit : Pour moi, vivre, c’est le Christ ! , fait exactement l’expérience du contraire. Dans le Christ, en effet, nous savons que Dieu n’est jamais indifférent à l’homme ! Par Jésus, crucifié et ressuscité, Il donne sa propre vie pour que nous en vivions. Voilà donc la manière d’annoncer le Christ qui allie courage et respect : l’annoncer comme Évangile de salut ; comme parole de vérité et de vie. Cet Évangile est une bonne nouvelle pour tous, une annonce libératrice et une règle de vie nouvelle.

L’Évangile de Jésus, en effet, ne conduit pas au conflit, mais invite toujours au pardon : tandis qu’il éclaire le drame de l’histoire, il nous forme à la sollicitude fraternelle. La rencontre avec le Christ ouvre au dialogue et prépare à sa paix, car elle offre à chaque homme et à chaque femme la promesse la plus grande, qui comble tous les désirs : la promesse de la vie éternelle.

Chère Chloé, chers jeunes, l’expérience religieuse de toute personne exprime cette quête de sens qui anime l’âme humaine. En Jésus, le Rédempteur du monde, Dieu se laisse trouver en s’adressant « aux hommes comme à des amis » (Const. dogm. Dei Verbum, n. 2). Il est la source d’eau vive, la lumière dans les ténèbres. Dans la joie de la foi, proclamons donc ensemble, ce soir : pour nous, vivre, c’est le Christ! Ensemble : pour nous vivre c’est le Christ!

Grâce à Lui, il est possible d’allier l’élan missionnaire à l’expérience de la fraternité à l’égard de ceux qui ne croient pas en Dieu ou qui appartiennent à d’autres traditions religieuses. Cette fraternité, faite d’écoute et d’estime réciproque, trouve ses racines dans l’unité de la famille humaine qui, tout au long de l’histoire, a développé la dimension religieuse comme une caractéristique vitale de chaque peuple.

Cultiver un lien fraternel « avec ceux qui ne partagent pas notre foi » contribue donc à la construction de la société ; et devient un exercice de foi et de charité ; car il est impossible de témoigner du Christ sans aimer ceux à qui nous voulons l’annoncer. Les rencontres entre jeunes de la région méditerranéenne qui ont eu lieu ces dernières années sont un signe encourageant de cette fraternité.

Le message chrétien ne constitue donc pas un obstacle à la coexistence fraternelle ; au contraire, il la favorise, car il invite librement chacun à écouter une nouvelle de paix et de salut. De même, notre mission n’est pas en contradiction avec le respect des autres religions, car l’Église ne rejette rien de ce qui, en elles, est vrai et saint (cf. Nostra Aetate, n. 2). Merci !

Question de François

Très Saint Père, merci de venir nous fortifier dans la foi et dans notre désir de témoigner de l’Evangile !

Je m’appelle François Bigot, j’ai grandi dans la campagne en Bourgogne et je suis actuellement étudiant en agronomie à UniLaSalle. J’aime donner mon temps pour la beauté de la liturgie, je suis engagé au service de mon diocèse à travers le pélé VTT de Nevers, et pour la préparation d’un nouveau pèlerinage bourguignon. Je suis également chef scout et engagé dans l’aumônerie étudiante de mon école.

Au service des plus fragiles, au service de la paix dans notre pays et dans le monde, au service de l’Eglise du Christ, nous, les jeunes, nous voulons nous engager ! Cependant, il est souvent difficile de savoir comment orienter sa vie pour se donner sans compter, fidèlement, sans pour autant se disperser ou perdre courage tant la tâche semble parfois démesurée. L’anxiété et l’incertitude viennent souvent fragiliser l’enthousiasme de notre jeunesse. Très Saint-Père, comment discerner où le Seigneur nous attend pour servir et offrir notre vie ?

Réponse du Saint-Père

Il y a beaucoup de scouts ici ? Oh, très bien, bienvenus !

Tout d’abord, je vous remercie vivement pour votre engagement. C’est pour moi une grande joie de vous voir si nombreux, animés de la volonté de vous mettre au service de la paix qui nous fait grandir en tant qu’hommes et femmes, en transformant les peurs en espérance, et les plaintes en engagement responsable. Aujourd’hui, cette grande mission est plus urgente que jamais, car elle nous invite à naviguer avec discernement au cœur des mutations technologiques et numériques actuelles, sans diminuer notre humanité.

En particulier, lorsque nous nous consacrons à la protection des plus petits et des plus faibles, nous reconnaissons notre propre faiblesse dans laquelle nous nous retrouvons tous. Cette fragilité propre à la vie humaine ne nous effraie pas, mais nous unit en tant que créatures qui se découvrent frères et sœurs dans le Christ. C’est Lui le premier qui se donne à nous, et le signe vivant de cette grâce est l’Eucharistie, « source et sommet de toute la vie chrétienne » (LG 11). Nous tirons de ce sacrement, qui soutient notre foi, la force de nous donner, nous aussi, à notre prochain, en imitant la gratuité du Seigneur Jésus. La recherche de la justice et de la paix nous oblige à constater les conflits que nous vivons nous-mêmes, et à purifier notre cœur. En nous engageant au service de Dieu et des autres, nos blessures trouvent alors consolation et rédemption.

Il n’existe aucun échec dont Dieu ne puisse nous relever : sa miséricorde est notre joie. Et pourtant, vous avez cité l’anxiété et l’incertitude comme des obstacles à votre enthousiasme. Ce sont là des sentiments très répandus en raison de la précarité des projets d’avenir, du caractère provisoire des liens affectifs et de la fragilité des relations. À ces sentiments s’en ajoutent d’autres, qui pèsent sur votre génération, comme par exemple la fatigue de l’écran et l’anxiété face aux changements climatiques ou à la situation économique et internationale. Oui, il faut prêter une oreille attentive à ces sentiments. Je vous invite tous, chers jeunes, à garder le cœur ouvert face aux souffrances de vos camarades.

En même temps, l’expérience de la fragilité, de toute fragilité, devient pour un disciple du Christ une occasion de témoignage. Celui qui suit Jésus sur le chemin du service humble et gratuit est libéré de l’angoisse et retrouve un nouvel enthousiasme faisant l’expérience de la joie et de la paix intérieures ; non pas des sentiments passagers ou subjectifs, mais ancrées dans la certitude de la foi dont nous témoignons ensemble comme Église.

Oui, ensemble, nous formons l’Église : fragile et sainte, comme des vases d’argile qui renferment un trésor (cf. 2 Co 4, 7). Saint Paul nous rappelle, une fois encore, que c’est précisément dans la faiblesse que nous sommes forts (cf. 2 Co 12, 10). C’est surtout dans les moments de difficulté que Dieu soutient notre liberté et nous encourage par sa grâce. Il a voulu vivre en tant qu’homme, afin que nous puissions vivre avec Lui, pour toujours, comme témoins joyeux de l’espérance.

Chers amis, c’est dans cette amitié avec Jésus que s’opère notre discernement, une réflexion en implorant le don du Saint-Esprit. Il s’agit d’un exercice constant pour avancer avec ordre et assurance.

Comment bien discerner ?

Tout d’abord, rappelez-vous que la Parole du Seigneur est toujours une lampe pour nos pas (cf. Ps 119, 105). À la lumière de l’Évangile, la formation spirituelle passe par la prière et le service ; l’adoration et l’action ; le silence — ce silence si rare et si nécessaire, loin du vacarme médiatique — et l’annonce.

Ensuite, inspirez-vous de l’exemple des saints : même dans la persécution, ces frères et sœurs ont ouvert des chemins de paix. Regardez ces prêtres passionnés par le Christ, comme saint Eugène de Mazenod et saint Jean-Marie Vianney ; regardez la beauté mystique de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus ; la bienheureuse Pauline Jaricot, fervente dans la charité et la mission ; le courage des 50 [cinquante] martyrs de l’apostolat de la seconde Guerre Mondiale qui ont servi leurs frères jusqu’au sacrifice de leur vie. Les saints ont changé le cours de l’histoire, faisant passer beaucoup de personnes de la souffrance à l’espérance ; car ils ont d’abord changé leur propre cœur, en le transformant à la lumière de la foi.

Chers jeunes, lorsque vous discernez votre vocation, soyez certains que le Seigneur ne vous parle pas de manière confuse, mais il s’adresse à chacun par votre nom, et il vous invite à le suivre car il vous aime. En accueillant son Évangile, l’esprit clair et le cœur pur, vous comprendrez comment Jésus vous appelle à servir. Il s’agit toujours d’un don de vie : plein, fidèle, débordant d’amour. Pour vaincre l’angoisse ou l’incertitude, ayez le courage de dire un seul mot, simple et magnifique : merci. Merci, Jésus, pour ton amour.

C’est pourquoi maintenant, sans crainte mais dans la confiance et plein de joie, nous pouvons déjà dire tous, tous ensemble, à la suite des saints : Me voici Seigneur !

Tous ensemble : Me voici Seigneur !

Et je m’adresse à ceux d’entre vous – et ils sont nombreux ici ce soir – qui pensent entendre l’appel à suivre Jésus sur la voie du sacerdoce ou de la vie consacrée. Chers amis, l’Église en France a tant besoin de vous !… elle prie pour vous, elle vous attend. Chers amis, n’ayez pas peur de cet appel ! Ayez de l’audace ; ayez confiance en Jésus qui veut faire de vous ses plus proches amis : Il ne vous décevra pas et sera toujours à vos côtés ; votre vie sera merveilleusement belle et féconde.

Pour conclure, nous pouvons reprendre cette prière que saint Jean-Paul II nous a transmise : « Maître, toi qui aimes et respectes la personne humaine, toi qui as partagé la souffrance de l’homme, toi qui éclaires le mystère de l’existence humaine, fais-nous découvrir le vrai sens de notre vie et de notre vocation ! » (Homélie lors de la XIIe Journée mondiale de la jeunesse, Paris, 24 août 1997). Merci !

Discours du Saint-Père

Dans la nuit, la lumière apparaît encore plus éclatante. C’est ainsi, chers jeunes, que nous avons ensemble entendu les paroles de saint Paul. Nous voulons les porter haut, comme une torche qui éclaire, non seulement la prière de chacun, mais aussi toute l’histoire de l’Église. L’Apôtre observe son époque, et il accueille l’inspiration divine, c’est-à-dire l’Esprit Saint qui ouvre toujours des perspectives lumineuses d’avenir. Oui, Dieu est le Seigneur de l’histoire et, quoi qu’il arrive, Il la conduit vers le salut : dans le Christ, tout mal trouve une fin, précisément parce que la fin devient le commencement d’une vie nouvelle et éternelle.

Chers amis, pour éclairer notre époque et transformer le présent à la lumière de l’Esprit, rappelons-nous avant tout que, comme Timothée, nous sommes des hommes et des femmes de Dieu. Cette expression – de Dieu –, choisie par saint Paul, signifie un lien, et non une possession. Celui qui vit avec Dieu est libre : libre de tout ce qui obscurcit la vie et la rend vide et dénuée de sens. Jeunes de France, vous portez dans votre cœur un immense désir de liberté, un mot qui résonne avec force dans votre culture. Mais quelle est donc la source de la vraie liberté ? Jésus nous l’indique clairement lorsqu’Il dit que c’est la vérité qui nous rendra libres (cf. Jn 8, 32) ; et que la Vérité, c’est Lui-même (cf. Jn 14, 6) ! Voilà donc la source de la vraie liberté : la relation vivante avec Jésus.

La compagnie du Seigneur donne, en effet, sagesse à nos projets et beauté aux désirs que nous portons dans le cœur. Dieu traverse notre âme comme une lumière en nous invitant à un renouveau permanent, à une conversion qui donne tout son sens à l’existence, parce qu’elle fait de nous les acteurs d’une histoire qui passe de la confusion à la recherche de la vérité ; de l’indifférence à l’engagement pour la justice. Saint Paul le dit par trois verbes qui font appel à notre liberté : évite, tends, combats.

L’Apôtre écrit à Timothée : avant tout, « évite ces choses », c’est-à-dire l’orgueil, la vanité, la violence, la cupidité (cf. 1 Tm 6, 4.10). Ce sont là des sentiments qui nous saisissent et qui nous possèdent. L’égoïsme qui les caractérise cache une solitude effrayante. Pour savourer la proximité de Dieu et la fraternité humaine, il faut rejeter cette convoitise qui consume les relations sans rien donner en retour, et qui nous gave de choses sans nous rassasier. C’est là un style de vie qui pousse à tout avoir, mais à n’être personne ; à recevoir quantité de “j’aime”, mais à rester seul avec soi-même.

Quand nous décidons de ne pas suivre ce style, nous commençons alors à tendre vers « la justice, la piété, la foi, la charité, la patience, la douceur » (v. 11). Oui, celui qui vit avec Dieu tend vers le meilleur : il est en exercice constant. Il recherche la vertu, c’est-à-dire la force qui le rend bon et vrai. Chers amis, la dynamique qui caractérise l’existence chrétienne porte un nom précis : elle s’appelle chemin de sainteté. C’est le chemin que le Seigneur ouvre devant chacun de nous, en nous accompagnant tout au long de la route. Et combien de fils et de filles de cette terre bien-aimée de France se sont laissés conduire sur cette voie ! Pensons, par exemple, au bienheureux Marcel Callo, un jeune Français, scout et ouvrier qui, dans l’obscurité du camp de concentration, n’a pas cessé de tendre vers le bien, en restant libre intérieurement.

Au fur et à mesure que nous avançons sur ce chemin de la sainteté, il apparaît clairement qu’il ne suffit pas d’éviter le mal : il faut choisir le bien. Il ne s’agit pas d’un principe abstrait, ni d’une affirmation évidente : choisir le bien est l’acte propre de la liberté par lequel celle-ci se réalise, se rectifie et mûrit. Pour faire les bons choix, souvenez-vous de ce critère : le bien donne la vie, il ne l’enlève jamais. Le bien prend soin, il ne prend pas pour lui-même. Le bien n’est pas un beau concept, mais le visage rayonnant de l’amour : il est Dieu en personne ! Les vertus que saint Paul nous indique comme reflets de sa bonté sont les suivantes : la justice envers l’humanité ; la piété et la foi envers Dieu ; la charité envers tous ; la patience envers ceux qui nous font souffrir ; la douceur qui caractérise ceux qui recherchent la paix avec un cœur pur.

Les principes d’égalité et de fraternité qui inspirent votre société trouvent ici leur fondement : plus que des prescriptions légales, ce sont les choix radicaux et courageux d’un cœur libre. Faire nôtres ces principes n’est pas seulement un engagement moral : c’est choisir de devenir des hommes et des femmes authentiques, libres de tout compromis.

À ce propos, l’Apôtre nous livre un troisième verbe : combattre. En effet, éviter le mal et tendre vers le bien implique de combattre. Combattre, oui, comme l’a fait saint Paul, souvent représenté une épée à la main, image de la Parole de Dieu, « l’épée de l’Esprit » (Ep 6, 17). Ce verbe résonne avec force, ici en France, terre de sainte Jeanne d’Arc, une jeune fille qui a su combattre avec audace. Mais attention, le verbe comme l’image nous sont désormais clairs : le combat auquel nous sommes invités est celui de la foi, c’est-à-dire l’engagement à vivre selon l’Évangile en tant que disciples de Jésus, le Fils de Dieu qui fait de nous des frères et sœurs. C’est en son nom que nous recevons la force des justes pour résister à la tentation. C’est en son nom que nous recevons la persévérance des doux, pour nous consacrer au bien. Notre combat n’est pas un combat contre les autres, il n’utilise pas les armes de la violence, du mépris ou de l’oppression. Notre seule arme est celle de l’amour qui se donne.

Nous savons, malheureusement, qu’il y a des forces qui s’opposent à notre relation avec Dieu ; des puissances qui cherchent à diviser les personnes et les peuples en les dressant les uns contre les autres. Ces maux ont non seulement un visage violent, mais prennent aussi parfois une apparence insidieuse ; car ils promettent précisément ce qu’ils nous enlèvent, à savoir le bonheur. Mais lorsque nous nous sentons entourés de leur obscurité, la lumière de l’Esprit Saint nous éclaire et nous réconforte : cette nuit, donc, choisissons ensemble les vertus que nous devons développer pour suivre le Seigneur.

Nous ne sommes pas seuls sur ce chemin de sainteté, car nous le parcourons en union avec tous nos frères et sœurs qui nous entourent. Vous en faites d’ailleurs l’expérience ce soir, comme lors de grands rassemblements tels que les Journées Mondiales de la Jeunesse. Nous avons aussi pour alliés les saints qui nous soutiennent dans l’épreuve. Chers amis, lorsque les choix de la vie exigent du courage, sollicitez leur intercession et imitez leur exemple. Comme nous l’avons chanté dans les litanies, l’encouragement des saints nous assure que nous ne sommes jamais seuls dans la prière, que nous ne sommes jamais seuls dans l’Église. En ces temps particuliers, demandons leur aide pour être des artisans de paix : désir éternel de Dieu et engagement constant de l’humanité ! Ce soir, j’ai évoqué certains d’entre eux. Demandons également à sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de nous enseigner sa petite voie de l’amour quotidien, fondement solide de toute paix durable.

Le Seigneur réalise cette paix à travers l’alliance qu’Il conclut avec nous tous par l’intermédiaire de Jésus, le Christ. C’est pourquoi, en indiquant le fondement de notre expérience de foi, saint Paul parle non seulement de ce que nous pouvons faire en répondant à Dieu, mais aussi de ce que Dieu fait pour nous. L’Apôtre le résume par un épisode : Jésus devant Pilate, la vérité de l’amour devant l’hypocrisie du pouvoir. Le « bon combat » coïncide alors avec le « beau témoignage » (cf. vv. 12-13). C’est ce que démontre l’emploi d’un même adjectif kalos, qui signifie ici bien fait. L’œuvre bien faite, celle qui est bonne, c’est la rédemption que Jésus accomplit pour nous. Dans son combat contre le péché et la mort, la victoire du Christ nous libère, elle nous sauve de tout mal et nous invite à faire toute sorte de bien.

Dans cette lumière, regardons les deux reliques que nous avons devant les yeux : la tunique et la croix. L’une a été enlevée au Christ ; l’autre, lui a été donnée. En ce sens, elles sont toutes deux des signes de sa passion : Jésus est dépouillé de sa tunique pour nous revêtir de la robe blanche, lavée « dans le sang de l’Agneau » (Ap 7, 14). C’est ainsi que la croix, instrument de mort, devient signe d’espérance. Toutes deux, la tunique et la croix, nous représentent, nous l’Église qui naît de la vie de Dieu donnée au monde. Chers jeunes, pour grandir en sainteté et améliorer notre société, soyez de lumineux témoins de cet Évangile, c’est-à-dire de la bonne nouvelle qu’est le Christ lui-même, notre Sauveur : « À lui soient l’honneur et la puissance pour toujours. Amen » (1 Tm 6, 16).

Texte officiel : vatican.va · © Dicastère pour la Communication – Libreria Editrice Vaticana

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Les pauvres ne sont pas une catégorie sociologique

Paris · Samedi 26 septembre · 4 min

Personne n’est si pauvre qu’il n’ait rien à donner ; personne n’est si riche qu’il n’ait rien à recevoir.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Je suis heureux de commencer avec vous cette deuxième journée à Paris dans une maison qui témoigne à toute la ville qu’il est possible de se rencontrer et de vivre ensemble dans la dignité et la paix. Je remercie l’Archidiocèse de Paris, les Sœurs scalabriniennes ainsi que tous les animateurs et bénévoles qui font vivre ce lieu et sont au service de ceux qui y trouvent accueil, écoute, formation et amitié. J’adresse un “merci” particulier à ceux qui ont partagé leur témoignage.

Le nom de votre Centre d’accompagnement et d’intégration sociale, qui fait référence à sainte Bakhita, nous incite à reconnaître le rôle fondamental des femmes dans la construction d’une civilisation de l’amour, comme alternative à la culture qui désagrège les communautés et rend les villes malades de solitude. L’histoire de l’Église et de l’humanité, à y regarder de plus près, n’est pas écrite par ceux qui donnent l’impression de vaincre en s’imposant et en occupant l’espace, mais par ceux qui « font de la place », instaurent des processus de paix, suscitent la confiance et encouragent la vie. Il ne s’agit pas de simples sentiments, mais de décisions et d’engagements à contre-courant, dont nous comprenons de mieux en mieux l’importance publique et la promesse d’avenir. Sainte Bakhita nous invite à voir ceux qui sont invisibles, à libérer ceux que l’économie et la culture réduisent aujourd’hui en esclavage, à honorer la dignité infinie de chaque frère et sœur, en qui Jésus lui-même vient frapper à notre porte.

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Chers amis, « La réalité est que, pour les chrétiens, les pauvres ne sont pas une catégorie sociologique, mais la chair même du Christ. En effet, il ne suffit pas d’énoncer de manière générale la doctrine de l’incarnation de Dieu. Pour entrer véritablement dans ce mystère, il faut préciser que le Seigneur s’est fait chair, qu’il a faim, qu’il a soif, qu’il est malade et emprisonné » (Exhort. ap. Dilexi te, n. 110). Le Christ pauvre et crucifié se laisse encore rencontrer et aimer à travers ces hommes et ces femmes qui nous appellent à sortir de nous-mêmes et à oser la charité.

Frères et soeurs, l’intuition la plus importante qui inspire votre engagement concerne l’échange de dons qui se renouvelle à chaque rencontre. Personne n’est si pauvre qu’il n’ait rien à donner ; personne n’est si riche qu’il n’ait rien à recevoir. Il n’y a de vie en abondance que là où la limite de chacun s’ouvre à la présence mystérieuse des autres, en qui c’est l’Autre par excellence, le Dieu de la vie, qui se fait proche. Cela ne nie pas la souffrance que le péché a introduite dans l’histoire, mais cela nous aide à ne pas en rester prisonniers. Nous annonçons que la rédemption est possible, qu’elle a commencé, qu’elle est en cours et qu’elle nous concerne, en tant que membres vivants du Corps du Christ.

Et n’oublions pas que « l’œil ne peut pas dire à la main : “Je n’ai pas besoin de toi” ; la tête ne peut pas dire aux pieds : “Je n’ai pas besoin de vous”. Bien plus, les parties du corps qui paraissent les plus délicates sont indispensables (1 Co 12, 21-22). Ces paroles de saint Paul s’adressent aux chrétiens de Corinthe, l’une des métropoles les plus riches et les plus dynamiques de son époque. L’Évangile y avait été accueilli par des personnes d’origines et de milieux sociaux divers, parmi lesquelles de nombreux pauvres et esclaves (cf. 1 Co 1, 26-29), comme certains d’entre vous aujourd’hui. « Mais en organisant le corps – poursuit l’apôtre – Dieu a accordé plus d’honneur à ce qui en est dépourvu. Il a voulu ainsi qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les différents membres aient tous le souci les uns des autres » (1Co 12, 24-25).

Je vous remercie donc pour votre travail, ainsi que toutes les personnes qui, partout en France, dans des institutions semblables, accomplissent ce service. Continuez à témoigner de cette attention mutuelle qui, à travers l’accueil fraternel, les parcours de formation et le dialogue avec la ville, élève l’esprit et humanise le monde. Que sainte Bakhita et les grands témoins de la charité qui ont façonné la présence de l’Église en France, en particulier lors des périodes de changements tumultueux, intercèdent en votre faveur. Merci !

Que le Seigneur vous bénisse.

Texte officiel : vatican.va · © Dicastère pour la Communication – Libreria Editrice Vaticana

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L’œuvre imprévisible de Dieu

Paris · Samedi 26 septembre · 8 min

Les nouveaux baptisés ne sont pas seulement appelés à recevoir : leur foi est un trésor qui s’offre à l’Église de France et à l’Église universelle.

Excellence,
chers prêtres et personnes consacrées,
chers membres de l’Assemblée synodale,
chers catéchumènes et néophytes, frères et sœurs,

je suis heureux de vous rencontrer et de pouvoir m’attarder, dans le cadre de ce Voyage Apostolique, sur le chemin que vous parcourez en Assemblée Ecclésiale Provinciale.

Je remercie Son Excellence Monseigneur Laurent Ulrich, Archevêque de Paris, qui a rappelé l’importance historique et spirituelle du lieu où nous nous trouvons, en évoquant également Frère Laurent de la Résurrection qui a profondément marqué mon parcours de foi par sa mystique du quotidien. Mais surtout, j’exprime ma gratitude pour l’Instrumentum Laboris que vous m’avez remis, expression d’un cheminement ecclésial auquel le Peuple de Dieu a été associé, dans un esprit d’écoute réciproque et de synodalité.

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L’Institut Catholique de Paris nous accueille aujourd’hui, une institution située au carrefour de la science et de la foi qui, depuis des siècles, contribue à former les esprits et les cœurs au service de l’Évangile. Je salue les enseignants, les étudiants et le personnel de cette université, ainsi que tous les membres de l’Assemblée synodale de la Province ecclésiastique de Paris, engagés à réfléchir aux perspectives pastorales pour accueillir les néophytes et les catéchumènes, ainsi que pour la vie de l’Église.

En observant de près le travail que vous accomplissez, mais surtout en écoutant les témoignages émouvants de Josué, de Marielle et de Sophie, je ressens avant tout une grande gratitude pour l’œuvre imprévisible de Dieu. Comme vous et avec vous, je suis émerveillé par le nombre de personnes qui se présentent aujourd’hui sur le seuil de la foi, et par les nombreux adultes qui demandent les sacrements de l’initiation chrétienne.

Il peut sembler paradoxal que ce phénomène de tant de personnes redécouvrant l’Évangile et embrassant la foi, se situe dans le contexte d’une société comme la société française, marquée par une culture fortement sécularisée. Votre expérience et votre témoignage, chers catéchumènes et néophytes, sont le signe tangible de l’œuvre de la grâce de Dieu, qui dépasse les analyses chiffrées et sociologiques. Ce phénomène qui vient contredire toute attitude défaitiste – ce que le Pape François appelait le “pessimisme stérile” (cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, nn. 84-86) –, doit être accueilli dans un esprit de responsabilité.

Nous sommes en effet appelés à nous tourner vers nos frères et sœurs, en redécouvrant le style propre à Dieu, fait de proximité, de compassion et de tendresse. Avec une tendresse pastorale et une charité fraternelle, nous devons reconnaître, accueillir et préserver la petite flamme que le Saint-Esprit a allumée dans l’obscurité de la nuit, la petite graine qui aspire à grandir même au milieu des épines et des ronces.

L’étonnement devant ce qui arrive à tant de nos frères et sœurs ne doit pas nous enfermer dans une béatitude naïve. Au contraire, nous devons nous engager à rechercher, à nous poser des questions et à entreprendre des actions pastorales concrètes. Tel est l’esprit qui anime votre Assemblée synodale et, plus généralement, le cheminement de l’Église en France : émerveillés par l’œuvre imprévisible de Dieu, que devons-nous faire, et où donc le Saint-Esprit nous pousse-t-Il pour accompagner les catéchumènes, les néophytes, les “recommençants” ?

Tout d’abord, j’aimerais rappeler une expression utilisée par l’Épiscopat français, il y a déjà de longues années, qui exhortait à imaginer et à incarner une Église “en état d’initiation” prenant soin des catéchumènes, des néophytes et de ceux qui recommencent leur cheminement ; en leur offrant, sur le temps, un solide soutien. L’initiation chrétienne – dans son ensemble – a été au cœur de la sollicitude des pasteurs dès les années qui ont suivi la Seconde Guerre Mondiale. Les demandes étaient déjà nombreuses, et l’agitation théologique et liturgique de ces années-là contribua largement au renouveau des parcours de catéchuménat qui s’opéra ensuite pendant le Concile Vatican II. Même si le contexte est aujourd’hui différent, vous pouvez vous référer à cette tradition pastorale, bien ancrée, concernant l’initiation des catéchumènes. N’oublions pas non plus que cette pratique déjà en vigueur a été redynamisée à partir de 1996, année où ont vu le jour la Lettre aux catholiques de France et, parallèlement, la dernière édition française du Rituel de l’Initiation Chrétienne des Adultes.

Chers frères et sœurs, être “en état d’initiation” c’est accueillir les nouveaux chercheurs de Dieu en y découvrant une opportunité et une mission. L’opportunité est que, grâce à eux, la communauté des croyants renouvelle, elle aussi, son cheminement de foi et découvre de manière nouvelle la joie de l’Évangile. La mission, quant à elle, consiste à prendre soin d’eux et à leur servir de guides, même après qu’ils ont reçu les sacrements. Il convient d’accueillir avec joie ceux qui se présentent, partir de leur expérience spirituelle, respecter leur histoire et favoriser une annonce essentielle du kérygme, notamment à travers les formules connues dans le parcours personnel ou communautaire. N’oublions pas, cependant, que chez bon nombre de ces personnes surgit ensuite la question que nous avons entendue dans le témoignage de Marielle : comment éviter le “vide” post-baptismal ?

Il est donc essentiel d’accompagner et d’intégrer pleinement ces personnes dans nos communautés et dans nos assemblées de prière après leur baptême, en leur offrant un espace familial et une formation aussi intégrale que possible, capable d’englober les différents aspects de la vie chrétienne et de favoriser l’unification de leur foi avec leur vie. Les néophytes, en effet, ont souvent soif et besoin d’approfondir les fondements de la foi et de la prière chrétienne, d’être correctement formés d’un point de vue biblique et théologique, de découvrir toujours davantage la richesse de la doctrine ainsi que les différentes dimensions de l’agir moral chrétien lié à la profession de foi.

Enfin, ils ont également besoin d’être initiés et introduits à la vie liturgique de l’Église. Dans les témoignages, nous avons également entendu comment la célébration des rites liturgiques a été pour certains une porte d’entrée au mystère de la foi. Après avoir franchi cette porte, il faut aller plus loin et découvrir la richesse de la liturgie qui soutient toute la vie de foi. Il s’agit d’un domaine fondamental de la vie de l’Église qui requiert une attention pastorale enracinée dans les enseignements du Concile Vatican II. La liturgie, en effet, ne peut être considérée comme une réalité “postérieure” à la catéchèse, dans laquelle on mettrait en pratique ce qui a été appris au long du parcours. Au contraire, elle manifeste et actualise le mystère de la Pâque du Christ et, par conséquent, elle est l’événement capable de révéler le sens de la Bonne Nouvelle et de communiquer la vie même de Dieu. Avec ses rythmes, ses langages et ses rites, la liturgie fait partie intégrante du chemin de conversion et de préparation aux sacrements.

Pour mener à bien cette mission, le rôle des formateurs est essentiel. Comme nous l’enseigne l’antique tradition de l’Église, il s’agit de préparer des parrains et des marraines de communauté, spécialement formés pour initier les néophytes. Dans le cadre de cette formation, je recommande une connaissance approfondie du Rituel de l’Initiation Chrétienne des Adultes. Parallèlement, il est nécessaire que les agents pastoraux soient formés – non seulement sur les plans biblique, théologique, liturgique et de la vie spirituelle, mais aussi sur le plan des qualités humaines –, afin de savoir discerner et orienter ceux dont les parcours de vie sont plus complexes et moins linéaires.

Nous l’avons entendu tout à l’heure : certains arrivent avec une simple soif spirituelle, une quête de sens et une attirance pour l’Évangile ; alors que d’autres sont marqués par des expériences douloureuses, des situations de solitude et des blessures profondes. C’est là que le style de la proximité, de la compassion et de la tendresse prend tout son sens : il convient de trouver un savant équilibre pour les accueillir, les écouter et, en même temps, les encourager à relever les défis exigeants de la foi. Dans ce cheminement, il faut respecter le rythme de l’autre, en avançant progressivement, avec attention et dans un compagnonnage fraternel. Il s’agit d’adopter le style du “marcher ensemble”. Sur les sentiers de la foi chrétienne, on s’enrichit mutuellement et on grandit ensemble : prêtres et laïcs, parrains et catéchumènes, animateurs pastoraux et néophytes.

Et pourtant, cela n’est pas encore suffisant. Les nouveaux baptisés ne sont pas seulement appelés à recevoir : leur foi est un trésor qui s’offre à l’Église de France et à l’Église universelle. Je pense à ce qui arriva à l’un des catéchumènes les plus célèbres de l’histoire, saint Augustin. Il fut initié à la foi par saint Ambroise, et sa foi n’était qu’une petite graine lorsqu’il fut baptisé. Mais, cette graine a grandi et s’est multipliée, devenant un arbre si grand que, sous son feuillage, nous pouvons encore aujourd’hui trouver du réconfort.

En vous regardant, chers catéchumènes et néophytes, je ne vois pas seulement le fruit de l’Esprit qui vous a mis en chemin, mais aussi une promesse de fécondité pour l’Église en France. À votre tour, soyez des missionnaires de l’Évangile dans cette société !

Que les grands témoins de cette terre bien-aimée vous soutiennent sur votre chemin. Je pense à sainte Thérèse de l’Enfant Jésus qui nous enseigne, par sa “petite voie”, comment la confiance ouvre les portes de la grâce ; je pense à saint Martin de Tours, figure emblématique du partage et de la charité fraternelle. Avec tant d’autres saints et saintes issus de cette terre de France, ils nous rappellent que la mission se construit aujourd’hui, en préservant avant tout la présence du Seigneur dans la vie quotidienne.

En vous accueillant les uns les autres, puissiez-vous former tous ensemble le peuple vivant de l’Église en France, capable de transmettre la foi. En invoquant la protection maternelle de la Vierge Marie, Patronne principale de la France, et l’intercession de sainte Geneviève et de saint Denis, protecteurs de cette ville, je vous donne, de tout cœur, ma bénédiction.

Merci et bon chemin !

Texte officiel : vatican.va · © Dicastère pour la Communication – Libreria Editrice Vaticana

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« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi »

Paris · Samedi 26 septembre · 7 min

Pour Lui, aucun de nous n’est un numéro […], mais une personne, une personne unique et irremplaçable.

Chers frères et sœurs,

je remercie Dieu de la grâce qui m’est offerte de me trouver ici, sur cette place de la Concorde, pour célébrer l’Eucharistie. Oui, comme il est bon et doux pour des frères et sœurs de se retrouver ensemble (cf. Ps 132, 1), afin de magnifier la grandeur de Dieu. Puisse ma présence au milieu de vous confirmer votre foi, et vous encourager à sans cesse rayonner et transmettre la vie, la paix et l’amour de Notre Seigneur bien aimé Jésus-Christ.

« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive » (Jn 7, 37). Frères et sœurs, notre communauté assoiffée s’élance vers le Christ, source d’eau vive ; cette eau qui désaltère et fait fleurir la vie, cette eau de l’amour de Dieu « répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 5).

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Le désir de Dieu habite notre cœur au plus profond, et nous crions avec le Psalmiste : « Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant » (Ps 41, 3) ! C’est le cri d’un homme, humble et passionné, dont la soif la plus intérieure et existentielle ne cesse de grandir. Or c’est Jésus-Christ, par son incarnation, qui rejoint tout homme dans son histoire et se révèle à lui comme la véritable source d’eau vive capable d’étancher sa soif. Il ne s’agit pas tant d’une soif matérielle que d’une soif de sens, de vérité et d’accomplissement qui habite le cœur de chacun. Jésus répond à ce désir profond de relation, de communion avec Dieu, en qui réside la plénitude de la vie pour toujours.

Dans la première Lecture, le prophète Ézéchiel voyait l’eau jaillir du Temple et, se répandant dans le désert, purifier et fertiliser toute chose (cf. Ez 47, 1-2.8-9.12). Plus tard, saint Jean verra l’eau jaillir du côté transpercé de Jésus rendant l’Esprit (cf. Jn 19, 30-34). Tous peuvent alors s’abreuver à cette source afin de renaître et recevoir le don de l’Esprit pour devenir enfants de Dieu, des créatures nouvelles.

Frères et sœurs, force est de constater qu’ici-bas, rien ne parvient à nous combler pleinement. Lorsque nous croyons enfin notre recherche achevée et nos efforts récompensés, bien souvent le vide intérieur resurgit, plus profond encore. Alors, pour le combler, il se peut que nous recherchions de nouveaux plaisirs, que nous voulions posséder de nouvelles choses, que nous fassions tout pour nous “divertir” afin de ne plus ressentir ce malaise intérieur !

La Liturgie de la Parole de ce jour nous invite à sonder notre cœur : quelle est notre soif la plus profonde ? Que cherchons-nous vraiment dans la vie ? Nous aspirons tous au bonheur, à l’amour, à l’épanouissement. Mais à quelle source cherchons-nous à étancher notre soif ? Nous contentons-nous de biens matériels, de satisfactions immédiates, de petites idoles si nombreuses qui promettent monts et merveilles mais laissent notre cœur vide? Baptisés, nous avons reçu l’eau vive dont parle l’Évangile, mais avons-nous vraiment rencontré le Christ personnellement ? L’être humain est fondamentalement un être de désir et seul Dieu peut combler le vide intérieur. Oui, frères et sœurs, Jésus-Christ, le Bon Pasteur nous guide, comme le berger guide ses brebis, vers la source du bonheur et de la paix. Il connaît chacun et chacune de nous par son nom. Rien ne lui échappe de nos secrets, de nos intentions, de nos faiblesses. Il scrute les profondeurs de notre cœur. Il a donné sa vie pour nous et continue de la donner par les sacrements. Il porte sur ses épaules les brebis fatiguées ou blessées, et ramène avec délicatesse celles qui se sont égarées. Jésus révèle l’amour inconditionnel de Dieu pour nous. Pour Lui, aucun de nous n’est un numéro sur une carte d’identité, ni un matricule, mais une personne, une personne unique et irremplaçable.

Vous voyant ici rassemblés, frères et sœurs, héritiers d’une longue et belle histoire sainte en France, je vous dis : abreuvez-vous, à votre tour, à cette source qu’est le Cœur de Jésus transpercé. Oui, vous avez soif de Dieu, de vie, de vérité, d’unité, de paix, de communion, de bonheur. Vous aspirez à redécouvrir un horizon lumineux, à bâtir une nation renouvelée à partir de ses racines irriguées par la foi. Ne gardez pas cette foi en Jésus-Christ pour vous-mêmes, mais laissez-la déborder pour abreuver et combler les personnes que vous rencontrez. Il vous revient d’apporter l’espérance là où règnent le découragement et la sécheresse spirituelle.

C’est en acceptant de vivre en vérité sous le regard de Jésus que nous sommes authentiques, que nous pouvons regarder nos vies avec lucidité. Elles sont, certes, fragiles, vulnérables, vouées au passage de la mort, mais elles sont aussi merveilleuses, miraculeuses, capables de se renouveler dans leurs relations et de s’ouvrir au véritable amour.

« Celui qui croit en moi, […] de son cœur couleront des fleuves d’eau vive » (Jn 7, 38). En nous abreuvant à la source qu’est le cœur du Christ, nous devenons nous-mêmes, comme l’a écrit Origène, des puits, des sources et des fleuves pour les autres (cf. Homélie 12, 1, 2-3). Le croyant qui y boit devient lui aussi source de vie par son lien existentiel avec le Christ et communique cette même vie au prochain.

Chers frères et sœurs, l’eau vive de l’Esprit Saint s’est répandue en abondance et continue à porter ses fruits dans l’Église par les missionnaires et les témoins dans toutes les cultures et de tous les peuples. Elle féconde tout ce qui se laisse toucher, transformer par elle pour produire son fruit, c’est-à-dire la sainteté de ceux qui adorent le Dieu véritable et servent leurs frères et sœurs dans la charité avec générosité. Dans ce beau pays qu’est la France, beaucoup se sont abreuvés à cette eau vive au fil des siècles et ont totalement consacré leur vie au bien : les premiers martyrs tels Blandine, Pothin, Irénée ; les saints fondateurs et fondatrices d’Ordre religieux, les saints évêques comme Martin, François de Sales ; les hommes et les femmes au cœur sensible aux besoins de leurs prochains comme Vincent de Paul, Frédéric Ozanam, Jeanne Jugan, et tant d’autres. Encore aujourd’hui, ils sont nombreux dans notre société, nos paroisses, nos différentes activités, ceux qui continuent à s’engager en faveur de la vie, de la famille, de la vérité, de la paix, de la fraternité, de la justice.

De cette belle ville de Paris, je prie avec ferveur pour que l’eau vive de l’Esprit Saint se répande sur toute la France. Je pense à vous, chères familles, qui, malgré les multiples difficultés que vous affrontez au quotidien, persévérez courageusement dans votre mission. Je vous remercie du fond du cœur pour tout le bien qui se réalise à travers vous : que Jésus soit toujours concrètement présent au milieu de vous. Je pense à vous chers jeunes, vous êtes l’Église d’aujourd’hui. Comme il est beau de voir votre enthousiasme, votre dynamisme, votre engagement et la joie au sein des communautés chrétiennes. Je pense également à vous, chers catéchumènes et néophytes qui entreprenez le chemin de la foi, de la conversion et de l’initiation chrétienne. Puissiez-vous témoigner à d’autres autour de vous du cheminement que vous vivez et les motiver à s’interroger à leur tour. Que le don de l’Esprit Saint fasse de vous des témoins vivants prêts à répandre autour de vous la civilisation de l’amour.

Frères et sœurs, tournons-nous vers la Mère de Dieu, Source de Salut, celle qui guide nos vies vers son Fils, Auteur de toute grâce. Par son “oui” libre et confiant, elle est devenue l’écrin, humble et voulu par Dieu, où l’amour du Père s’est incarné pour se donner au monde.

Invoquons-la avec confiance, afin que par son intercession, des sources d’eau vive jaillissent au sein du Peuple de Dieu et fassent partout fleurir en France des germes de foi, d’espérance et de charité.

Amen !

Texte officiel : vatican.va · © Dicastère pour la Communication – Libreria Editrice Vaticana

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Faire connaître et aimer Jésus-Christ

Lourdes · Dimanche 27 septembre · 11 min

La parole de l’Église a toute sa place dans le débat public en France ; elle possède, par nature, une autorité prophétique.

Éminence,
Excellences,

Je suis heureux de vous rencontrer, chers frères dans l’Épiscopat, en ce lieu béni du Ciel, à deux pas de la grotte où la Vierge Marie est apparue à sainte Bernadette, et où vous vous réunissez régulièrement pour vos Assemblées plénières. Vous manifestez clairement par ce choix votre volonté de mettre l’Église en France sous la protection de la Mère de Dieu, la Vierge Immaculée, pour la conduire plus sûrement selon la volonté du Seigneur. Il n’y a pas de meilleur moyen, en effet, pour aller à Jésus, que de passer par Marie. Tout en elle nous porte vers son Fils.

Vous perpétuez en cela l’héritage que vous avez reçu de vos pères dans la foi, aussi loin que remonte l’évangélisation de votre pays. Le culte de la Mère de Dieu s’y enracina si profondément que la France fut très tôt appelée le « Royaume de Marie » (Pie XI, Lett. Ap. Galliam, Ecclesiae filiam primogenitam, 2 mars 1922). Ce lien privilégié entre votre Nation et la Sainte Vierge s’exprima de manière singulière lorsque la France lui fut solennellement consacrée, le 10 février 1638, comme j’ai pu en voir avant-hier une belle représentation dans la Cathédrale Notre-Dame de Paris. Et mon Prédécesseur Pie XI, en référence à ce vœu, déclara Notre-Dame de l’Assomption Patronne de la France (cf. Ibid).

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Ce long cheminement de confiance et de tendresse avec Marie, marqué par tant de dévotions et de lieux qui portent son nom, tant de supplications exaucées – souvent dans les larmes –, de sanctuaires et de pèlerinages, de cathédrales, se poursuit contre vents et marées, et témoigne de la foi vivante du peuple de Dieu qui vous est confié. Face aux défis immenses de notre époque, je vous exhorte, chers frères, à faire preuve de courage, d’audace et de créativité missionnaires. Ne vous laissez pas décourager par les erreurs, les incohérences ou même les chutes qui ont jalonné l’histoire de ce peuple en marche. Ayez toujours le courage de reconnaître les fautes dans l’amour de la Vérité, et la détermination à panser les blessures avec la charité du Bon Pasteur qui connaît ses brebis et les appelle chacune par leur nom. Levez-vous donc avec espérance, et ne vous lassez par d’annoncer l’Évangile !

L’histoire de l’Église en France est riche, immensément riche. Elle est belle et féconde ; et il est important de s’y référer pour construire l’avenir de vos communautés, comme celui de votre pays. L’Église a assisté, contribué même, à la lente édification de votre Nation, elle fait largement partie aujourd’hui encore de sa culture, de son identité et de sa vocation pour le monde. C’est pourquoi la parole de l’Église a toute sa place dans le débat public en France ; elle possède, par nature, une autorité prophétique. Même si elle n’est pas toujours entendue, elle y est attendue. Même si elle n’est pas suivie, en particulier sur des questions essentielles qui touchent aux fondements de la civilisation, elle est nécessaire ; n’en doutez pas ! Je connais votre détermination et votre courage – vous l’avez bien montré lors des récents débats sur la fin de vie –, et je vous invite à la persévérance, avec toutes les personnes de bonne volonté qui défendent les mêmes valeurs.

Vous vivez actuellement sous un régime de laïcité bien particulier, issu d’une histoire mouvementée, aujourd’hui apaisée, mais qui doit permettre à l’Église d’accomplir sa mission. Que l’équilibre laborieusement obtenu soit peu à peu remis en cause, comme cela se produit ailleurs dans le monde occidental, ne doit pas vous résigner. Je vous invite à faire preuve de vigilance pour défendre la liberté et les droits de l’Église à évangéliser, à éduquer à la vraie liberté et à pratiquer publiquement le culte, afin que, de manière visible, la charité puisse être exercée au nom de Jésus-Christ.

Le Pape François vous écrivait à l’occasion de la réouverture de la cathédrale Notre-Dame de Paris : « J’invite tous les baptisés qui entreront avec joie dans cette Cathédrale à ressentir une légitime fierté, et à se réapproprier leur héritage de foi. […] Cette demeure, que notre Père du Ciel habite, est vôtre ; vous en êtes les pierres vivantes. Ceux qui vous ont précédés dans la foi l’ont édifiée pour vous » (Message à l’occasion de la réouverture de Notre-Dame de Paris, 21 novembre 2024). Encourager les baptisés à se “réapproprier leur héritage de foi” fait aujourd’hui partie de votre mission de pasteurs en vue d’un renouveau de l’Église en France.

Ce qui vous a été donné par le Seigneur, à vous catholiques de France, Fille aînée de l’Église, a en effet bien de quoi susciter l’action de grâce : cortège ininterrompu de sainteté jusqu’à nos jours ; fleurissement des arts, des lettres et des sciences sous l’impulsion de la foi et l’action de l’Esprit Saint ; mûrissement irréversible de la conscience de la valeur inaliénable de la personne humaine, de sa dignité et de la nécessité de protéger ses droits et libertés ; sans oublier ce formidable élan missionnaire qui a porté du fruit jusqu’aux extrémités du monde. Oui, Jésus vous a beaucoup donné… et Il veut, dans son amour, vous donner encore…

C’est pourquoi, en scrutant l’avenir, le Pape François ajoutait à ses paroles déjà citées : « Puisse la renaissance de cette admirable cathédrale Notre-Dame de Paris constituer un signe prophétique du renouveau de l’Église en France » (ibid.). Je crois moi aussi que les temps sont mûrs où beaucoup de nos contemporains attendent d’entendre résonner le message rempli d’espérance de l’Évangile et de voir briller à leurs yeux la lumière du Christ ressuscité. Le message de paix qui prend sa source en Jésus est d’autant plus attendu que l’on constate, en France comme ailleurs en Occident, une inquiétante polarisation, un recul de la fraternité, de la cordialité et de la qualité de la vie en société, ainsi qu’une recrudescence des violences, des inégalités et des pauvretés. Face à de tels défis, la désillusion et la désorientation succèdent aux promesses mensongères d’un monde dont Dieu serait absent, relégué à la vie privée, où le secours de sa grâce serait considéré comme inutile à la construction de la Cité. Or, Jésus a clairement averti ses disciples : « En dehors de Moi, vous ne pourrez rien faire ! » (Jn 15, 5).

La jeunesse en particulier nourrit de grandes aspirations. Inquiète du monde qui lui est laissé, soucieuse de l’avenir, elle est prête à œuvrer courageusement et avec générosité à tout ce qui est beau, vrai et bon. Montrez-lui la voie de l’Évangile, la seule direction sûre – quand bien même elle est exigeante –, qui a déjà porté tant de fruits sur cette terre de France. Nous avons évoqué hier à Paris le signe encourageant du catéchuménat qui touche majoritairement les jeunes adultes. C’est une grâce et une joie pour tout le peuple de Dieu. Il est important que vous preniez soin d’accompagner cette grâce en particulier par l’accueil, dans des communautés vivantes qui pratiquent la charité et vivent la solidarité ; et par un enseignement doctrinal solide enraciné dans la Parole de Dieu qui leur permette d’affronter les objections et les doutes.

Pour opérer ce renouveau de l’espérance, dans un nouvel élan missionnaire en France que j’appelle de mes vœux, il n’y a qu’une “feuille de route”, toujours la même : faire connaître et aimer Jésus-Christ, authentiquement, avec passion, encore et encore…

Dans le contexte actuel, vous êtes confrontés à certains défis majeurs. Celui de l’éducation est de première importance. Il est très louable que vos Assemblées approfondissent le sujet. L’éducation est une mission particulièrement vaste qui touche à de multiples secteurs de la vie. Je voudrais simplement évoquer celui de l’enseignement catholique, dont le “caractère propre” se trouve ces temps-ci remis en question. Il est heureux que les établissements d’enseignement catholique soient largement ouverts à ceux qui ne partagent pas notre foi. Cet accueil généreux et respectueux de la liberté de conscience de chacun est prometteur d’une grande fécondité pour tous, pour la société et pour l’Église elle-même. Pour autant, l’enseignement catholique ne peut, en aucune manière, renoncer à son projet éducatif, un projet centré sur le Christ qui vise le développement intégral de la personne humaine dans toutes ses dimensions : spirituelle, culturelle, intellectuelle, morale et sociale. Personne ne doit donc s’étonner des occasions offertes au sein de tout établissement catholique de rencontrer Jésus-Christ et d’entendre sa Parole. Moins encore, aucun élève ne devrait se trouver marginalisé dans sa classe, simplement parce qu’il croit en Jésus.

Ces dernières années, vous avez affronté avec détermination le douloureux fléau des abus sur des personnes mineures commis par des membres du clergé ou dans le contexte ecclésial. Vous avez pris de courageuses dispositions pour y répondre, à travers l’écoute, la recherche de la vérité, la justice, le pardon, la réparation et un engagement déterminé en faveur d’une culture de la prévention et de la protection contre ces crimes. Je vous remercie pour ce que vous avez fait, et je sais que certains moments ont été très difficiles pour votre Conférence. Il convient de poursuivre dans la voie engagée en maintenant la plus grande vigilance. En même temps, votre clergé a besoin d’être soutenu et encouragé ; je sais qu’il fait l’objet de votre sollicitude paternelle. Pour que naissent les vocations sacerdotales, le prêtre doit être attendu, reçu, aimé et son identité – configurée au Christ – doit être claire et bien comprise au sein du Peuple de Dieu, pour la joie de l’Évangile et le service de sa mission.

Il me tient à cœur de mentionner également le triste recul des vocations à la vie consacrée, en particulier dans la vie contemplative. J’ai appris avec douleur la fermeture, récente ou prochaine, d’anciennes et prestigieuses Communautés monastiques qui ont eu un grand rayonnement dans l’histoire. Engager sa vie à la suite de Jésus sur une voie aussi étroite suppose, outre l’œuvre de la grâce, une particulière générosité, un solide enracinement de la foi, une vie intérieure soutenue, une proximité privilégiée avec Lui.

De telles conditions se rencontrent le plus souvent dans les familles chrétiennes qui méritent la plus grande attention, et le plus grand soutien. L’approfondissement et l’enracinement de la vie de foi au sein des familles est certainement une clé qui permettra de résoudre bon nombre de crises que connaissent l’Église et nos sociétés. C’est au sein des familles, en effet, que s’apprennent la vie en commun, le respect de l’autre, l’acceptation de la diversité, le soutien réciproque, la générosité, la gratuité du don de soi et l’esprit de sacrifice. Peut-être est-ce là le défi majeur à relever : Que Jésus vive pleinement dans les familles catholiques de France et les illumine de sa présence !

À ces enjeux s’ajoute un autre défi qui peut susciter une certaine inquiétude pour l’avenir : celui de l’unité. À cet égard, permettez-moi de rappeler combien il est essentiel que les disciples de Jésus se retrouvent dans la charité comme Il l’a demandé à son Père : « Qu’ils soient Un pour que le monde croie que Tu m’as envoyé » (Jn 17, 21). L’Église en France est un petit troupeau qui doit rassembler ses forces pour la mission. Les divisions idéologiques rendraient vain son témoignage. Il y a toujours eu des tensions dans l’histoire de l’Église mais, quand elles se manifestent, c’est alors que nous pouvons apprécier mieux encore le don de l’unité. Celle-ci n’est pas une plate uniformité mais permet que toute sensibilité authentiquement catholique converge naturellement dans une profession de foi commune, moyennant l’obéissance aux pasteurs légitimes, et en particulier au Successeur de Pierre, « principe et fondement perpétuels et visibles d’unité de la foi et de communion » (LG, n. 18). Il s’agit d’une unité dynamique qui se nourrit de la Tradition de l’Église – des Pères jusqu’au Concile Vatican II –, et du Magistère postconciliaire. Par ailleurs, elle s’enrichit dans le dialogue réciproque, partant de la foi, selon un style synodal que nous cherchons à approfondir ces derniers temps.

Chers frères ! L’Église en France est précieuse au cœur du Pape ! Combien je voudrais vous transmettre les sentiments d’enthousiasme et d’espérance qui m’habitent lorsque je pense à vous ! Le Peuple de Dieu qui est en France – j’en suis sûr ! –, riche de communautés vivantes, fraternelles et ouvertes sur le monde, riche d’une jeunesse ardente et engagée dans de multiples initiatives, riche aussi d’un héritage qui le porte mais qui aussi l’oblige, poursuivra avec ardeur sa mission d’annoncer et de faire aimer Jésus-Christ, pour que le monde ait la vie.

En confiant votre Assemblée, vos Communautés diocésaines et votre pays à la protection maternelle de Notre-Dame de Lourdes, je vous donne avec joie la Bénédiction apostolique. Merci.

Texte officiel : vatican.va · © Dicastère pour la Communication – Libreria Editrice Vaticana

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Missionnaires de l’espérance

Lourdes · Dimanche 27 septembre · 7 min

Vous ne repartirez pas de Lourdes comme vous y êtes arrivés : vous repartirez en missionnaires de l’espérance !

Frères et sœurs, pèlerins venus de France et du monde entier, en vous regardant ce matin, réunis dans la maison de notre Mère, je vois le visage universel de l’Église. Certains de vous ont traversé des continents, surmonté des fatigues, apporté vos joies et vos fardeaux jusqu’à cette Grotte sacrée. Quel bonheur d’être ensemble, un seul cœur, une seule famille ! Un solo corazón, una sola famiglia !

Je tiens à saluer tout particulièrement les pèlerins venus de toutes les provinces et diocèses de France. Vous foulez aujourd’hui le sol de cette terre bénie qui a reçu tant de grâces. Que ce pèlerinage ravive la flamme de la foi dans vos foyers et dans vos paroisses. Portez le réconfort de Lourdes à vos voisins, à vos proches et à tout le peuple français.

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Les textes que la Liturgie nous propose en ce dimanche rejoignent un aspect central du message que la Vierge Marie est venue confier à sainte Bernadette : un appel, tendre et pressant, à la conversion. Jésus pose dans l’Évangile un regard de vérité et de profonde tristesse sur les cœurs fermés : « Vous ne vous êtes pas repentis ! » (Mt 21, 32). Pourquoi cette blessure dans le cœur du Christ ? Parce que Dieu ne veut pas la perte de ses enfants. Le prophète Ézéchiel nous le rappelle : « Tout homme qui commet le mal et meurt dans cet état, c’est à cause de son mal qu’il mourra » alors que s’il se convertit, s’il « ouvre les yeux et se détourne de ses crimes, c’est certain, il vivra, il ne mourra pas » (cf. Ez 18, 26.28). C’est pourquoi les appels à la pénitence résonnent sans cesse dans les Saintes Écritures, et traversent la prédication de l’Évangile au cours des siècles. Ils revêtent une gravité salutaire pour en manifester l’urgence et la nécessité : c’est aujourd’hui – pas demain – qu’il faut se convertir ; c’est aujourd’hui le moment favorable, le jour du salut (cf. 2 Co 6, 2). Oui, Dieu désire que l’homme vive, qu’il ouvre les yeux et retourne à Lui. Se convertir, c’est quitter les chemins de l’errance pour s’engager sur la voie de la vie, en ouvrant notre cœur à la seule joie qui ne passe pas.

Jésus lui-même ne mâche pas ses mots lorsqu’Il exhorte à la pénitence, comme nous le rapporte, par exemple, saint Luc : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous » (13, 5). Mais Il élargit l’horizon de la vie terrestre à celui de la vie éternelle. Alors que le bonheur ici-bas est une réalité éphémère, relative, parfois hélas inaccessible pour certains, le bonheur véritable est en revanche promis à tous, en espérance ; et il devrait faire l’objet principal de notre recherche, de nos efforts et de nos choix. La Vierge Marie n’a-t-elle pas dit à sainte Bernadette : « Je ne te promets pas d’être heureuse en ce monde mais dans l’autre » ?

Cette promesse, proclamée ici-même, résonne avec une force particulière en cette terre de France et bouscule nos mentalités contemporaines. Dans ce moment de l’histoire, au sein d’une société en quête de progrès et de bien-être matériel, mais parfois tentée d’oublier l’horizon de l’éternité, Marie vient nous rappeler la grandeur et l’ampleur de notre vocation à la vie, à la vie éternelle. Face aux courants actuels qui cherchent à redéfinir la valeur de la vie humaine devant la maladie, la souffrance ou la vieillesse, la Grotte de Massabielle se dresse comme un sanctuaire de l’espérance chrétienne. Ici, aucune fragilité n’est rejetée. Vos béquilles, vos fauteuils roulants, vos larmes cachées ne sont pas des obstacles : ils sont le lieu par excellence où vous êtes pleinement respectés, accueillis et transformés par l’amour infini de Dieu. Lourdes est le lieu béni d’une profession de foi en la beauté et la sacralité de la vie, car elle y est accueillie comme un don précieux de Dieu, appelé à s’épanouir pour l’éternité dans l’amour du Père.

« Je te promets » ! Oui, la vie éternelle est une promesse solide, certaine, que le Seigneur nous fait. Il nous l’a déjà obtenue par sa mort sur la croix et sa résurrection, et il la réalise déjà chaque jour en nous par la grâce du baptême. Elle est à notre portée, mais il nous appartient de l’accueillir librement, de la saisir, de ne pas y faire obstacle ; or l’obstacle à la grâce et à la vie éternelle, le seul obstacle, c’est le péché, le repli sur soi, ce refus de Dieu qui nous enferme dans nos obscurités! Notre responsabilité personnelle est donc en jeu, et elle est grande ! Dieu nous a voulu libres, car la liberté est une condition de l’amour ; on ne peut pas aimer par contrainte. Cette liberté qui nous est donnée, nous devons l’engager dans un “oui” au Christ, avec le secours de sa grâce, et à la suite de Marie ; un “oui” sans cesse renouvelé, et cela jusqu’à notre dernier souffle : “maintenant et à l’heure de notre mort…” disons-nous dans le “Je vous salue Marie”.

On retrouve cet appel insistant à la conversion dans les paroles que Marie prononça ici-même : « Pénitence ! Pénitence ! Pénitence ! ». Elle répète le mot trois fois… ! et invite Bernadette à en accomplir certains gestes ! Pourquoi donc ? Serions-nous lents à comprendre ? Nous estimons-nous trop facilement sans péché ? Ne la pratiquons-nous pas assez ? La Vierge nous demande de faire pénitence, non seulement pour nous-mêmes qui en avons besoin, mais aussi « pour les pécheurs », pour un monde qui va mal. Comment nos cœurs ne seraient-ils pas interpellés face aux conflits de plus en plus répandus, qui détruisent tant de vies innocentes. Or le mal que connaît notre époque vient du cœur de l’homme, Dieu n’en n’est pas responsable : « Ce n’est pas ma conduite qui n’est pas bonne – dit-il aux fils d’Israël –, c’est la vôtre » (Ez 18, 25). C’est donc le cœur des hommes qu’il faut changer, à commencer par le nôtre.

La pénitence est une œuvre suscitée par l’amour en solidarité avec le genre humain : amour pour Dieu dont on veut réparer la blessure de son Cœur causée par nos péchés ; amour pour tous nos frères les hommes qui n’entendent pas cet appel à la conversion et que leurs fautes entraînent vers la mort. Cette exigence de conversion engage l’Église elle-même dans son pèlerinage terrestre. Elle doit avoir le courage de vivre cette conversion en premier lieu. Pour guérir des blessures profondes, des infidélités et des égarements douloureux commis en son sein, nous devons nous tenir humblement sous le regard purificateur du Seigneur. Reconnaître nos propres fautes est indispensable à notre progression spirituelle, comme l’écrivait Saint Augustin : « Que te déplaise toujours ce que tu es, si tu veux atteindre ce que tu n’es pas » (Disc. 169, 15.18)

Le rappel de notre Mère à notre devoir de prière et de conversion nous remplit d’une grande espérance, car elle nous indique le moyen pour changer le cours des choses, moyen qui n’est autre que celui de nous associer à la passion du Christ. Chers malades qui connaissez la souffrance, si nombreux à Lourdes, il vous est possible de vivre vos peines et vos douleurs dans cet esprit d’offrande, pour entrer dans cette démarche rédemptrice dont le monde a tant besoin. En ce sens vous êtes vraiment au cœur de l’Église, et votre rôle est irremplaçable.

Pèlerins, frères et sœurs, vous ne repartirez pas de Lourdes comme vous y êtes arrivés : vous repartirez en missionnaires de l’espérance ! Tel est le miracle de ce lieu : susciter la joie de l’espérance au cœur même de l’épreuve et de la peine. La Vierge Marie guérit nos regards et transfigure nos cœurs en leur donnant la paix. Devenez dans vos pays, vos diocèses et vos familles, les témoins actifs de cette force et de cette tendresse divines qui nous permettent de continuer la route et d’atteindre le but. Portés par la prière des malades et l’amour de notre Mère, marchez avec confiance vers l’avenir. Ne craignez pas les tempêtes du monde : la sainte Mère de Dieu veille sur notre marche, elle enveloppe l’Église de son manteau de tendresse ; Étoile radieuse du matin, elle guide nos pas pour nous enfanter, dans la joie, à la vie même de son Fils Jésus.

Amen.

Texte officiel : vatican.va · © Dicastère pour la Communication – Libreria Editrice Vaticana

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Serviteurs passionnés de la vie

Lourdes · Dimanche 27 septembre · 5 min

Vous n’êtes pas un poids, vous êtes le cœur battant de notre humanité.

Chers frères et sœurs,
Chers amis malades,

c’est une grande joie pour moi de passer ce temps avec vous, ici à Lourdes où, depuis plus de cent cinquante ans, des pèlerins du monde entier viennent confier à Jésus par Marie leurs souffrances, physiques, psychologiques ou spirituelles. Ici, la fragilité n’est pas cachée, elle devient le lieu d’une rencontre sacrée.

Cette année, le thème du Sanctuaire reprend la salutation de l’ange Gabriel à Marie : « Je te salue, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi » (Lc 1, 28). Il met en lumière cet admirable échange entre deux regards, celui du messager du Seigneur et celui de Marie. Dans ce face-à-face, l’humilité et la générosité d’une jeune fille permet à Dieu d’accomplir son œuvre de salut. Marie ne garde pas le Seigneur pour elle, mais l’offre au monde en disant à chacun de nous : « Le Seigneur est avec toi ». Cette vérité fonde notre dignité de personne. Et ici, Marie regarde chacun de nous comme une personne unique, ainsi qu’en témoigne sainte Bernadette lors des apparitions de la grotte. Ce regard maternel nous redit que personne n’est invisible aux yeux de Dieu.

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À l’heure où certaines sociétés tendent à détourner leurs regards et à fermer les yeux sur la dignité de la vie humaine, « il est urgent d’entretenir en nous et chez les autres, un regard contemplatif. […] C’est le regard de celui qui voit la vie dans sa profondeur, en saisit les dimensions de gratuité, de beauté, d’appel à la liberté et à la responsabilité. C’est le regard de celui qui ne prétend pas se faire le maître de la réalité, mais qui l’accueille comme un don, découvrant en toute chose le reflet du Créateur et en toute personne son image vivante (cf. Gn 1, 27; Ps 8, 6). Ce regard […] est disposé à percevoir dans le visage de toute personne une invitation à la rencontre, au dialogue, à la solidarité », pour que le monde ait la vie (S. Jean Paul II, Lett. enc. Evangelium Vitae, n. 83).

Dans le dialogue de l’Annonciation, alors que le Seigneur pose sur elle son regard, Marie découvre qu’elle est l’élue de Dieu. Mais au cœur de cette rencontre, c’est chacun de nous qui se découvre personnellement appelé et profondément destiné à l’amour de Dieu qui est source de vie. La personne humaine est digne, par le simple fait qu’elle existe et a pour fin l’éternité. Sa dignité ne se mesure pas et ne se discute pas.

Je sais que pour certains d’entre vous, en raison de pathologies particulières et de douleurs parfois terribles, l’horizon peut apparaître sombre, incertain, sans issue. Mais aucune loi humaine ne doit vous faire perdre la certitude de votre dignité. Au contraire, c’est au nom de cette dignité inaliénable de la personne humaine que la tentation de donner la mort sous couvert de fausse compassion doit être fermement rejetée. Il est impossible de considérer comme normal de donner la mort. Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral.

Ici, à Lourdes, cité des malades et de l’espérance, j’appelle toute la communauté des soignants à se souvenir du sens profond de sa vocation : veiller sur la personne souffrante et non pas la supprimer. Oui chers amis, soyez des serviteurs passionnés de la vie ! Personne n’a le droit, jamais, « sur la base d’algorithmes de laboratoire, de décider de la vie de tel embryon ou de telle personne âgée ! Jamais la médecine ne pourra se faire la servante de la mort programmée ! » (Discours aux membres de la Fondation Jérôme Lejeune, 22 juin 2026).

En ce sens, je vous invite d’une part à développer sans relâche les structures de soins palliatifs et de recherche ; d’autre part à accompagner avec tendresse les malades, comme ici à Lourdes où médecins, infirmiers, brancardiers, aumôniers, équipes pastorales des malades, et tant d’autres encore exercent leur vocation au service de la dignité de la personne humaine, pour que le monde ait la vie. En soignant les corps, vous pansez aussi les âmes.

À vous chers membres des hospitalités, mais aussi à vous personnels de santé qui vous dévouez au service de vos frères et sœurs j’exprime toute ma gratitude.

Chers frères et sœurs malades, je tiens à vous dire : vous n’êtes pas un poids, vous êtes le cœur battant de notre humanité et un trésor précieux pour l’Église. Je porte dans la prière les épreuves que vous traversez. Ma pensée rejoint tous ceux qui ne peuvent être là et qui, de leur domicile ou de leur chambre d’hôpital, sont unis à notre rencontre. Je vous confie tous à l’amour maternel de la Mère du Seigneur, en lui demandant de vous obtenir les consolations de son Fils Jésus. Que Dieu vous bénisse et vous protège !

Salutation à l’intérieur de l’Accueil Notre-Dame

Je suis heureux d’avoir l’occasion de vous rencontrer, chers amis et associations, qui œuvrez à l’accueil des personnes en situation de précarité ou de fragilité. Certaines de ces personnes sont parmi nous. Je vous salue tous chaleureusement : ce Livre de vie est un beau cadeau que vous me faites ! La vie est belle et précieuse, ne vous découragez pas : Notre Dame de Lourdes vous tient par la main.

Je vous remercie, chers amis, de participer à la vie de ce sanctuaire, dont la caractéristique unique est d’accueillir chaque année des milliers de personnes éprouvées, en quête de guérison. Beaucoup d’entre elles repartent le cœur en paix, transfigurées par la grâce, prêtes à continuer la route. Vous êtes les instruments que Dieu utilise pour opérer ce renouvellement de l’espérance. Le premier miracle de Lourdes n’est-il pas, pour elles, de vous avoir rencontrés, avoir fait l’expérience de votre générosité, de votre dévouement, de votre proximité ? Le témoignage de foi et d’amour que vous leur donnez est irremplaçable dans leur parcours spirituel, et je vous en remercie.

Je suis sûr que, vous-mêmes, repartez de Lourdes différents après avoir accompli votre service. Je vous invite à partager et à proposer autour de vous cette expérience unique, notamment aux jeunes, pour leur faire découvrir la joie du don de soi et du service au nom de Jésus.

Encore merci pour votre accueil chaleureux. Je vous confie tous à l’intercession de la Vierge Marie que nous pouvons prier avec confiance :

Je vous salue Marie…

Je vous donne la Bénédiction apostolique…

Texte officiel : vatican.va · © Dicastère pour la Communication – Libreria Editrice Vaticana

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Pèlerin parmi les pèlerins

Lourdes · Dimanche 27 septembre · 4 min

Ô Vierge Immaculée, que cette lumière que nous tenons ce soir ne s’éteigne jamais dans nos vies […] nous ouvrant dès aujourd’hui aux promesses de la vie éternelle.

Nous sommes rassemblés ce soir pour répondre à la demande que Notre-Dame adressa aux prêtres par l’intermédiaire de sainte Bernadette : « Que l’on vienne ici en procession ». Combien il est émouvant de voir le peuple fidèle, de génération en génération, répondre avec amour et confiance à la tendre invitation de la Vierge Marie. Combien il est consolant d’entendre les chrétiens chanter des cantiques remplis de ferveur et de foi, et marcher, une lumière à la main, vers leur Mère du Ciel, la Mère que Jésus nous a donnée sur la Croix. Je rends grâce au Seigneur de pouvoir, à mon tour, répondre ce soir à l’appel de notre Mère en me faisant pèlerin parmi les pèlerins.

Cette lumière qui nous guide et nous attire, c’est celle de l’espérance qui ne nous quitte jamais alors même que nous pérégrinons en cette vie, souvent traversée d’épreuves mais déjà habitée de la joie de se savoir enfants de Dieu, aimés et sauvés par Jésus. Les personnes malades sont les témoins privilégiés de cette transfiguration de l’existence par la foi, et par l’amour de Dieu et du prochain. Il faut venir ici faire cette procession avec vous, chers malades, pour en ressentir toute la réalité. Comme le disait le Pape Pie XII, « Jamais, en un lieu de la terre, on n’a vu pareil cortège de souffrances ; jamais pareil rayonnement de paix, de sérénité et de joie » (Lett. enc. Le pèlerinage de Lourdes ; 2 juillet 1957).

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Et si un tel miracle est possible ­– celui de susciter la sérénité et la joie dans l’épreuve – c’est parce que Dieu nous donne la grâce de percevoir la présence du Christ ressuscité parmi nous. Il nous donne de porter le regard vers un avenir plus lointain, au-delà de notre horizon terrestre, un avenir de bonheur infini en Dieu, que nous sommes assurés d’atteindre si nous tenons fermes dans la foi et la charité. Pour cela, saint Paul nous encourage : « Il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui sera révélée en nous » (Rm 8, 18). Gardez sans cesse en mémoire ces paroles en or, chers malades : Il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui sera révélée en nous.

Nous sommes donc appelés à persévérer dans notre marche, encore et encore, tant que nous sont accordés les jours de notre vie en ce monde, où Marie nous précède. Et nous accourrons avec confiance vers Elle, dont la Conception sans péché resplendit comme un phare dans la nuit. « Elle est le signe de la victoire de l’amour, du bien et de Dieu, donnant à notre monde l’espérance dont il a besoin. Ce soir, tournons notre regard vers Marie, si glorieuse et si humaine, et laissons-la nous conduire vers Dieu qui est vainqueur » (Benoît XVI, Discours lors de la Procession aux flambeaux, 13 septembre 2008).

« Je suis l’Immaculée Conception » ! C’est bien de cette manière que Marie s’est désignée ici-même, dans la plus grande humilité, mais reconnaissante à Dieu pour le privilège absolument unique dont elle a eu la faveur et qui représente pour nous l’aurore du salut. Jésus a voulu, par les mérites de sa Passion et de sa Résurrection, préserver sa Mère de toute trace de la faute originelle ; Il en a fait une nouvelle Ève sur qui le démon n’aura jamais aucune prise, et à partir de qui tout recommence, tout redevient possible, pour le monde comme pour chacun de nous.

Voilà pourquoi son soutien et son intercession ne sont pas accessoires au chrétien qui veut accueillir la grâce de la Rédemption obtenue par le sang de Jésus, et lutter contre le mal. Elle est l’étoile de la mer – Stella maris – qui nous secourt dans les tribulations comme l’a si bien exprimé saint Bernard : « Ô toi qui te sens, loin de la terre ferme, emporté sur les flots de ce monde au milieu des orages et des tempêtes, ne quitte pas des yeux la lumière de cet astre si tu ne veux pas sombrer. […] Si tu la suis, tu ne dévies pas ; si tu la pries, tu ne désespères pas ; si tu la consultes, tu ne te trompes pas. Si elle te protège, tu ne crains rien. Si elle te conduit, tu ne te fatigues pas. Si elle t’est favorable, tu parviens au but ». (Saint Bernard, Deuxième homélie Super Missus est, n. 17).

Alors, chers frères et sœurs, pèlerins et malades, qui êtes venus de France comme du monde entier faire cette procession de lumière, fervente et sereine, portons nos intentions les plus chères et les plus pressantes, et présentons-les à Notre-Dame. En la contemplant dans son Immaculée Conception, une joie et une invincible espérance montent dans nos cœurs : car, revêtue du soleil, la lune sous les pieds et couronnée d’étoiles, elle est glorieuse, elle est puissante ; et, en même temps, elle est humble, toute proche de nous. Elle est la mère de Jésus, elle est notre mère.

Ô Vierge Immaculée, que cette lumière que nous tenons ce soir ne s’éteigne jamais dans nos vies, mais qu’elle illumine l’avenir, nous ouvrant dès aujourd’hui aux promesses de la vie éternelle.

Texte officiel : vatican.va · © Dicastère pour la Communication – Libreria Editrice Vaticana

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Dialoguer ne diminue pas notre identité

Metz · Lundi 28 septembre · 3 min

La grandeur d’une civilisation ne se mesure pas à ses réussites matérielles, mais à la manière dont elle entoure, protège et élève la personne humaine.

Chers frères et sœurs,
chers amis représentants des différentes traditions religieuses,

c’est avec une joie profonde, mais aussi avec un vif sentiment de responsabilité spirituelle, que je me tiens parmi vous aujourd’hui, à Metz, ville de frontières et de passages, au Centre des Congrès qui porte le nom de Robert Schuman, l’un des pères fondateurs de l’Union Européenne. Cet homme de foi et de convictions sut transformer les anciennes lignes de fracture en ponts d’espérance pour toute l’Europe, et il devint un véritable ambassadeur de l’unité dans la diversité. À son exemple, notre responsabilité commune de femmes et d’hommes religieux est de témoigner que, au-delà des frontières, il est toujours possible de se rencontrer, d’établir l’amitié et de bâtir la paix.

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Dialoguer ne diminue pas notre identité mais l’exprime avec simplicité et vérité en nous ouvrant à la différence de l’autre. Comme le disait mon prédécesseur, le Pape François : « Le dialogue entre personnes de religions différentes ne se réalise pas par simple diplomatie, amabilité ou tolérance… II s’agit d’établir l’amitié, la paix » (Lett. Enc. Fratelli tutti, n. 271). Avant lui, le saint Pape Jean-Paul II considérait le dialogue comme une exigence intrinsèque de la nature même de l’homme (cf. Message pour la Journée Mondiale de la Paix, 1er janvier 2001, n. 10). Il est, selon Paul Ricœur, le chemin par lequel nous reconnaissons l’altérité comme une promesse et non comme une menace ; il est un art de la rencontre dont notre monde a grand besoin, aux antipodes de l’agressivité et de la violence.

En effet, invoquer le nom de Dieu pour légitimer la violence ou l’oppression est une profanation de ce nom. Rien de ce qui défigure la dignité humaine ne peut se réclamer d’une authentique inspiration divine. Le discours religieux doit appeler constamment à désarmer les cœurs et les mots. Cela engage la responsabilité directe de chacun de nous, en tant que gardiens de nos traditions respectives.

Par ailleurs, si la fécondité des traditions religieuses se manifeste avant tout dans leur service de la paix et de la fraternité, elle s’exprime également dans leur capacité à protéger, à accompagner et à servir la vie. La grandeur d’une civilisation ne se mesure pas à ses réussites matérielles, mais à la manière dont elle entoure, protège et élève la personne humaine. Les religions sont gardiennes de la vie : elles en affirment la valeur sacrée. Leur fécondité se démontre dans leur présence aimante auprès des personnes les plus vulnérables et les plus fragiles. Servir la vie, c’est l’entourer de soins, de présence et de tendresse, surtout dans l’épreuve, jusqu’au bout. À nous qui sommes ouverts à la transcendance, notre mission est d’offrir des repères solides, en particulier aux jeunes, pour construire une communion qui respecte et valorise la dignité de toute personne humaine.

Chers amis, « l’Église considère comme compagnons de route tous ceux qui cherchent sincèrement la vérité, la bonté, la beauté » (Lett. Enc. Magnifica Humanitas, n. 23). Je vous remercie une fois encore pour votre proximité et votre présence. Que la bonté infinie de Dieu et sa sagesse nous accompagnent et nous apprennent à vivre toujours davantage comme ses enfants, et comme des frères et sœurs les uns pour les autres. Puissions-nous être, là où nous vivons, des artisans de paix et des témoins d’une espérance qui ne cesse de grandir dans notre monde.

Que Dieu vous bénisse !

Texte officiel : vatican.va · © Dicastère pour la Communication – Libreria Editrice Vaticana

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Soyez des bâtisseurs de communautés

Metz · Lundi 28 septembre · 12 min

Aimez la vie à chaque instant, et n’ayez pas peur de l’avenir !

Monsieur le Président,
Monsieur le Cardinal,
Distinguées Autorités civiles et religieuses,
Mesdames et Messieurs,

je suis très heureux de me trouver ici, dans cette ville historique, carrefour au cœur du continent, pour une rencontre au titre évocateur : Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité. Je vous remercie pour les aimables paroles qui viennent de m’être adressées.

Le titre proposé s’inspire sans aucun doute de la figure du Vénérable Robert Schuman, auquel nous souhaitons aujourd’hui rendre un hommage particulier dans ce centre qui porte son nom, et surtout ici, en Moselle où il a longtemps vécu, où il repose et dont il a longtemps été le représentant à l’Assemblée Nationale. C’est de cette région avec ses tribulations, au XIXe et au XXe siècle, qu’il a puisé l’inspiration pour contribuer à façonner l’Europe d’aujourd’hui et de demain, à travers sa très célèbre Déclaration du 9 mai 1950. Celle-ci est à la fois point de départ et d’arrivée de son engagement pour la réconciliation et l’unité du continent européen, qui a marqué toute sa vie.

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Nous voulons entreprendre aujourd’hui, par la pensée, un voyage qui commence aux racines de l’Europe, pour aboutir à son présent, et se tourner vers l’avenir. Et nous nous demandons de quelle manière Robert Schuman a été façonné par l’histoire de cette terre, dont il était le fils, et comment il a fondamentalement contribué à façonner l’Europe moderne, au point d’en être considéré comme un “Père fondateur”.

Il est toujours difficile de donner une définition de l’Europe, tant pour le présent que pour le passé. L’Europe a progressivement pris conscience d’elle-même dans les périodes historiques de la civilisation hellénistique, de l’Empire romain, puis de la diffusion du christianisme, en intégrant, au fil du temps, de nouvelles cultures telles que, entre autres, les cultures germaniques et slaves ; jusqu’à englober des régions de plus en plus vastes.

L’Europe se comprend donc comme une réalité culturelle et historique avant même d’être une réalité géographique. Au fil des siècles, elle a pris de nouveaux contours et de nouvelles définitions, passant par des périodes de croissance, des crises profondes, et de nouvelles renaissances. Une constante, que l’on peut discerner dans son long et tumultueux parcours historique, réside dans le fait que l’Europe s’est épanouie et a progressé lorsqu’elle a su tirer parti des aspects positifs de son passé, et les re-proposer sous des formes nouvelles et créatives grâce à la rencontre avec l’autre. La civilisation européenne est, en effet, également le fruit de rencontres séculaires, même si celles-ci n’ont pas toujours été faciles. Il suffit de penser à la présence de la culture arabe dans la péninsule ibérique, ou à la projection du “Vieux Continent” dans le “Nouveau monde”, ce qui généra, parfois douloureusement, de nouvelles synthèses sur le continent américain.

Mais pour comprendre cette longue histoire, on ne peut passer sous silence un autre Père de l’Europe : saint Benoît, que le saint Pape Paul VI a proclamé son Patron en 1964 [mille neuf cent soixante quatre], le qualifiant de « messager de paix, artisan de l’union, maître de civilisation ». [1] L’aide aux pauvres, aux malades, aux personnes âgées ; l’éducation des enfants et les universités ; les hôpitaux et la médecine ; l’architecture et l’ingénierie ; le développement des sciences ; le droit et l’organisation des villes et des États eux-mêmes : tant de choses, en Europe, ont été profondément influencées par saint Benoît et ses moines ! Sans ce terreau monastique, la civilisation européenne, telle que nous la connaissons, n’existerait pas. Ici, à Metz, grâce à l’œuvre, entre autres, de saint Chrodegang, se respira un esprit bénédictin de fraternité, de communion et de partage. C’est d’ici que le chant grégorien s’est répandu dans les territoires carolingiens, apportant harmonie et beauté à tout le continent.

On ne peut donc pas parler de l’Europe sans évoquer le christianisme. Robert Schuman en était lui-même conscient lorsqu’il affirmait : « Le christianisme a enseigné l’égalité de nature de tous les hommes, fils d’un même Dieu, rachetés par le même Christ, sans distinction de race, de couleur, de classe ou de profession. Il a fait reconnaître la dignité du travail et l’obligation pour tous de s’y soumettre. Il a reconnu la primauté des valeurs intérieures qui, seules, ennoblissent l’homme. La loi universelle de l’amour et de la charité a fait de tout homme notre prochain, et c’est sur elle que reposent depuis lors les relations sociales dans le monde chrétien ». [2]

Un autre Père fondateur de l’Europe contemporaine, Alcide De Gasperi, lui fait écho en mettant l’accent sur « l’héritage européen commun », [3] c’est-à-dire « cette morale unitaire qui exalte la figure et la responsabilité de la personne humaine, avec son élan de fraternité évangélique, son respect du droit hérité des anciens, son culte de la beauté affiné au fil des siècles, et sa volonté de vérité et de justice aiguisée par une expérience millénaire ». [4]

Loin d’être un critère confessionnel exclusif, [5] la référence à la dette de la culture européenne envers le christianisme permet de mieux comprendre combien l’ouverture au transcendent est toujours une dimension constitutive de la personne humaine et une source vivante de civilisation.

À cet égard, l’article 17 du Traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne revêt une grande importance. Il encourage « un dialogue ouvert, transparent et régulier avec les églises », tout « en respectant et ne préjugeant pas du statut dont elles bénéficient » dans les États membres. La laïcité qui régit la vie des États n’implique pas seulement le caractère non confessionnel des institutions civiles, mais suppose une véritable collaboration entre les parties prenantes, ainsi que le respect, par les autorités étatiques et communautaires, de l’autonomie des Églises et la promotion de leur liberté d’organisation, d’expression et de culte.

Il s’agit de remonter à la source des valeurs qui constituent le fondement de la coexistence civile, à savoir « les valeurs universelles que constituent les droits inviolables et inaliénables de la personne humaine, ainsi que la liberté, la démocratie, l’égalité et l’État de droit » (Traité sur l’Union Européenne, Préambule).

Dans le contexte multiculturel d’aujourd’hui, l’affirmation de l’universalité de ces valeurs, essentielle pour sa survie, passe à la fois par une redécouverte de ses racines et par l’ouverture au dialogue avec l’autre.

Il s’agit d’une nécessité sociale et politique pour redécouvrir la place centrale de la personne humaine et donner une consistance réelle à des mots tels que liberté, démocratie, paix et unité. À cette fin, se révèle précieuse l’invitation du Pape François à apprécier la complexité de la réalité européenne dans toute la richesse de ses traditions et de ses sensibilités, en relevant « le défi d’une harmonie constructive, libérée d’hégémonies ». [6]

Ce double mouvement, de ressourcement et de dialogue, permettra également de retrouver un juste équilibre entre les droits eux-mêmes, ainsi qu’entre les droits et les devoirs, car – comme le rappelait toujours le Pape François – « au concept de droit, celui – aussi essentiel et complémentaire – de devoir, ne semble plus associé, de sorte qu’on finit par affirmer les droits individuels sans tenir compte que tout être humain est lié à un contexte social dans lequel ses droits et devoirs sont connexes à ceux des autres et au bien commun de la société elle-même ». [7]

L’Europe contemporaine, en effet, se trouve face à une nouvelle étape de sa longue histoire de rencontres, avec l’arrivée sur le continent de nombre d’hommes et de femmes fuyants les théâtres de guerre et de persécution, ou en recherche d’une vie meilleure loin de la pauvreté et de la misère.

Comme je l’ai dit lors de ma récente visite aux iles Canaries, en Espagne : « La dignité humaine exige des voies légales et sûres, le secours et l’assistance, la coopération réelle contre les trafiquants, la protection effective des victimes, des processus sérieux d’accueil et d’intégration, et des politiques qui permettent à chaque personne de vivre dignement sur sa propre terre » (Rencontre avec les structures d’accueil des migrants).

Mais tout cela ne serait pas encore suffisant : accueillir une personne, c’est l’intégrer comme dans sa propre famille, en lui offrant la possibilité de développer ses talents, ses capacités et sa sensibilité, mais aussi d’entrer dans l’esprit de la maison. Il faut saisir la portée historique de ce qui est en train de se passer, c’est-à-dire une rencontre inédite entre peuples et cultures qui appelle à la redécouverte créative de nos racines et, en même temps, à une écoute attentive de l’autre. L’universalité des valeurs fondatrices de l’Europe nous assure que ce dialogue est possible, et qu’il pourra donner un fondement solide à nos sociétés, permettant d’œuvrer plus efficacement pour la paix et pour un monde réconcilié.

C’est précisément cette lucidité qui inspira des hommes comme Schuman pour surmonter l’opposition entre identités culturelles et pour donner naissance aux institutions européennes, au terme de l’immense tragédie de la Seconde Guerre mondiale qui avait mis en évidence combien le mal commis par l’homme est grand lorsqu’il estime ne rencontrer aucun obstacle à l’exercice de son pouvoir.

Robert Schuman, qui a connu des frontières en constante évolution, a contribué à jeter les bases d’une Europe consciente de l’urgence d’abattre les murs qui la déchiraient. Sa formation chrétienne lui a inculqué la valeur de l’égalité, sans distinction de race ou de classe sociale, et lui a enseigné la dignité du travail. La succession de différentes souverainetés nationales lui a inculqué l’importance du droit international et la valeur de la parole donnée. Ayant grandi dans un contexte où l’orgueil et l’esprit de revanche semblaient prévaloir, Schuman s’est engagé en faveur de la paix et de la fraternité entre les peuples qui, après s’être longtemps affrontés, reconnaissaient enfin qu’ils avaient besoin les uns des autres.

Quels sont donc les enseignements de Robert Schuman à l’Europe et au monde d’aujourd’hui ? Tout d’abord, un profond désir de paix. Aujourd’hui, malheureusement, la guerre a refait surface, même en Europe : un nouveau « massacre inutile », [8] qui fait chaque jour d’innombrables victimes civiles. Et aujourd’hui encore, comme en 1950 [mille neuf cent cinquante], les paroles contenues dans la Déclaration Schuman restent d’actualité : « La contribution qu’une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien de relations pacifiques ». [9] Il est nécessaire de s’engager dans un dialogue patient, de faire preuve de courage dans la négociation et d’être prêt à sacrifier certaines positions pour le bien supérieur de la paix.

Certes, la recherche de la paix en Europe, tout comme dans le monde entier, ne doit pas être confondue avec un irénisme naïf. Au contraire, les paroles de Schuman sont plus que jamais d’actualité : « La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent ». [10] Il faut toutefois se garder de l’illusion du réarmement. « Ce n’est pas un hasard si les appels répétés à l’augmentation des dépenses militaires et les choix qui en découlent sont présentés par de nombreux gouvernants avec la justification du danger représenté par les autres » ( Message pour la 59e Journée Mondiale de la Paix, 1 er janvier 2026). Favoriser la paix est une œuvre active. Aujourd’hui, il faut se demander si nous déployons réellement des “efforts créatifs” pour favoriser la paix mondiale, ou si nous cherchons simplement à “endiguer l’hémorragie de la guerre” et à mieux nous préparer à celles que nous supposons devoir encore venir.

L’Europe selon Schuman est un continent où l’on préfère dialoguer plutôt que s’affronter par les armes ; où l’on met en commun les ressources pour faire en sorte que « toute guerre […] devienne non seulement impensable, mais matériellement impossible ». [11]

L’Europe selon Schuman repose sur le respect du droit international qui, contrairement aux droits nationaux, ne peut être imposé de force par un État, mais repose sur le principe universellement reconnu selon lequel pacta sunt servanda. Ce principe est précieusement conservé par la législation particulière de cette région, qui couvre aussi les relations entre l’État et l’Église catholique sur la base du Concordat de 1801 entre le Saint-Siège et la France, toujours en vigueur.

Le droit international et le multilatéralisme soulignent l’égalité effective des États dans leurs relations mutuelles et constituent le meilleur antidote à la volonté de domination, qui est à l’origine de tout conflit. Aujourd’hui, les relations humaines, et entre les États, sont de plus en plus barbares. La valeur de la parole donnée est méprisée ; on se vante plutôt du mensonge et de la tromperie. L’Europe peut mettre fin à cette spirale grâce au respect de l’autre qu’elle a su cultiver et préserver, puisqu’elle a largement démontré au cours des quatre-vingts dernières années qu’il est possible de faire valoir des opinions, des revendications et des intérêts divergents, en se rencontrant plutôt qu’en s’affrontant.

Schuman nous rappelle qu’il faut toujours faire preuve de réalisme et de courage : « L’Europe – affirmait-il – ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait ». [12] Il ne faut jamais perdre confiance en notre capacité à progresser, même si les pas franchis sont parfois petits et presque imperceptibles. La prétention moderne d’“avoir tout, tout de suite” ne correspond pas à l’histoire et la culture européennes qui, au contraire, enseignent la valeur du temps et de la patience. C’est par de petits pas que l’on peut donner vie à cette solidarité effective qui implique que personne ne se sente abandonné ou oublié.

En vous livrant ces réflexions, je pense avant tout aux jeunes, appelés à construire l’Europe d’aujourd’hui et de demain. Comme le faisait déjà remarquer Schuman : « Que cette idée d’une Europe réconciliée, unie et forte soit désormais le mot d’ordre pour les jeunes générations, désireuses de servir une humanité enfin affranchie de la haine et de la peur, qui réapprend, après de trop longs déchirements, la fraternité chrétienne ». [13]

Aux jeunes, je dis : ayez le courage de vivre de manière responsable la mission de construire la paix, dans votre cœur, dans vos relations, au sein de votre famille, dans les écoles et les universités, dans la vie de vos villes, de vos pays et de toute l’Europe.

Ne vous soumettez pas à la logique de la violence et de l’oppression.

Aimez la vie à chaque instant, et n’ayez pas peur de l’avenir !

N’ayez pas peur de fonder une famille, de mettre des enfants au monde, de défendre la dignité de toute personne, du premier instant dans le ventre de sa mère jusqu’à son dernier souffle.

N’ayez pas peur de travailler sans relâche au service du bien de vos communautés, y compris par l’engagement politique.

Soyez des bâtisseurs de communautés !

Et avec vous, l’Europe, solidement enracinée, continuera à s’épanouir et à inspirer le monde entier.

Que Dieu vous soutienne dans ces résolutions et qu’Il bénisse et protège l’Europe tout entière !

[1] St Paul VI, Lett. ap. Pacis nuntius, 24 octobre 1964 : AAS 56 (1964), p. 965.

[2] R. Schuman, Pour l’Europe, Genève, 2010 5, pp. 57-58.

[3] Cf. A. De Gasperi, La nostra patria Europa. Discorso alla Conferenza Parlamentare Europea, 21 aprile 1954, in: Alcide De Gasperi e la politica internazionale, Cinque Lune, Roma 1990, vol. III, pp. 437-440.

[4] Ibid.

[5] Ibid.

[6] Discours au Conseil de l’Europe, 25 novembre 2014.

[7] François, Discours au Parlement européen, 25 novembre 2014 : AAS 106 (2014), p. 997.

[8] Benoît XV, Lettre aux chefs des peuples belligérants (1er août 1917), 1 er août 1917 : p. 423. AAS IX (1917), p.417-420.

[9] Déclaration Schuman, Paris, 9 mai 1950.

[10] Ibid.

[11] Ibid.

[12] Ibid.

[13] R. Schuman, Pour l’Europe, op. cit., p. 46.

Texte officiel : vatican.va · © Dicastère pour la Communication – Libreria Editrice Vaticana

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Briser la chaîne du ressentiment

Metz · Lundi 28 septembre · 8 min

L’avenir de l’Europe ne réside pas dans l’uniformisation, mais dans l’harmonie des différences où la blessure du passé devient une brèche laissant passer la lumière.

Chers frères et sœurs,

je suis très heureux de présider cette Eucharistie, au cours de laquelle nous confions au Seigneur le cheminement de la communauté diocésaine de Metz comme celui de toute l’Europe. Sur cette terre historique de la Moselle – qui n’a cessé d’être un carrefour de peuples et qui fut une frontière douloureuse en Europe –, la promesse de Dieu résonne aujourd’hui avec une force singulière.

Dans la première lecture (cf. Is 32, 15-18), le prophète Isaïe parle de l’avènement du Royaume de Dieu en termes de droit, de justice et de paix. Il utilise trois images : le désert, le jardin et la maison.

Dans le désert, lieu de l’essentiel et du silence, le droit s’installe, c’est-à-dire la loi qui aide l’homme à marcher sur la voie du bien. Cette image austère nous rappelle l’importance de l’essentiel et de la simplicité, qui nous permettent d’accorder la juste valeur aux choses, tout en nous formant au renoncement et au sacrifice.

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La deuxième image est celle du jardin où règne la justice. Si le désert est le lieu de l’essentiel, le jardin est le lieu de la beauté. De l’eau s’y trouve, les graines s’ouvrent, les pousses apparaissent et les fleurs s’épanouissent, chacune avec sa beauté particulière. Tel est l’effet d’une vie juste qui permet à la personne de s’épanouir pleinement en adhérant librement aux desseins du Seigneur.

La troisième image est celle de la maison, lieu de paix. Notons que si le désert et le jardin sont des contextes où prévaut l’action de Dieu qui fait germer et grandir, la construction d’une maison exige en revanche une contribution plus directe et plus importante de l’homme, avec la mise en œuvre de forces et de compétences, à travers un effort commun ; un véritable “travail de chantier”. Ainsi, la paix qui est un don de Dieu exige une réponse des hommes, dans un effort partagé. Par ailleurs, plus qu’une simple construction de pierres, la maison est un lieu de présence humaine et d’amour. En ce sens, la Parole prophétique nous rappelle que, dans un monde marqué par la limite, la concorde ne se construit que dans la charité qui sait partager les joies et les peines, qui sait encourager et pardonner, sans calcul ni limite, comme dans une famille.

L’Évangile que nous venons d’entendre nous en parle également (cf. Mt 5, 38-48). Alors que nous assistons aujourd’hui, dans le monde, à beaucoup de violences, de manipulations et d’arrogance – à différents niveaux ­– Jésus nous enseigne la manière de transformer le désert en oasis, de planter des jardins et de construire des maisons. Il nous montre le chemin qui passe par le pardon, la miséricorde et la magnanimité : « Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. Et si quelqu’un veut te poursuivre en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui » (Mt 5, 39-41).

Pour certains, ces paroles seraient de la faiblesse, ou bien une capitulation devant le mal ; mais il n’en est rien. Regardons au fond et autour de nous : que produisent, dans le monde et en nous-mêmes, des attitudes telles que la vengeance, la revanche et le rejet ? Et quel avenir pour l’humanité laissent entrevoir les relations et les systèmes imprégnés des logiques impitoyables qui découlent de ces attitudes ? Vous qui êtes les enfants de cette terre déchirée dans le passé par des conflits fratricides, vous savez bien qu’il n’est pas vrai que celui qui se venge est plus fort que celui qui pardonne. Il n’est pas vrai que celui qui ne cède pas est plus fort que celui qui cherche la réconciliation. Il n’est pas vrai que celui qui part en claquant la porte est plus fort que celui qui affronte l’effort de marcher ensemble.

Metz et la Moselle témoignent au monde entier que la réconciliation n’est possible que lorsque l’on a le courage de briser la chaîne du ressentiment. Il faut de la force et beaucoup d’équilibre pour ne pas se laisser submerger par le mal, surtout lorsque les blessures subies sont profondes. Mais face à l’injustice, l’unique voie de salut pour l’homme est l’amour qui prend l’autre en charge et qui cherche à faire confiance, quelles que soient les circonstances, et même dans les attitudes les plus difficiles à accepter (cf. Mt 5, 42). Ainsi, la loi, la justice et la paix sont-elles les étapes d’un chemin de conversion qui, de personnelle, devient de plus en plus communautaire, pour une civilisation respectueuse de l’homme et de son Créateur.

Ce n’est pas un hasard si saint Augustin définit la paix de la Cité céleste comme une communion harmonieuse dans laquelle les hommes jouissent de Dieu et, en Lui, les uns des autres (cf. saint Augustin, De civitate Dei, XIX, 13.1). Il parle également de la paix entre les hommes comme du fruit d’une tranquillitas ordinis dans laquelle chacun reconnaît et respecte chez l’autre une dignité et un rôle uniques et sacrés.

Ici, à Metz, il est bon de rappeler que ce sont là les valeurs sur lesquelles s’est construite, au fil des siècles, l’Europe que nous connaissons, avec son patrimoine spirituel et moral, avant même son patrimoine économique et politique. Comme saint Jean-Paul II aimait à le rappeler avec émotion (cf. Acte européen à Saint-Jacques-de-Compostelle, 9 novembre 1982), elle plonge ses racines dans la vie et l’œuvre d’hommes et de femmes qui ont vécu, prêché et partagé les enseignements de l’Évangile. En témoignent la grande contribution spirituelle, culturelle, voire agricole et artisanale que le monachisme a apportée à l’histoire du continent, ainsi que l’œuvre de saints tels que le grand Chrodegang, pasteur infatigable de cette communauté, qui, ici même, avec la Règle des chanoines, a donné une forme visible à la communion ecclésiale.

Les principes moraux du monde dans lequel nous vivons nous ont été transmis à partir de là : des principes tels que la primauté de la personne et le caractère sacré et inviolable de la vie humaine, à toutes ses étapes et dans toutes ses conditions ; la protection de la liberté des individus ; l’importance première de la famille en tant que fondement de la société ; l’attention portée aux pauvres et aux plus démunis ; l’accueil de l’étranger, le respect des personnes âgées.

Votre Église locale qui, en vertu de son statut particulier, conserve l’héritage singulier d’un dialogue fécond entre société civile et foi, a la responsabilité d’être un laboratoire vivant de cette fidélité. Rester fidèles à ces piliers n’a pas été facile, même pour ceux qui nous ont précédés. Et pourtant, avec fidélité et persévérance, nos ancêtres nous les ont légués comme des trésors à transmettre à notre tour aux générations futures, enrichis de notre expérience, de la valeur de nos efforts et de nos histoires.

La magnifique cathédrale de cette ville où nous nous trouvons illustre très bien tout cela : elle est appelée la “Lanterne du Bon Dieu” en raison de ses 6.500 [six mille cinq cents] mètres carrés de vitraux historiés. Il semble que les bâtisseurs aient voulu réduire au minimum les murs – qui restent solides – afin que la lumière puisse parvenir en abondance aux fidèles. Celui qui y rentre se trouve ainsi plongé dans une très riche biblia pauperum, source de prière et de méditation, à travers les reflets aux mille couleurs. Dans ce lieu de lumière, la splendeur des vitraux historiques s’est récemment enrichie du génie de Marc Chagall. Les œuvres de ce grand peintre juif, enchâssées dans les murs de la cathédrale, transforment “la Lanterne du Bon Dieu” en un symbole œcuménique et de dialogue interreligieux extraordinaire.

Cette cathédrale nous dit que la lumière de Dieu n’efface pas les spécificités, mais unit des histoires et des cultures différentes en une seule et merveilleuse mosaïque de paix, nécessaire à notre époque meurtrie par de nouvelles divisions et de nouveaux conflits. En contemplant ces vitraux, nous apprenons que l’avenir de l’Europe ne réside pas dans l’uniformisation, mais dans l’harmonie des différences où la blessure du passé devient une brèche laissant passer la lumière.

Il y a là un symbole de notre identité d’Église. Nous aussi nous utilisons des structures qui n’ont de sens que dans la mesure où elles nous aident à apporter au monde la lumière de l’Évangile. Sans ces vitraux, les fenêtres de la cathédrale Saint-Étienne ne seraient que des espaces inondés de lumière aveuglante. Avec ces vitraux, elles deviennent des livres qui nous rassemblent pour faire mémoire d’histoires merveilleuses, pleines d’héroïsme, de bien, de miséricorde, d’amour et de beauté morale, dont nous devons à notre tour être des témoins généreux et courageux.

Tel est le vœu que je partage avec vous, avec gratitude et confiance, à l’issue de mon voyage en France, pour votre communauté de Metz, appelée aujourd’hui plus que jamais à être un phare d’espérance pour ce pays, pour l’Europe et pour le monde, en la confiant aux prières de la Vierge Marie et de vos saints patrons.

Remerciement final

Chers frères et sœurs,

cette Messe est la dernière rencontre publique de ma visite en France ; c’est pourquoi je l’ai célébrée avec un vif sentiment de gratitude envers le Seigneur. Je tiens également à exprimer ma reconnaissance à tous ceux qui, par leur engagement, l’ont rendue possible.

Je remercie Monsieur le Président de la République ainsi que les différentes autorités civiles qui ont assuré l’accueil à Paris, à Lourdes et ici à Metz. Je renouvelle avec affection mes remerciements à la Présidence de la Conférence épiscopale et aux évêques les plus impliqués, ainsi qu’aux prêtres, aux diacres, aux personnes consacrées, aux fidèles laïcs et à tous les bénévoles qui ont collaboré. Merci à tous !

Chers amis, continuons à marcher ensemble, unis dans la sainte Mère l’Église, pour la gloire de Dieu et au service de son Royaume d’amour, de justice et de paix. Merci beaucoup.

Texte officiel : vatican.va · © Dicastère pour la Communication – Libreria Editrice Vaticana

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